Économisme exacerbé ! Hégémonique, le monde de l'économie fait ainsi de nous ses esclaves et ses idolâtres tout à la fois.
Alors que de nombreux jeunes chrétiens catholiques (tendance politique extrême droite) regardent ma génération avec des yeux accusateurs, je persiste dans l’affirmation qu’un refuge dans le « sacré » risque d’éloigner de la sainteté, de la ferme volonté d’être à la suite du Christ. Entendre l’Évangile avec la ferme volonté de le mettre en pratique.
Ce n’est pas en me disant : « Seigneur, Seigneur ! » qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux.
Mt 7,21
Il y a quelques temps j’avais plutôt tendance à abandonner le combat en évoquant l’histoire sous le regard du retour du balancier. Une génération tendue vers « la gauche », la suivante vers la « droite », puis la prochaine vers… « une nouvelle gauche ».
Avec les rencontres/conférences données au Prado, rue Père Chevrier à Lyon, les mardis, jeudis dur Prado : L’Évangile regarde le monde, j’ai eu l’opportunité de parler avec de jeunes chrétiens affirmant leur foi en Christ dans cette ouverture anti capitaliste. Je pense à Pierre-Louis Choquet, à Joseph D’Halluin, voir ici et ici.
Je pense à Guillaume Dezaunay, voir ici
Etc….
Aujourd’hui, je ressens le besoin de rendre compte du « Manifeste pour un universalisme égalitaire alternatif à la mondialisation capitaliste, URGENCE ÉVANGÉLIQUE. Un texte rédigé par le collectif Anastasis, 60 pages à lire et à relire avec échanges en petit groupe de réflexion chrétienne, c’est-à-dire sous le regard de l’Évangile de Jésus-Christ.
Méfaits du capitalisme sur les travailleurs et travailleuses
La foi chrétienne vise la mise en œuvre de la justice et de l'amour et ne saurait s'accommoder d'une conception dégradante du travail. De nos jours, rares sont les espaces où le travail apparaît comme une activité effectuée collectivement dans le but de cultiver et de poursuivre l'œuvre créatrice de Dieu. Le capitalisme contraint les travailleurs et travailleuses à le servir et les jette au rebut lorsqu'ils les considèrent défaillants. Que ceux-ci touchent en contrepartie de leur travail de quoi vivre, parfois même de façon très confortable, et que le désir de participer au consumérisme ambiant provoquent souvent chez eux l'adhésion à leur statut, ne change rien à cette situation clairement dénoncée par la doctrine sociale catholique : « Toute forme de matérialisme et d'économisme qui tenterait de réduire le travailleur à un simple instrument de production, à une simple force-travail, à une valeur exclusivement matérielle, finirait par dénaturer irrémédiablement l'essence du travail. » (Compendium de la doctrine sociale de l’Église catholique, n°271). Les nombreuses lois votées depuis quarante ans (loi sur les CDD d'usage de 2008, loi El Khomri de 2016...) ont exactement eu cet effet (Alain Supiot, La gouvernance par les nombres, Paris, Fayard, 2015). Transformés en serviteurs assidus de l'accumulation du capital, les travailleurs et travailleuses se font les relais bien souvent involontaires de la destruction de la nature et de l'aggravation des inégalités. La célèbre alternative présentée par le Christ - « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l'Argent. » (Mt 6, 24) - est tranchée par le capitalisme en faveur du second - et « payer ses dettes » devient un nouvel impératif moral. Désormais hégémonique, le monde de l'économie fait ainsi de nous ses esclaves et ses idolâtres tout à la fois. Dès lors, n'est-il pas logique que nous soyons de plus en plus nombreux à être rongés par le sentiment de l'inutilité voire de la nocivité de nos activités professionnelles ? Plus les États se ruent dans la course à l'intelligence artificielle et abandonnent l'un après l'autre leurs engagements climatiques, moins nous osons prendre au sérieux l'idée même d'un monde plus juste. Le cynisme s'impose comme la morale naturelle du capitalisme et le catastrophisme comme son eschatologie.
Pages 15-18
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