Un grand nombre de nos contemporains sont conscients de la nécessité de s’engager dans des comportements plus sobres

Publié le par Michel Durand

Un grand nombre de nos contemporains sont conscients de la nécessité de s’engager dans des comportements plus sobres

 

Je me suis donné samedi et dimanche du temps pour la lecture et j’ai, une fois de plus, rencontré un immense plaisir à lire un texte en toute liberté, c’est-à-dire sans me poser la question du devoir de transmettre l’essentiel du message reçu. Lire en étant dans l’être et non dans le faire. Lire pour soi, simplement ; sans avoir le souci du choix de ce qu’il importe de dire à autrui.

Il y eu un autre plaisir. Celui de relire ce que l’on connaît ; de mieux le comprendre ; de le lier à d’autres ouvrages. Réajuster en sa mémoire les diverses parties d’un ensemble et ainsi, mieux comprendre le sens de ce que l’on vit ou voudrait vivre. Ma pensée est consciemment égoïste. Je sais. Elle ressemble à la quête personnelle du Paradis ; « faire son salut avant tout ! » exprimait un des disciples d’Antoine Chevrier, qui voulait entrer en Chartreuse.

Qu’ai-je lu ou relu ? Des passages de Christoph Theobald  Le christianisme comme style. La première période de la vie d’Antoine Chevrier par Henriette Waltz. Et j’ai terminé la lecture de l’étude d’Henri-Jérôme Gagey, Les ressources de la foi, Salvator mars 2015.

Ce professeur de théologie à l’Institut catholique de Paris, ne me semble pas fréquenter les milieux de l’écologie radicale. En fait, je ne le connais pas et mes recherches sur internet ne m’ont pas donné beaucoup de renseignements. Ce qui m’a passionné, voir impressionné, dans ses écrits c’est sa façon de regarder le monde tel qu’il est, et de pointer, librement, les problèmes actuels. Sans idéologie préconçue, sans militantisme, il pose la question du rapport de l’homme à la nature et rejoint, en toute objectivité, les importantes questions que tentent de résoudre les penseurs rencontrés dans les milieux de l’objection de croissance. A mon avis, les chrétiens de ces milieux auront avantage à découvrir son œuvre car là réside la direction (ou  une) direction à prendre.

Il écrit :
« Si l'Église doit apprendre à parler avec les modernes elle doit aussi les inviter à faire la critique de certains abus commis au nom des principes fondateurs de la modernité. Cette attitude critique trouve de quoi se nourrir dans les déceptions que commence à susciter, dans l'Église mais tout autant hors d'elle, la mise en œuvre du « projet moderne » qui n'a pas tenu toutes ses promesses comme le montrent ces faits bien connus que je me contente d'évoquer :

l'émergence de la problématique écologique comme critique de la croyance moderne en la toute-puissance du progrès technique ;

le mal développement du tiers-monde où la décolonisation donne naissance à des régimes corrompus ;

l'échec du projet politique d'émancipation porté par le communisme ;

la crise du lien social;

l'apparition du Sida;

etc.

Et encore :
« Cette crise de conscience écologique renvoie plus fondamentalement à la dimension proprement anthropologique de la crise : désormais les humains se trouvent munis de toutes sortes de prothèses qui vont bien au-delà du vêtement, de la houe, voire des lunettes de leurs ancêtres. Grues et camions puissants, avions et automobiles, bombes et explosifs démultiplient leurs forces, même les plus destructrices, tandis que la mémoire et la puissance de calculs de nos ordinateurs « externalisent » certaines de leurs opérations mentales. Au bout du compte, l'alliance entre les évolutions de la médecine et le développement des nanotechnologies annoncent l'apparition du «cyborg» : un humain dont le corps se trouvera augmenté par une multitude de greffons technologiques qui en multiplieront les forces tout en en ralentissant l'usure. Mais le futur est déjà là, et nous ne nous en plaignons pas comme le laisse entrevoir la généralisation de la pose des pacemakers et autres implants. C'est véritablement d'une mutation anthropologique qu'il s'agit, dont l'envergure est au moins comparable à celles causées, il y a des milliers d'années, par quelques modifications décisives de la morphologie de nos lointains ancêtres ».

Entrant dans ce secteur de réflexion, Henri-Jérôme Gagey souhaite que l’Église entre dans une théologie pastorale d’engendrement en prenant ses distances de l’attitude d’encadrement qui, me semble-t-il, demeure largement en vigueur.

« Être une Église servante c'est donner des mains à l'Évangile parce que “Dieu ne nous sauve pas seulement par un décret, par une loi ; il nous sauve par la tendresse, il nous sauve par les caresses”(Homélie du pape François). C'est donc préférer à la tentation de se figer dans une attitude de protestation “contre-culturelle”, l'effort patient pour inventer de nouveaux arts de vivre et soutenir l'engagement responsable de chacun dans ce monde tellement mouvant où il affronte le paradoxe vertigineux que c'est d'exister. »

Ce n’est pas en édictant les principes moraux à suivre que l’Église attirera vers l’Amour divin les hommes de ce temps, pour les “encadrer”, mais en leur donnant envie de prendre le chemin que le style de vie des chrétiens montre. Christoph Theobald place sur cette voie. Voir ici et ici …. ou 

Si l’occasion se présente, j’aimerai bien ouvrir à la rentrée de septembre 2105, une série de rencontres allant dans ce sens. Le groupe Chrétiens et pic de pétrole y travaille. En ce lieu, il a même été proposé de reprendre la traditionnelle méthode de l’Action catholique (proposition d’un très jeune) – voir, juger, agir- pour, dans le dialogue simple et familier, s’assurer que nos modes de vie, notre style d’être chrétien entre bien dans la ligne de la pauvreté évangélique que découvrent, par le fait même des réalités économiques, les écologistes exigeants. 

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