Premier pas dans le silence du rituel désert annuel

Publié le par Michel Durand

Skoura, Ouled Yacoub. Rédigé le 17 février 2011

Me voilà arrivé dans la palmeraie de Skoura, près de Ouarzazate. Malgré la crainte de rater l'avion à cause d'une alerte à la bombe avec un colis suspect (interdiction d'approcher de Lyon-Saint-Exupéry) et les longues attentes dans les aéroports, le voyage fut rapide. En fait, j'avais de bonnes lectures. Des romans imaginant ce que serait l'Église avec un gouvernement directement issu du modèle de vie que donna Jésus cheminant avec ses disciples.2010-2011-0187.jpg

Mais, hélas, je regrette d'avoir oublié de laisser, en ce lieu, une trace de mon départ. Plus de 20 jours de silence, sans prévenir, ce n'est pas sympa.

Toutes les réflexions sur l'Église, réflexions entretenues au cours du mois de janvier demeurent présentes en mon esprit et je suppose que ma méditation, dans cette maison au milieu des palmiers et des oliviers, va être orientée par ce souci.

J'ai parlé, dans mes derniers courriels, de mon annuel et rituel temps de désert. Mot à prendre au propre et au figuré, disais-je. Je pense, désormais, qu'il convient de ne parler que de sens figuré. La palmeraie de Skoura ne me semble même pas à la porte du désert. Mais, qu'est-ce que le désert ?

Un Mauritanien, un jour, m'a expliqué, alors que je me trouvais, selon l'expression de Théodore Monnot, dans le vide absolu du désert, que le désert commence là où il n'y a que des animaux. Donc, dans ce village du nord de la Mauritanie, je n'étais pas au désert.

En effet, le désert, c'est là où l'homme ne peut pas vivre.

Le désert peut se trouver à la porte d'une ville. Par exemple dans une montagne inhospitalière par manque d'eau et surcroît de bêtes dangereuses : serpent, scorpion. Daniel Duigou, dans « Vanité des vanités » parle ainsi du djebel Saghro qui sépare la palmeraie du Sahara. "Personne ne vit au Djebel Saghro… C'est le désert absolu. Le jour, pas un arbre, pas un bosquet, pour se protéger des rayons brûlants du soleil. Pas un puits non plus pour se désaltérer".

En ce sens, j'aime bien les expressions que les évangélistes emploient pour dire comment Jésus se retire du monde pour prier. Il part en un endroit désert. Me voici alors dans un endroit désert ; désert renforcé par la faible communication que je peux avoir avec les habitants. Je ne suis qu'un touriste de passage et je ne parle ni l'arabe, ni le berbère.

J'ai choisi avec l'aide du "Routard" et une liaison internet, une maison d'hôte au confort sommaire, mais où l'indispensable est donné. En plus, Abdoud Slilmani est vraiment sympathique et les femmes de la maison ne sont pas absentes.

J'aime bien aussi me trouver chez les Ibadites, dans le M' Zab (Algérie). Moustapha, Daoud sont très accueillant, et la maison dans la palmeraie de Béni Isguen, plus que confortable. Mais une société où l'humanité est divisée en deux compartiments étanches me semble toujours insupportable. Là, au Maroc, les femmes parlent aux hommes sans craindre de leur toucher la main en forme de salutation. J'avais déjà constaté cela au cours de mon séjour chez Omar dans sa famille à Khouribga en 1986, je pense.

Je vous communique ce que Daniel Duigou écrit à ce sujet. Au fait, oui, je ne l'ai pas encore dit, c'est un peu pour lui rendre visite que j'ai choisi de séjourner à la Palmeraie de Skoura.

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Balade dans la palmeraie :

À la vue des femmes, mon chien aboie. Les têtes se retournent aussitôt, de magnifiques sourires se dessinent sur les visages, des gestes timides de salutations s'esquissent et deux ou trois formulent de politesse s'échangent avec bonheur :

-       Labès ? (Ça va ?)

-       Labès !

-       Hamdoulilah (Dieu soit loué)

Le regard amusé des femmes révèle étonnement et curiosité : la rencontre crée un événement dans une microsociété où rien ne semble bouger. Un moment magique : la liberté d'un regard de femme sur u n homme. Loin d'un système de pensée qui pourrait l'interdire."

Dans le car qui m'a conduit à Skoura, mon voisin de voyage, un instituteur berbère, arabophone et francophone, m'expliqua que l'Islam au Maroc était très ouvert, attentif à la modernité. C'est au moins, à ce qui m'est apparu, ce qu'il souhaitait. Il parlait beaucoup et j'ai pu admirer sa connaissance de la littérature française, classique et moderne. Dommage, le trajet en sa compagnie dura moins d'une heure.

Les deux premiers jours de ma présence en cet endroit hyper calme furent marqués par un vent violent et froid venant des montagnes et s'engouffrant dans la vallée du Dadès. On m'a dit que cela ne durera pas. « C'est ainsi quand il pleut à Casablanca et neige dans les montagnes ». Ici le ciel est parfaitement bleu. On voit les nuages interdits de passage au-dessus de l'Atlas.

Publié dans Témoignage

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Jean-Marie Delthil 19/03/2011 14:59



Merci pour ce beau texte, pour ces belles images... on y est, l' accueil simple, amical... une forme d'isolement, et on voit ces personnes, ces femmes, on leur touche la main... Dieu
que cela fait du bien : la beauté, la bonté !... - on peut en être orphelin quand ça vient à s'arrêter, mais on ne regrette pas, oh, certainement pas, parce que ça reste, d'une certaine
manière, sous forme de souvenirs, de lumière... c'est éternel.


JM Delthil



Michel Durand 19/03/2011 17:29



Vous les voyez ! et pourtant je n'ai pas déposé de photos de personnes dans cet article. Peur-être une prochaine fois....


Appel à une fraternité mondiale, une famille universelle, dans la variété des cultures.