Palestine 3

Publié le par Michel Durand

Afin d’éviter les discussions abstraites sur la Palestine, j’ai le bonheur de vous communiquer ce témoignage de Monique.

Séjour en territoire occupé Automne 2010 (11octobre/22 novembre)

La résistance dans les terres

 

partie 3 : Deir Istya, à la maison d’IWPS, Samedi 30 octobre

Suite et fin de mon séjour à la récolte des olives

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Après près de trois semaines à la récolte des olives, je prends deux jours pour laver mon linge, voir des amis palestiniens rencontrés il y a un an, me reposer, prendre du recul, préparer la suite, avant de repartir demain dans d'autres lieux.

 

Hier un ami palestinien me disait : « il ne suffit pas de s'interroger sur le pourquoi une telle occupation dure, ou de dire son désaccord sur cette situation, il faut l'arrêter... »

 

Les olives c'est un très gros travail qui dure deux à trois mois, des collines entières couvertes d'oliviers, un travail fatigant et encore plus quand il se fait dans des zones près des colonies. Dans ces zones-là où c'est la guerre des terres, on fait tout pour décourager les Palestiniens d'exploiter leurs terres. C'est là que les volontaires internationaux essaient d'apporter un soutien.

Dans ces zones, les fermiers ne peuvent se rendre dans les champs et faire le travail d'entretien (labour, taille, récolte), pas plus d'une fois ou deux par an. Quelqu'un me disait : « avant on avait 7 jours pour les labours, c'est passé à trois jours et maintenant à un jour ». Pour la récolte idem, des dates sont données, un nombre de jours et pas plus ; aucune liberté pour travailler dans son champ, il faut aller vite parce qu'on a peu de jours, sous le regard des soldats bienveillants ou malveillants qui peuvent vous faire quitter le lieu à leur bon vouloir ; une totale dépendance. Quand ils partent le matin, c'est toujours l'inconnu, pourront-ils ou non ramasser, seront-ils chassés par l'armée, attaqués par des colons ?

Durant le temps que j'ai passé à la récolte, les colons ne se sont pas manifestés en journée dans les terres où je me trouvais ; mais il y avait presque chaque jour (dixit le maire) des vols de récolte, des feux, des intrusions, des tirs... et une nuit des tags dans le village, puis le lendemain une descente armée sur le village d'un groupe de colons extrémistes, ils tiraient en l'air ; l'armée est intervenue pour les repousser.

Je pourrais parler aussi des conditions difficiles d'accès, des routes barrées, des pistes en terre en très mauvais état qu'ils ne peuvent améliorer (zone C réglementée entièrement par Israël pour la sécurité et ce qui touche les terres, le développement), de certaines pistes où on leur interdit d'aller en tracteur, seulement avec l'âne ! Comment exploiter des milliers d'arbres sans user de tracteurs ! un tracteur s'est vu décerner une amende pour avoir été dans les terres ! Quand ce n'est pas, sous l'ordre des soldats, sortir de la piste, marcher le long dans les broussailles et les pierres... humiliation totale !

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Derrière tout cela il y a une guerre des terres. Un homme m'a raconté comment chaque petite colline est convoitée par les Israéliens ; quand ils ont pris une colline, ils les relient entre elles, et les terres entre les deux collines sont perdues pour les Palestiniens. Alors, les collines sont des points sensibles qu'il faut particulièrement défendre. Il faut aller souvent dans les champs qui s'y trouvent, jusqu'à y dormir parfois, tant que les pressions se font sentir. Quand ce n'est pas une colline, c'est un projet de route qui justifie de prendre des terres.

Alors dans ce monde de brutes qu'impose Israël, l'accueil, l'amitié, la convivialité des Palestiniens sont un souffle de vraie vie.

« Ils continuent , ils continueront à nous faire souffrir on ne sait combien de temps, mais nous serons toujours là », me disait l'un d'eux.

Et puis cette très belle remarque d'un homme avec qui je discutais en cueillant les olives  dans ce contexte où ils ne sont pas respectés ni considérés comme des êtres humains : « vous les volontaires, vous nous apportez de l’humanité », à quoi j'ai répondu plus tard ; « et vous, vous nous donnez une grande leçon d'humanité ». En travaillant aux olives, on s'interroge parfois sur le réel soutien qu'on apporte (en plus d'être une main d'œuvre appréciée), mais cette seule remarque justifie pour moi notre présence. Même s'il est évident que dans certains cas nous permettons réellement à certains de récolter.

À part quelques jours à Jérusalem pour voir des associations, me joindre aux manifestations du vendredi (celle des Femmes en noir, et celle contre les démolitions à Jérusalem Est), je vais repartir « dans les terres », c'est un peu le fil de mon séjour, rencontrer des gens, des lieux, qui résistent sur leurs terres.

Publié dans Palestine

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