Ne désespérons pas facilement des hommes, ne laissons pas à l'abandon ceux qui sont en péril. Recherchons avec ardeur celui qui est exposé

Publié le par Michel Durand

Catacombes Praetexta, Rome. IVe

Catacombes Praetexta, Rome. IVe

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À l’office des lectures du 2 mars 2023, c’est-à-dire hier, j’ai découvert (disons redécouvert) une homélie de Saint Astère. Sa façon de parler m’est apparue d’une grande modernité. J’ai bien aimé son style direct.

Astère est évêque métropolitain d’Amassée (IVe siècle). On dit de lui qu’il préfère parler de la vie des gens, de leur façon de vivre plutôt que de développer de grandes spéculations théologiques ou exégétiques, lesquelles étaient plutôt fréquentes à l’époque des conciles de Constantinople et d’Éphèse.

Le récit de sa vie explique cette orientation morale, politique même. Politique avec un « P »  majuscule. Je me retrouve bien dans son parcours de vie.

Une recension orthodoxe le présente ainsi :

« Le saint est né dans le Pont au 4e siècle. Il s'appliqua dans sa jeunesse à l'étude de la rhétorique et du droit, et exerça quelque temps la profession d'avocat. Mais une voix intérieure lui disait sans cesse qu'il devait se consacrer au service spirituel du prochain : ce qui le détermina à quitter le barreau et tous les avantages du monde pour entrer dans l'état ecclésiastique. Il fut choisi pour succéder à Eulalius sur le siège métropolitain d'Amasée, et montra beaucoup de zèle pour maintenir, parmi son peuple, la pureté de la foi et la fidélité à la Tradition. Il déploya aussi un grand talent pour la prédication, et les sermons qui nous restent de lui sont un monument impérissable de son éloquence et de sa piété.

Nous avons aussi de lui un discours en l'honneur de sainte Euphémie, qui fut lu au deuxième Concile de Nicée, (787) dans une église dédiée sous l'invocation de cette illustre martyre. Il a laissé aussi un panégyrique de saint Phocas le Jardinier. Son style est élégant, naturel, énergique. Il réunit à la vivacité des images la beauté et la variété des descriptions, ce qui trahit un génie vigoureux et fécond. Également nous est parvenu de lui une homélie sur saint Pierre et Paul et une autre sur Daniel le prophète. Les écrits qui restent de lui, sont reproduit dans la Patrologie grecque (tome XL) ».

 

Je donne à lire son homélie sur la conversion lue et méditée hier à l’office des lectures.

HOMÉLIE DE SAINT ASTÈRE SUR LA CONVERSION

 

L'ami des hommes

Si vous voulez ressembler à Dieu, vous qui avez été créés à son image, imitez votre modèle. Vous êtes chrétiens et ce nom signifie ami des hommes : imitez l'amour du Christ.

Considérez les trésors de sa bonté. Puisqu'il allait se manifester aux hommes par un homme, il envoya devant lui Jean proclamer la conversion et introduire au repentir ; auparavant il avait envoyé tous les prophètes pour enseigner la pénitence.

Puis, lorsqu'il se manifesta, peu après la venue de Jean, de sa propre voix pour montrer qui il était, il s'écria : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. Or, comment a-t-il accueilli ceux qui se rendirent à son appel ? Il leur accorda facilement le pardon de leurs péchés, la délivrance instantanée, immédiate, de leurs peines. Le Verbe les sanctifia, l'Esprit les marqua de son sceau ; l'homme ancien fut enseveli, le nouveau fut engendré en ressuscitant par la grâce.

Et ensuite ? L'inconnu est devenu un familier, l'étranger un fils, le profane un initié, l'impie un consacré. ~

Imitons la pastorale du Maître. Penchons-nous sur les Évangiles : comme dans un miroir découvrons-y l'idéal de la sollicitude et de la bonté.

J'y vois, en effet, dans les paraboles, dans des propos imagés, le berger de cent brebis. L'une d'entre elles s'est séparée du troupeau et s'est égarée. Le berger ne resta pas avec celles qui demeuraient en bon ordre et sur le droit chemin. Il bondit à la recherche de l'égarée, franchit nombre de gorges et de précipices, gravit des sommets rocheux, affronta courageusement les déserts, jusqu'à ce qu'il l'eût trouvée.

L'ayant trouvée, sans la frapper ni la pousser violemment pour la ramener au troupeau, il la mit sur son cou, la porta avec douceur et la fit revenir parmi ses compagnes, plus joyeux pour celle-ci que pour la foule des autres.

Comprenons donc la réalité cachée sous ces images. Cette brebis n'est pas réellement une brebis, et ce berger est tout autre chose qu'un berger. Ce sont là des exemples qui nous enseignent des mystères sacrés. Ne désespérons pas facilement des hommes, ne laissons pas à l'abandon ceux qui sont en péril. Recherchons avec ardeur celui qui est exposé, ramenons-le sur le chemin, réjouissons-nous de son retour et réintégrons-le dans la communauté de ceux qui vivent en vrais fidèles.