Romans sur l'Eglise

Publié le par Michel Durand

J'avais assez souvent entendu parler des fictions écrites sur la vie de l'Eglise. Il y a quelque temps, je me suis enfin décidé à les lire. Ces récits sont vraiment invraisemblables et pourtant ? Quels romans dramatiques et catastrophiques les écrivains de policiers ne pourraient-ils pas écrire en s'inspirant des faits bien réels de la congrégation des Légionnaires du Christ ? Ce qui fut vécu dans cette communauté dépasse toute imagination.

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Pietro de Paoli, la confession de Castel Gondolfo, Vatican 2035. Jacques Neirynck, la trilogie un pape suisse ; Jean-Marie Villemot, avec Abel Brigand dit quelque chose de vraiment vrai sur la vie de l'Eglise et le comportement de ses membres.

Tous les auteurs de ces fictions rêvent d'une Eglise plus conforme à sa source évangélique. Les ecclésiastiques présentés dans ces récits sont sympathiques et ouverts. Modernes, ils rêvent d'une Eglise proche de ce que les gens vivent aujourd'hui. Ils regrettent profondément son dogmatisme.

Certes, le hasard ne m'a pas mis en face de textes rédigés par des traditionalistes. Il y a toute une littérature royaliste du genre Godefroy de Boullion que je n'ai rencontrée que par le biais de publicités sur internet. N'ayant pas eu les livres en main, je ne les ai pas lus. L'aurais-je fait si l'occasion s'était présentée ? Une étude comparée serait sans doute forte intéressante. Les divers écrivains donneraient-ils à voir les diverses conceptions de la Révélation chrétienne ?

Au cours de la conférence de présentation de l'Exposition sur l'église du Bon Pasteur à Lyon, les étudiants de l'association universitaire PAVE ont expliqué pourquoi Napoléon III tenait tant à multiplier les églises en citant une parole de l'empereur : "Un curé vaut trois gendarmes". L'Eglise est mise du côté du maintien de l'ordre. Cette citation m'a du reste rappelé mon passage d'aumônier dans un établissement technique privé. La catéchèse ne pouvait avoir lieu que pendant la pause de midi. C'était où l'aumônerie, en ayant apporté son casse-croûte, ou la cantine. La directrice de l'école venait voir et entendre ce qui se disait. Je lui ai signifié ma désapprobation. Elle se mit à la recherche d'un autre prêtre.

Jean-Marie Villemot donne à un très brave prêtre le rôle d'un commissaire de police. Et c'est grâce à l'astuce et au temps libres de cet ecclésiastique en convalescence suite à une blessure meurtrière au Rwanda que le coupable est trouvé. Ce rôle de policier n'a rien pour me plaire et pourtant le personnage du prêtre est bien sympathique. Un prêtre moderne, proche des gens, plein de miséricorde face aux diverses misères humaines. À travers son roman, l'auteur donne à l'Eglise un visage d'autant plus évangélique qu'il est très humain. Au moins, est-ce la sensation globale que je ressens à la suite de sa lecture. Sa plongée "au cœur de la famille d'Aubricourt ne l'avait pas surpris, non, car il connaissait bien la vie, mais chaque fois, il était étonné de voir se dessiner les mêmes schémas subtils de pulsions entrelacées. Quels que soient les pays, les milieux, les hommes…

Homme, fragile petit homme de chair, sais-tu bien où tu vas ? non, tu ne le sais pas. Ta démarche et si déroutante. Ton cerveau si complexe…".

Jacques Neirynck offre un récit nettement invraisemblable en présentant, par exemple la fugue du pape Jean XXIV, Emmanuel selon son de baptême. Pour sauver l'Eglise, ne faut-il pas fuir de Rome, du Vatican ? (La prophétie du Vatican). Pourtant, les récits qu'il propose donnent à penser sur l'état de l'Eglise, l'immense distance qu'il y a entre l'administration et le concret du quotidien. Un seul exemple : la découverte, sur le terrain des conditions de vie des "sans-papiers" (le pape imaginé se trouve désormais dans cette situation) - témoignage d'un réfugié :

" L'abbé Cornelius Roch, qui est en quelque sorte notre aumônier. Il s'appelle lui-même abbé des réfugiés. Il a organisé des centres d'accueil le long de la frontière italienne. Il trouve le moyen de mettre en apprentissage tous les jeunes albanais, kosovars, kurdes qui sont refoulés par la Suisse ou par la France. C'est un métier dangereux, très dangereux même. Pendant longtemps le curé de Ponte Chiasso, Don Renzo Beretta, travaillait avec lui et tenait son église ouverte aux réfugiés à deux cents mètres de la douane suisse du côté italien, jusqu'au jour où un cinglé l'a assassiné à cous de surin."… "Ce n'était pas un accident. En recueillant les réfugiés refoulés par la douane suisse, Renzo empêchait les souteneurs albanais de recruter à bon compte de futures prostituées".

Il avait été demandé à Don Renzo Beretta de quitter sa paroisse sous prétexte que le trop grand nombre de réfugiés qui occupait son église empêchait de célébrer la messe. D'autres personnes ont déposé à Rome un dossier de demande de canonisation. La cause n'avance pas ; il lui manque des miracles.

Emmanuel, pape Jean XXIV découvre sur le vif l'absurde a-évangélique de la situation.

Il y a sans doute d'autres romans qui parlent ainsi de l'Église du Christ. Je pense qu'il serait intéressant et utile d'en faire une recension et une étude comparée. Cela devrait nous montrer comment l'imaginaire des artistes écrivains, écoutant ce qui se dit dans le monde des hommes et des femmes de ce temps, voient l'Église Institution face à l'Église du Christ et des apôtres. Ce qui m'étonne en fait, c'est que l'on ne parle jamais de ces fictions. Elles semblent n'interroger personne, être inexistantes. Comment se fait-il que tant de textes soient publiés qui montrent le problème de l'Église et que rien ne prouve, ne montre que l'on en tient compte ? Les gens au pouvoir dans l'Église ont-ils vraiment les yeux et les oreilles à côté de l'existence, dans un autre monde ?

"Selon ce qu'il ferait (le pape) à partir de maintenant, le destin de l'Église de Rome prendrait l'une ou l'autre tournure : soit un lent déclin par frustration de l'attente des peuples ; soit une rupture grosse de toutes les promesses et de tous les dangers. L'Église invisible détenait une parole secrète pour libérer un monde asservi par le culte de l'argent, mais il fallait formuler cette parole malgré le poids d'un appareil conformiste."

     

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