Les prêtres ouvriers que j'ai connu avaient tous leur particularité ; attaché au monde ouvrier, aux plus faibles ; Alexis continue sa mission
Je travaille cette fin de mois de mars sur la rue pradosienne Quelqu’un parmi nous.
Nous avons reçu une lettre écrire à la main par un monsieur plus proche de ses 100 ans que de ses 20 ans. J’admire la maîtrise de son écriture. Et je ne peux garder seulement pour moi ce témoignage qui relate, entre autres, de l’importance de la rencontre d’Alexis Hôpital. Alors, je la dépose en ce lieu.
Les Partage d’une vie
Lettre envoyée à l’équipe d’animation de
Quelqu’un parmi nous, et à Alexis Hôpital
Bonjour à vous tous (et toutes),
La réception de QPN n°265 avec l’appel au don pour soutenir cette revue, me donne l'occasion de répondre à votre appel et vous transmettre toute la richesse des échanges que nous avons partagé avec Alexis depuis 60 ans (soutien amical, spirituel et l’aide de QPN).
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- Alexis a été pour notre couple (Noël et Françoise décédée le 5 Mars 2025) une boussole pour cultiver notre foi, être attentif aux autres au regard des évangiles, sans imposer. Il avait une force qui l’animait et s’aidait de ses mains pour faire passer son message. Depuis 60 ans, il a gardé cette façon de s'exprimer.
- Tous les prêtres ouvriers du secteur que j'ai connu avaient tous leur particularité, mais attaché au monde ouvrier, aux plus faibles : Louis TECHNAYAN, André PERROT, Louis BROSSARD, tous décédés, seul Alexis continue sa mission.
- Sur la revue Prado n° 265, l'article sur la synodalité et l’exemple sur l’arbre qui va grandir et très intéressant avec son évolution et toutes les questions posées. C'est l'évolution d'une vie avec toutes les rencontres formidables qui nous font tenir et avancer dans la direction de celui qui nous anime si nous voulons le suivre. Il nous laisse libre.
Je continue mon chemin
- Depuis le 5 Mars 2025, je continue mon chemin avec le soutien de ma merveilleuse épouse Françoise qui a rejoint le Père.
Elle m'avait écrit suite à une retraite de fiancé en 1964 au dos d'une image de Marie : À toi Noël, afin que notre Père nous aide à comprendre que « l'Amour, ce n'est pas se regarder l’un l’autre, C’est regarder ensemble dans la même direction ». Françoise
- Comment moi Noël a vécu toutes ces richesses partagées avec Françoise, et toutes les personnes rencontrées sur nos chemins ?
Né dans une Famille chrétienne à Sochaux durant la guerre. Dès l’âge de 7 ans je suis servant de messe jusqu'à l’âge de 24 ans, notre mariage. Ado, je suis au groupe des Cœurs Vaillants, puis camps de vacances organisés par la paroisse.
La vie en groupe, participer, se respecter. Puis la JOC, qui a marqué la façon de vivre : l’attention aux autres, la justice, s’engager. Enquêtes sur les conditions de logement des travailleurs immigrés (particulièrement du bâtiment) intervention à l'inspection du travail. Participation à une manifestation « nous construisons des maisons, nous voulons un logement. »
Le temps du service militaire
En 1961, 1962, durant mon service militaire, Trèves en Allemagne, après les « classes", il m'a été demandé de donner des cours de français aux jeunes FSNA (Français de Souche Nord-Africaine) incorporés dans l'armée Française sous l’appellation "Insoumis" car ne s’étant pas présenté pour être incorporé (la gendarmerie allait les récupérer dans le djebel). 15 jours de formation à Spire pour connaître les rudiments du Coran et quelques phrases en arabe pour entrer en conversation.
Quelques mois de vie militaire avec ces 10 jeunes comme moi m'ont certainement aidé a appréhender l'autre comme un Frère.
Un grave accident à vélo
- Un élément de ma vie qui s'est passé bien avant et qui a très certainement orienté toute ma vie : le 8 Mars 1958, je suis parti à vélo distribuer la presse catholique (Pèlerin, Vie catholique, Télérama) 9 h 30 du matin,10 cm de neige sur les routes ; il neige à gros flocons. Je roule en baissant la tête et me guide en voyant le bord du trottoir. Tout à coup, je me retrouve par terre, l’arrière d’un camion devant moi à l'arrêt. Je venais de percuter sa ridelle, Baissant la tête à cause de la neige, je ne pouvais pas le voir. Je relève le vélo, le guidon tordu, j’aperçois du sang sur la neige. Je traverse la route jusqu'à la gendarmerie en face ; je connais quelques personnes. Je frappe, Mme Derbiez ouvre et me dit : « tu t’es bien arrangé mon garçon. Je t’accompagne jusque chez le Dr Ceneig à 200 m. Mon vélo à la main nous nous rendons chez le Docteur. Après observation, il me dit, je vais te recoudre ; il sort une aiguille du fil, mais se ravise. Il vaut mieux que je t'envoie à l’hôpital. Je lui dit que mon papa est pompier et il appelle. Une ambulance me transporte à l’hôpital.
Après l'opération, j'ai appris que ma maman était auprès de moi après mon arrivée, dans les vapes, j’avalais ma langue ; à sa demande, les infirmières me retirèrent la langue et je fus emmené à la table d'opération. Piqûres pour insensibiliser la zone, champ opératoire. J'entendais toutes les conversations entre le docteur et les infirmières, et les morceaux d'os, qui tombent dans un haricot. Enfoncement de la boîte crânienne avec coupure de la dure-mère.
Durant les instants de connaissance, je demandais au Seigneur : « j'aurais bien voulu vivre pour passer mon CAP (dans trois mois) pour savoir si j'étais capable de l’obtenir ». À mon réveil, ma maman, Marie-Louise était à mes côtés. Comme Marie auprès de de Jésus sur la Croix. Elle veillait sur moi.
Qu’est-ce que le Seigneur attend de moi ?
Souvent, dans ma vie, je me suis posé la question : si le Seigneur m'a accordé la vie, qu’attend-t-il de moi ?
Alexis a été ordonné prêtre en 1956 et nommé à la paroisse de Voujeaucourt à 10 km de Sochaux et quitta la région en 1970 pour Lyon.
Durant cette période, je faisais partie de la JOC depuis le retour du service militaire, militant puis trésorier fédéral et c'est dans des rencontres JOC, JOCF que j’eu l’occasion de rencontrer Françoise durant des réunions communes. Elle était également trésorière fédérale.
Le 1er Août 1964, rallye Européen JOC-JOCF à Strasbourg, journée formidable entre jeunes travailleurs • Nous nous apercevons durant le voyage, les spectacles organisés.
Au retour, la semaine suivant départ pour un camp en Espagne à St sSébastien. Sur le chemin, arrêt quelques jours à Lourdes. J’écris une lettre à Françoise en camp à Ouhans avec les jocistes pour lui demander son accord pour lui rapporter une médaille de la Vierge. Elle me donne son accord par retour du courrier avant que nous repartions. Quelle joie, ce fut une première étape avant une retraite de fiancés le 4 Avril 1965, nos Fiançailles le 18 Avril, notre mariage de 24 août 1965.
Le lendemain départ pour Notre Dame de la Salette puis St Martin en Vercors.
Une vie active
- 1966 : je donne des cours d'alphabétisation à Sochaux (salle protestante) au sein d'une association (l'ACAAFI). Durant cette période, Alexis nous invite a participer à une rencontre sur les travailleurs immigrés à Evreux. Mon épouse et un copain, nous y sommes allé en voiture.
- 1967, naissance de notre premier garçon, Hervé.
- 1967, 68, 69. 70 : poursuite des cours d’alphabétisation et visite de familles algériennes : Amid Saad, Saadi-Saadi, Djerboa Mahfoud. Nous les accueillons également dans notre logement puis, après, à la maison. Certains viennent nous donner des corups de mains lors de la construction.
Nous rencontrons Alexis pour échanger, approfondir notre foi dans l’accueil de l'étranger. Il écoute et apporte un regard évangélique sur notre vie sans imposer.
- 1972 : départ pour l'Algérie en 2 CV avec Alexis, mon épouse Françoise qui attend notre deuxième enfant et Hervé 5 ans. Passage en bateau Marseille - Alger. Loger à El Biar aux Asphodèles chez des prêtres, quelques jours puis départ pour Sétif dans une famille que nous ne connaissions pas. Des amis de Nommay : la famille Amid Saad et Zora Saad nous avait dit : « Vous pouvez aller chez mon Frère Said Haboussa, vous serez reçu comme des frères ». Nous avons précisé à la famille en arrivant qu'Alexis était prêtre ouvrier ; il n'y a eu aucun problème pendant notre séjour.
Cette Famille était notre camp de base pour parcourir le djebel en 2 CV pour rencontrer des copains d'Alexis avec qui il avait travaillé et pour rencontrer des hommes (et leur famille) qui avaient été accueillis dans les cours d'alphabétisation de l’AFCAAFI.
Nous avons parcouru avec Alexis de Sétif à Batna (les Aurès) puis Biskra aux portes du désert, rencontré plein d'amis (Filles de la Famille Ayad de Nommay). Nous avons pu constater toute l'évolution depuis l’indépendance de 1962 : le chemin parcouru pour combler les lacunes entre la France et l'Algérie qui était Française. Personnellement, je n'ai jamais ressenti la haine ou le ressentiment comme je l'ai constaté en France après la guerre avec l'Allemagne.
Alexis est rentré en France par avion depuis Constantine ou nous l’avions accompagné.
- Durant notre séjour, nous avons partagé la chorba, le couscous et d’autres plats, seule Françoise partageait les repas avec nous. Les femmes de la famille toujours à part pour les repas.
Françoise a été invitée à un mariage et la famille lui a prêté les habits du pays pour participer. Avant de quitter la famille pour rentrer en France, le père de famille m'a emmené au Hammam puis au barbier pour être propre pour repartir. J’ai oublié des détails, mais ce qui demeure c'est l'accueil, l'hospitalité qui est sacré pour eux.
Des rencontres qui durent
Au retour, à Alger, nous avons rendu visite à Lakdar Bendib qui était rentré au pays après plusieurs années dans notre région. Il participait aux cours d'alphabétisation et travaillait dans l’entreprise qui construisait notre maison en 1969/1970.
En Août 1970, nous avons partagé le méchoui avec la Famille et tous les copains Algériens qui avaient donné un coup de main.
En novembre 2025, visite du fils de Lakdar à la maison, 53 ans après notre visite en Algérie. Il avait avec lui une photo de Lakdan avec nous et un copain d’une sortie dans la campagne.
- Nos rencontres avec Alexis : 1972, l'Algérie
Août 1973, nous rends visite à Albiez-le-Vieux
Aoûl-1974, nous rends visite à Montvalezan (sur le chemin du lac du retour)
1974 nous lui rendons visite à Hauteville Lomprès - Ain. Sana
en revenant de cure 2019. 30 Mai à Caluire et cuire
en revenant de cure 2022- Sept. à Caluire et cuire
en revenant de cure 2025- Septembre à Caluire et cuire
- Article de QPN p. 20 : la question de l'ordination sacerdotale d'hommes mariés.
Des questions qui demeurent
Lors de la participation à la préparation au diaconat, d’un copain marié, ce sujet a été abordé. J’ai du mal à comprendre l'obstination des dirigeants de l'Église à Rome sur le sujet.
C’est comme l'ordination de femmes dans l'Église. La femme n'est-elle pas l'égale de l'homme aux yeux de Dieu ?
Merci pour votre écoute. Ci joint un chèque… pour soutenir QPN.
Ps. Excusez-moi du retard, j’ai pris du temps pour faire ce courrier.
Noël Janin
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