Que faire devant le Mal qui condamne l’humanité à l’injustice, à l’égoïsme, à l’enfouissement dans sa propre destruction ?

Publié le par Michel Durand

 Ces jours d’été, j’ouvre de nouveau le chapitre de l’objection de croissance. Ce doit être à la suite du dernier post qui reposa la question de la finitude de la planète. Le nombre d’ouvrages qui traite de cette question augmente chaque jour.

 

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 Olivier Rey est né en 1964 à Nantes. À la sortie de l’École polytechnique, il s’est engagé dans la Marine, avant d’obtenir un doctorat de mathématiques et d’entrer au CNRS. Plus, ici.

Voici quelques réflexions à propos de Le testament de Meleville, penser le bien et le mal avec Billy Budd, NRF, Gallilard, 2011d’Olivier Rey. Les réflexions sur la beauté et ses ambiguïtés m’ont incité à demander à l’auteur une préface pour la prochaine biennale d’art sacré actuel, septembre 2013 à Lyon sur le thème de la fragilité. J’en reparlerai. En attendant, si vous en avez le temps, ouvrez votre oreille à France-Culture.

 

Si Pierre, Billy Budd, les personnages des récits d’Heman Mellevile, nous entraînent vers « un de ces pôles déserts », les régions hyperboréennes, Olivier Rey, l’auteur de Le testament de Melville, les accompagne. Il pense alors qu’ « arrivé là, se battre pour la vérité n’est pas conclure à tout prix mais, au contraire, s’abstenir de conclure ».

J’ai rencontré récemment Olivier Rey début février 2013 me semble-t-il. Il était venu à Lyon pour une conférence où il développait quelques thèmes usuels parmi les militants de l’objection de croissance.

Mais, j’ai surtout dialogué avec ce philosophe à l’occasion des travaux de Chrétiens et pic de pétrole (CPP). Il était invité à s’exprimer sur les éventuels liens entre l’action dans la Décroissance et l’engagement chrétien.

Les textes des colloques organisés par CPP sont du reste disponible ; le site internet xxxxxxxxxxx en donne l’audio. Ils peuvent, sous forme de livre ou de photocopies, vous êtres envoyés par la Poste ; pour cela, il suffit de me communiquer votre adresse avec un chèque de 12 €.

Si Olivier parle de lui-même à la troisième personne, il s’agit bien de lui –mais assurément, pas seulement- dans la première phrase de l’introduction de Le testament de Melleville, nous lisons : « Le scientifique militant, le rationaliste sans concession, une chose qui lui tourne dans les sangs, c’est qu’il y a encore des créationnistes. Non seulement il en reste, mais il y en aurait même de plus en plus, une résurgence ! ».

L’ensemble de son étude ne parle pas absolument pas de cette stupide lecture fondamentaliste de la Bible. Cette introduction permet, par contre, de situer d’emblée la pensée dans tous les champs de réflexion possible. On peut le faire, estime Olivier Rey, en étudiant une attitude humaine précise, celle de Herman Meleville paufinant une longue nouvelle, une intrigue très simple, Billy Budd.

Il me semble que tous les militants devraient se sentir concerné par cette analyse qui place à leur juste niveau les tendances à l’autoritarisme, la dictature du chef possédant la vérité ; ou à l’inverse, la démission devant une situation absolument hostile.

Que faire devant le Mal qui condamne l’humanité à l’injustice, à l’égoïsme, à l’enfouissement dans sa propre destruction ?

Telle est la question que se pose les objecteurs de croissance : que soit accepté la décroissance, sinon ce sera le clash !

Peut-on avoir la certitude d’une solution que tous, sans tarder, doivent mettre en œuvre ?

L’auteur de Billy Budd ne le pense pas. Olivier Rey, de page en page, développe sa pensée avec grande finesse en prenant tout le temps qu’il faut, si bien que, lisant son étude littéraire, pour mieux le connaître, je me suis senti gêné de l’avoir vu contraint, dans le cadre de Chrétien et pic de pétrole, à exprimer sa pensée en seulement dix ou quinze minutes, temps que les organisateurs ont souhaité pour apporter de la dynamique au débat.

Je peux en conclure que le philosophe ne tue pas le militant, que l’universitaire se met au service de l’homme de conviction et que c’est vraisemblablement cette attitude d’ouverture qui interdit toute conclusion hâtive. Mais il ne faudrait pas que cela conduise à la résignation passive.

Quelle société voulons-nous ? se demande la laboratoire qui se réunit à l’Espace Saint-Ignace  de LyonLIEN.

L’étude littéraire d’Olivier entre dans la réflexion. Nous voulons une société où le Mal soit dépossédé de toutes prises. Satan, le diable, le maléfique ! Finalement, dans mes lectures de ces derniers mois, je l’aurai maintes fois rencontré.

L’analyse de Meleville serait une approche de la façon dont on peut le combattre.

Tout en suspendant la question de la réalité personnel de l’ange mauvais, Lucifer : est-ce une personne spirituelle, maléfique pur esprit, ou un symbole ? – nous ne pouvons que reconnaître que le mal est bien présent dans le monde et que, au nom du Christ nous devons le combattre.

Comment être militant ?

 « Il y a  au sein de l’humanité du bien et du mal, et sans doute plus de bien que de mal. Mais le mal a une puissance de contamination telle que, même minoritairement, il peut en arriver à tout pervertir, à moins que des “formes mesurées” ne limitent cette contamination. De là l’hostilité de Meleville envers ceux qui au nom du bien qu’ils veulent faire régner, détruisent ces formes mesurées, et ce faisant aboutissent à ce que le mal se donne libre cours. Réciproquement, cet argument ne doit pas servir d’alibi aux tenants des formes mesurées pour perpétuer l’injustice, sans quoi, à terme, la garantie qu’elles constituent en vient à se confondre avec le poison »

Accepter le monde tel qu’il est ! Et faire avec ; ou résister jusqu’au bout en refusant toute forme d’accommodements fictifs ?

Il semblerait que la pensée philosophique s’interdise de trancher. C’est à chaque lecteur de se prononcer en fonction du lieu où il se trouve. « La résistance ou l’acceptation, la guerre ou la réconciliation, ne sont pas des demeures où l’on pourraient s’établir définitivement, mais des lieux à traverser, et où il faudra repasser plus tard » .

Que faire ?

Affirmons surtout qu’il faille s’abstenir de conclure autoritairement sans que cela annihile l’action.

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