La création biblique est totalement désacralisante. Seul l’homme est sacré. Il y a un seul Dieu et des objets qui n’ont aucune valeur supérieure
Comme le temple, l’arbre sacré permet d’exprimer un au-delà du monde visible, un au-delà de notre réalité terrestre
Cette est à situer dans la ligne des précédentes. Page du 29 janvier et page 31 janvier.
Commentaires du chapitre III Désacralisation et sacralisation
Le regard de Bernard
La sacré marque l’aspiration des hommes et des sociétés à quelque chose qui le dépasse, à la transcendance. Toutefois l’histoire des religions, et en particulier la religion juive et le christianisme, nous apprend qu’elles ont désacralisé ; mais le sacré revient et elles ont re-sacralisé. Jacques Ellul dans ce chapitre nous décrit ce processus à travers les âges. Et cette question est d’actualité avec le retour et la recherche des rites chrétiens et autour du prêtre.
Le sacré est une constante ; s’il disparait, il en renait un. Les sociétés n’arrivent pas à vivre sans sacré, ni transcendance ; la société moderne n’échappe pas au sacré.
Les religions juives et chrétiennes ont été particulièrement critiques vis à vis du sacré païen. Le christianisme a produit des normes qui l’ont fait entrer dans l’histoire des religions, et au moment de la réforme il y a eu un grand mouvement de désacralisation.
La création biblique est totalement désacralisante, ce n’est pas une Théodicée. Seul l’homme est sacré. Il y a un Dieu et des objets qui n’ont en eux-mêmes aucune valeur supérieure. La lune, les sources, la montagne sont des objets et non de lieux sacrés.
Aucune représentation de Dieu n’est possible car Dieu n’est pas dans la nature. La création se fait par la Parole et rien d’autres. Dieu est radicalement saint séparé de tout le reste. Sa sainteté n’a rien à voir avec le sanctus (le saint), sanctionné par la force divine, le sacer.
Mais il y a retour du sacré par les hommes et le sacrifice et infiltration involontaire par des lieux : la montagne, le Sinaï, le gué de Jacob où il a combattu avec l’ange ; le mont Horeb, le mont Carmel…. Les samaritains continuent à adorer Dieu sur la montagne, les juifs au temple. Le sacré renait aussi par les objets, les lieux, le gué de Jacob où il a combattu, et aussi l’acheva le pieu, et les pratiques magiques.
Le Christianisme va développer la coupure totale entre la transcendance et la création par l’incarnation. On ne peut représenter Dieu, c’est le Dieu de la parole et Jésus lui-même est la totalité de la Parole. Il n’y a qu’un seul et unique sacrifice accompli en Jésus-Christ et cela annule tous les sacrifices pour l’avenir. (Thème de l’épître aux Hébreux) ; il n’y a pas de prêtres et ce sont l’ensemble des fidèles qui est devenu un « corps de prêtres » le monde chrétien est entièrement profane. Cette désacralisation totale a permis la science et la technique car on peut utiliser sans limite les objets de la création.
Comment en est-on revenu au sacré ?
Les gens à partir du 4ème siècle se sont convertis massivement au christianisme mais n’ont pas abandonné les anciens lieux sacrés qui ont survécu dans le christianisme.
C’est le développement d’une foi populaire qui nait dans un amalgame entre la foi chrétienne et païenne. L’Église a reconnu certains lieux sacrés et y consacré des églises.
Dans les églises on va séparer le lieu des fidèles (profane) et l’espace pour le prêtre où l’on célèbre, lieu sacré exceptionnel.
On voit apparaitre des lieux sacrés : tombes des martyrs, lieux des apparitions (Lourdes) ; et aussi des temps sacrés comme la semaine sainte, le vendredi, le carême, l’Avent. On se prépare à une attitude typiquement sacrale, à une mutation de la foi, une réinterprétation de la communion et des sacrements.
Alors pour faire concret s’élabore la doctrine de la Transsubstantiation. C’est la transformation la plus radicale. L’hostie est sacrée, c’est le Christ lui-même qui est là. Ce n’est pas la relation du croyant à Dieu qui compte mais le rituel et l’objet détient la force sacrée de la Transformation. Tout devient visible, les vitraux, les statues, le vêtement spécifique.
L’objet lui-même est sacré. Même le protestantisme qui a désacralisé le profane de l’Eglise, a réinventé le sacré. Le temple et la Bible sont sacrés.
Alors il faut sacrifier quelque chose, ce dont on a envie, choisir le plus difficile, le plus pénible. Le sacré est partout. Réapparait le personnage typiquement lié, au sacré, le médiateur, le prêtre. Le sacré bénéfique est chargé d’une telle puissance que, s’il n’est pas habilité à cette relation, il devient maléfique.
Le personnage du porteur du sacré maléfique est le sorcier. On voit se créer le chant sacré, la musique sacrée, les vases sacrés.
C’est la résurgence du sacré que l’Eglise et la religion juive avait combattu sévèrement.
D’où la thèse de l’auteur : l’homme reconstitue à chaque fois le sacré. Seul le sacré, lui, donne sens à sa vie et, à l’univers, sa stabilité.
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