Le Père Ancel partage volontiers sa joie de contempler Jésus-Christ et l’importance de vouloir s’unir à lui pour que le monde s’ouvre à Sa vie

Publié le par Michel Durand

Le Père Ancel partage volontiers sa joie de contempler Jésus-Christ et l’importance de vouloir s’unir à lui pour que le monde s’ouvre à Sa vie

Homélie - célébration de clôture de l’année Ancel - voir ici

Dominique Blanchet, évêque de Créteil

 

Vivez dans l’action de grâce. Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres en toute sagesse

Ces mots de Paul aux Colossiens semblent avoir été particulièrement intériorisés par le P. Chevrier avec cette action de grâce, qui est une attitude de fond, d’émerveillement, propre au Prado “que c’est beau Jésus-Christ !” et l’attention qui en résulte sur la conversion à engager. Ce qui émerveille est non pas une figure figée mais bien Dieu en sortie, Christ venu vers nous pour nous faire entrer dans la vie trinitaire. La révélation est proprement dialogale et appelle une réponse du cœur de l’homme. La parole de Dieu ne revient pas sans avoir accompli sa mission et féconder notre propre parole, notre propre existence offerte à l’école de Jésus-Christ, pour que le monde en connaisse la beauté et le chemin.

Redécouvrant avec vous la vie et le ministère du Père Ancel, j’ai été touché de voir combien la rencontre du Prado et du Père Chevrier l’ont précisément saisi lui aussi avec une sorte d’évidence, exprimé, un appel tenace, persévérant, comme l’indique la citation(1) qui vous est proposée au verso du feuillet. Peut-on imaginer cet attrait irrésistible, cette décision tenace à suivre Jésus, sans penser que nous y sommes aidés et soutenus par la grâce de l’esprit saint qui peut tout ?

Le Père Ancel partage volontiers sa joie de contempler Jésus-Christ et l’importance de vouloir s’unir à lui pour que le monde s’ouvre à Sa vie. Nous nous laissons alors toucher par sa persévérance à vivre les conseils évangéliques - à chercher “la perfection évangélique” - tout en témoignant ne pas y parvenir complètement. L’exhortation s’est jointe à l’humilité, du fait de son humanité comme prêtre, comme évêque. Mais sans perdre le cap. D’où vient cette persévérance ? Nous en perdrions la clé si nous oublions ce qui vient tendre cela “se rendre plus efficace au salut des âmes”… non par stratégie mais par confiance dans le chemin que Jésus nous indique. Dans son livre qui a touché et mis en route beaucoup de prêtres à l’école du Prado, combien ont été rejoint par le qualificatif donné par le P. Ancel “Le Prado. La spiritualité apostolique du Père Chevrier”. C’est ainsi tendu vers les personnes qui ne connaissent pas la beauté de Jésus-Christ sauveur, que le disciple de Jésus, Alfred Ancel, est saisi par la grâce du Prado et comprend combien elle est un bien pour toute l’Église, ayant l’intuition de l’élargir à toute culture.

La grâce du Prado est une grâce pour le Corps tout entier. Mgr Ancel en était convaincu. Lui-même l’a laissé le travailler dans le même mouvement de sortie audacieux du Verbe fait chair, jusqu’au plus loin qu’il pouvait, faisant corps avec les pauvres, avec les ouvriers, avec les communistes, avec les migrants, non pas en son nom mais bien au nom du Corps tout entier chargé d’ouvrir les chemins de “la parole du Christ en chacun”. Cela lui valut une méditation profonde et nourrie sur l’Église, y intégrant sa propre expérience lorsque l’obéissance fut douloureuse - Gerland - jusque dans l’offrande crucifiée. Le P. Chevrier nous apprend que la grâce du Christ s’y déploie avec d’autant plus de fécondité. “Le Christ pauvre, c’est lui qu’il faut regarder avant tout et il faudra sans cesse revenir à sa contemplation” disait le P. Ancel.

Il faut sans cesse nous rappeler que sans Dieu nous ne pouvons rien faire et en même temps engager tout ce qui est en notre capacité humaine pour servir, incarner les chemins de Dieu vers l’homme en cherchant à le comprendre. C’est ainsi qu’il faut comprendre l'interprétation pradosienne des nombreux “comme” de l’Évangile si souvent repris au Prado...” Comme j’ai fait, faites-vous aussi...” Avec le P. Ancel, sans doute entendons-nous “comme j’ai fait, aller à la rencontre, entrez en dialogue avec ceux que je cherche… laissez vous toucher par leurs attentes, apprenez d’eux”.

L’Évangile de ce jour(2) nous invite vigoureusement à ce décentrement avec le regard de Dieu lui-même désirant donner la vie à tout homme, qu’il soit bon, aimable, méchant, perdu... et nous invitant à des chemins inédits pour ouvrir les cœurs à sa Révélation. “Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux...”

Dans les textes lus à l’occasion de cette année, j’ai été frappé par l’émotion du P. Ancel devant ceux qui ne connaissent pas Dieu, et qui lui rappelaient ces chemins à ouvrir. Il avait à cœur de manifester tout au moins la bonté de Dieu et nous savons que cela ne se paie pas de mots. Le P. Ancel nous le dit par sa vie, entrée en conversation avec les pauvres dont il a voulu tout apprendre, avec tous les peuples pour y servir non pas sa parole, mais celle du Christ s’éveillant au plus intime du cœur de celui ou celle qui la reçoit.

Permettez-moi comme évêque de Créteil de laisser résonner ce témoignage avec d’autres figures de la même époque et d’évoquer ainsi une autre apôtre qui a trouvé encouragements auprès du P. Ancel, elle qui avait l’intuition d'un engagement radical dans la pratique des conseils évangéliques. Il s’agit de Madeleine Delbrêl. Les encouragements qu’elle reçut du P. Ancel, comme elle-même a dû l’encourager par son témoignage, ont toujours été pour servir cette conversation tant désirée par Dieu avec toute l’humanité.

Je la cite dans “Dialogue avec les communistes”, en percevant pour ma part, trouver les mêmes encouragements qu’à la lecture du P. Ancel, ce qui n’est pas si étonnant et qui peut nous encourager nous aussi aujourd’hui :

Je souhaite que nous tous qui sommes ici, nous puissions, au moins une fois dans notre vie, et peut-être plusieurs fois dans notre vie, annoncer si fort, si passionnément la Bonne Nouvelle de Dieu, que nous l’annoncions si fort, et avec tant de bonté, que cet homme puisse en garder le souvenir, la nostalgie, et qu’un jour où nous ne serons plus là, où personne ne le saura, cet homme s’adresse au Dieu possible, qu’il pressent, au Dieu dont on lui a parlé, comme de Quelqu’un de vivant et aimant ; que cet homme se tourne vers Dieu, qu’il s’adresse à Lui… Ce jour-là, pour cet homme, nous aurons fait le maximum, car nous l’aurons mis en contact volontaire avec Dieu. Il aura répondu par un acte élémentaire d’amour, à l’amour de Dieu qui, Lui, l’aime toujours et indéfiniment, le premier."

Il me semble que le P. Chevrier, le P. Ancel ont fait le maximum pour les hommes et les femmes de son temps. Peut-être est cela leur témoignage le plus essentiel. Puissions-nous vivre, nous aussi, de la même ardeur, aujourd’hui, à faire connaitre la beauté de Jésus-Christ, la beauté de l’Évangile !

 

  1. Suivre Jésus-Christ, de plus près, ce n'est pas une perfection à laquelle on est arrivé ; c'est une marche en avant qui ne se termine jamais. Cela ne veut pas dire qu'on soit sans faiblesse ; il y a des moments de découragement et de l'âcheté : nous sommes tous pêcheurs ; mais quand on a senti l'appel de Jésus-Christ à le suivre de plus près, et qu'on veut lui être fidèle, on ne peut plus s'arrêter. Tout cela est impossible à définir : c'est très difficile à décrire ; mais cela existe, et quelque soit l'itinéraire que l'on suive, cette marche, en avant est toujours marquée, à des degrés divers, par la volonté de se donner totalement au Christ et aux autres et par le souci de réalisation effective. On ne veut pas se contenter de beaux sentiments, ni de belles prières, ou de quelques réalisations partielles. On veut aller jusqu'au bout. Mgr Alfred Ancel, L'appel des fidèles laïcs à la perfection évangélique
  2. Lc 16,27-38

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