Un peuple immense en quête de fraternité, de justice et de vérité, dans les rues et sur les places. Doivent-ils adorer les productivistes ?

Publié le par Michel Durand

Un peuple immense en quête de fraternité, de justice et de vérité, dans les rues et sur les places. Doivent-ils adorer les productivistes ?

Fête de la Toussaint

Une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues ; une immense humanité prosternée devant l’unique Dieu, le Créateur, Père de toutes et de tous.

Mais que voyons-nous ? Ils sont musulmans, Turcs et Kurdes, Saoudiens et Yéménites et ils se font la guerre. Ils sont chrétiens, brésiliens des villes capitalistes ou de la forêt amazonienne et ils se font la guerre ; une guerre économique. Extractivisme contre protection de la nature.

Où est ce peuple immense se reconnaissant comme membre d’une unique fraternité ? Tous frères ?

Célébrant cette fête de tous les saints, je ne peux que penser avec tristesse au Proche et Moyen Orient. Cette terre qui a vu naître Abraham sera-t-elle sans cesse noyée de sang ?

« Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté » (1 Jn 3, 1).

« C’est pourquoi, dis à la maison d’Israël (et à toute l’humanité) : Ainsi parle le Seigneur DIEU : Revenez, détournez-vous de vos idoles ; détournez vos visages de toutes vos abominations » (Ez 14, 6).

Les ministres de l’économisme sont aujourd’hui les prêtres serviteurs des faux dieux. Je pensais à cela, ce matin dans ma prière quand, à l’issue de celle-ci, regardant mes courriels j’ai lu un article de Patrice de Plunkett analysant le comportement d’E. Macron. Grâce au groupe « Chrétiens et pic de pétrole », j’ai rencontré plusieurs fois Patrice de Plunkett. Je peux même dire que nous avons travaillé ensemble à l’occasion de divers colloques. Ce blogue en témoigne. Polémiste comme je ne saurais l’être, Patrice donne une juste image de l’actuelle gouvernance de la France (et du monde). C’est le dieu-argent qui commande toutes les décisions politiques. Le pouvoir économique se fait impérialiste. Même les chrétiens de droite, bien en place aujourd’hui dans l’Église, cèdent la place aux pouvoirs financiers idolâtrés. Bref, c’est dans cet état d’esprit que je vous invite à lire cette page écrite par Patrice de Plunkett.

 

Macron + 'Valeurs actuelles' : les masques tombent

 

La connivence entre M. Macron et l'hebdo "libéral-conservateur" illustre ce que nous dénonçons ici  :  le libéral-conservatisme est un attrape-couillons. S'y laissent prendre ceux qui, au fond, finiront toujours par préférer leurs valeurs boursières (libéralisme) à leurs valeurs morales (conservatisme) : 

Il l'annonçait dès sa campagne présidentielle et le confirmait, suavement, lors de son numéro cathophile aux Bernardins : Emmanuel Macron mène en matière de moeurs une politique comparable à celle de M. Hollande. Cette politique devrait donc révulser la droite bien-pensante, puisqu'elle affiche dans ce domaine un grand souci avec rallyes dans la rue.

Mais aux dernières élections, cette même droite (laissant tomber M. Bellamy qui aurait dû lui plaire) a voté plus que la moyenne nationale pour le parti de M. Macron. En effet, et malgré son souci affiché pour  les questions de moeurs, la droite bien-pensante accorde plus d'importance aux questions économiques. Et ne voyant ces dernières qu'au travers de lunettes libérales, à ses yeux la Loi du Marché pèse au moins autant que la Loi Morale. Cette droite finit donc par sacrifier la morale au marché, selon un processus connu de longue date... Naguère conseillère de Nicolas Sarkozy, aujourd'hui membre d'un cabinet d'affaires, Mme Emmanuelle Mignon déclarait au Point en juin dernier : "Macron est le meilleur président de droite qu'on ait eu depuis un certain temps". Elle expliquait que les réformes macroniennes (la destruction du modèle social français) ne vont pas encore assez loin mais qu'elles vont dans le bon sens. Mme Mignon étant une catho-libérale revendiquée, on voit à quel point l'élément libéral dissout l'élément catholique. [*]

Il est donc normal que le "meilleur président de droite", dans l'avion qui revenait de La Réunion le 25 octobre, ait accordé au seul rédacteur en chef de Valeurs actuelles quarante minutes d'entretien.  Les journaux et les radios ne parlent que de ça aujourd'hui. Leurs invités de gauche s'indignent de cette préférence accordée à un tel journal, et montent en épingle plusieurs phrases macroniennes sur l'immigration – qui lancent en effet le bouchon un peu loin en tenant sur l'esclandre de M. Odoul des propos moins sévères que ceux de... Marine Le Pen. Mais personne n'est dupe : doué de plus de brio que de convictions, M. Macron n'est pas plus sincère dans Valeurs actuelles qu'il ne l'était au Bernardins. Dans son esprit il ne s'agit que des futures élections présidentielles. Il ne les conçoit que comme un duel avec Mme Le Pen, et tente déjà de lui prendre des électeurs. Faire des clins d'oeil aux divers publics est un exercice politicien classique ; je me souviens de M. Giscard d'Estaing en janvier 1981, invitant à déjeuner Louis Pauwels pour lui faire un numéro de ce genre – dont le directeur du Figaro Magazine était revenu enchanté.

Ici ma cible n'est donc pas M. Macron. C'est plutôt Valeurs actuelles. Ce média joue envers ses 90 000 acheteurs hebdomadaires le rôle de confort mental que jouait Le Figaro Magazine auprès des siens, qui étaient 600 000 à l'époque. Quelle sorte de confort ce Valeurs "spécial Macron" peut-il apporter au bourgeois zemmourien ?  Le plaisir de se croire pris en considération par le maître de l'Élysée, qui lui prodigue toutes les formules verbales faites pour donner à ce type de lecteur une sensation de plaisir. Certes les actes de M. Macron démentent et démentiront ses paroles (comme ils démentent ses paroles prodiguées aux défenseurs de l'environnement) ;  mais l'effet dopamine est irrésistible. Rappelons-nous l'euphorie des catholiques français après les Bernardins...

Si ma cible est Valeurs avec son équipe de jeunes gaillard(e)s qui connaissent déjà la chanson, c'est dans la mesure où ce magazine  – ayant pour M. Macron les yeux de Chimène (c'est-à-dire d'Emmanuelle Mignon) – approuve l'engrenage du néolibéralisme, mais joue en même temps la carte de la Noble Conservation du Patrimoine Spirituel et Moral... Conservation que le néolibéralisme rend évidemment inconcevable : et je suppose que les jeunes gaillard(e)s sont assez rusés pour s'en rendre compte.

Combien de temps l'imposture du libéral-conservatisme peut-elle durer ?  Très peu, si son singulier public était lucide. Mais on peut craindre que ce ne soit pas le cas. 

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[*]  Si du moins on admet que le catholicisme implique de marcher "avec le pape et les évêques unis au pape" : évidence catéchétique de toujours, mais niée aujourd'hui par nos libéraux-conservateurs. Ils me le disent tous les jours sur Facebook.

 

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