Saisir l’appel vigoureux lancé au chrétien à la sainteté qui est une vue plus haute par le discernement en étant vigilant et critique. Aimer.

Publié le par Michel Durand

Jacques Ellul

Jacques Ellul

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Le regard de Bernard Dans la ligne des pages du 10 octobre.

Et du 12 octobre.

 

Jacques Ellul nous propose une analyse de la prise de conscience qui nécessite un discernement et le besoin d’être reconnu pour soi-même et par Dieu. Il situe la sainteté dans ce triptyque : elle est une vue plus haute, elle est en même temps présence au monde et distance au monde.

« Rien de changé sous le soleil », dit l’ecclésiaste. Savoir être vigilant au moment où Dieu intervient. Le Saint est un homme sans cesse éveillé, vigilant. La conscience c’est la prise de conscience et la manière dont elle se fait. À un moment donné les conditions sont réunies et c’est là qu’il est nécessaire d’en tenir compte. Et il ajoute en tant que chrétien, c’est Dieu qui maîtrise ce moment de conscience (au moment où Dieu choisira restons vigilants). Mais il y a des habitudes, des fatalismes, des courants d’opinons qui disent c’est comme ça. C’est une perversion. Il cite la lutte des classes qui s’est imposée via le marxisme comme une prise de conscience et qui s’est vulgarisée.

Je retiens deux choses : - 1 être prêt au moment de conscience que seul Dieu décide et  - 2 la sainteté est une vue plus haute et elle propose une alternative aux prises de conscience consensuelles. II s’agit de discerner quelle est la volonté de Dieu et de choisir le bien. Et non pas de décider à la place de Dieu de ce qui est bien ou mal. Le discernement commence dans cette attitude d’éveil : tout peut me parler. Le pire aujourd'hui serait de tenter d'accrocher le christianisme à l'un de ces systèmes et de faire un marxo- ou un freudo-christianisme, ou d'intégrer la Révélation dans le champ des systémisme, structuralisme, linguistique, informatisme.

Le discernement du sens et des esprits est un acte fondateur de la morale. Mais seule la sainteté peut aller jusqu'au bout. La responsabilité des chrétiens dans ces conditions est considérable : Et pourtant je suis obligé de dire que je ne connais personne qui soit mieux placé que les chrétiens pour effectuer la prise de conscience de ce temps. On dit que tout change, mais c’est superficiel, mais c'est un changement qui va vers le blocage de la société technicienne, en prenant l’image des eaux qui se bloquent progressivement dans les glaces, ainsi de notre temps.

Et, ici encore, les chrétiens sont mis en question, car en présence de l'instinct de mort, de la volonté de suicide ou de l'acceptation résignée de l'abattoir, ils sont tenus, à cause de la résurrection, de s'opposer avec la dernière énergie, avec la dernière violence. Le chrétien est interpelé car les changements de système n’apporteront pas la solution. Dieu se révèle Dieu d’Amour. Dès lors la seule efficacité du chrétien est celle de l’Amour. Mais il doit sans cesse en même temps procéder à la critique de soi-même, précisément parce que le Saint-Esprit est par lui-même une puissance critique.

La reconnaissance est un des aspects de la sainteté. Elle est gratuite et toute grâce. Je suis reconnu moi-même si je reconnais les autres et si je suis rempli de reconnaissance envers Dieu. Nous tenons là la clé de la remise en cause par nous chrétiens de l’autojustification, processus universel dans notre monde moderne. À cet égard l’auteur cite : La bonne conscience américaine ou soviétique, la justification des scientifiques et des techniciens, la bonne volonté administrative. C'est à partir du moment où l'homme cesse de croire à l'amour de Dieu, à son salut et à la résurrection que la culpabilité, sans issue, sans changement possible, se traduira soit par l'autojustification triomphante, soit par la névrose et l'autodestruction.

La reconnaissance de soi ainsi que celle de Dieu est une des faces de la sainteté. Moi, humble compagnon de moi-même, qui me suis comme une ombre et que je n'ai ni à haïr ni à glorifier, mais à aimer paisiblement avec humour et avec bonhomie, aimer. Ainsi la reconnaissance de soi qui répond exactement à la reconnaissance de et envers Dieu, et nous retrouvons la trame de l'unité de la personne, fait partie des catégories de la sainteté.

Nous voyons, dans ce texte vivifiant d’alerte, un appel vigoureux au chrétien à la sainteté qui est une vue plus haute par le discernement face aux consciences consensuelles en étant vigilant et critique et la reconnaissance de soi et des autres et envers Dieu pour aimer avec humour et bonhomie.

 

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