Encore sur les catholiques ! Leur avenir ?

Publié le par Michel Durand

Voici le début de la conclusion du libre d'Henri Tincq, Les catholiques.
Ce livre est vraiment à lire.

Il pourrait être l'objet, en une rentrée paroissiale d'une longue rencontre-débat : « le catholicisme du XXIe siècle devra se transformer, mourir ou changer. Comment ? A quelles conditions ? »

A l'échelle « terrestre », il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas s'interroger sur le devenir d'une Eglise catholique que désertent nombre de ses fidèles dans ses fiefs historiques d'Europe et d'Amérique du Nord ; qui est concurrencée par la prolifération des groupes évangéliques et pentecôtistes dans les grandes métropoles d'Amérique latine, d'Asie ou d'Amérique ; qui poursuit son « exode» du Proche-Orient, à la faveur de l'instabilité politique de la région et du fondamentalisme musulman. Elle progresse en Asie, mais demeure la religion « de l'étranger », petit îlot dans l'océan des philosophies et sagesses traditionnelles. Elle décolle, mais reste fragile dans un continent comme l'Afrique qui récapitule tous les maux du passé et du présent de l'humanité et peine à s'insérer dans les cultures locales.

Au long de ses deux mille ans d'histoire, l'Eglise a traversé nombre d'épreuves, résisté aux fléaux et aux persécutions, survécu à ses propres errements et déchirements. Pour s'en tenir aux deux derniers siècles, elle a subi l'assaut des Lumières, du rationalisme et du scientisme, de l'athéisme oppresseur de type marxiste, du relativisme de la foi, des idées et des mœurs. L'a-t-on assez dit ? Depuis le concile Vatican Il, elle a tourné la page sur des siècles d'ignorance et d'arrogance, mis fin à des réflexes défensifs, hérités de l'histoire. Elle s'est mise à dialoguer avec le monde moderne et avec des religions qui lui étaient étrangères. Ce tournant fut l'œuvre des grands papes du XXe siècle : Jean XXIII et Paul VI. Même copieusement rectifié, leur héritage a été maintenu et encouragé sous Jean-Paul II et Benoît XVI. Le catholicisme connaît aujourd'hui un renouveau considérable, aux plans intellectuel, moral, exégétique et spirituel, que nous avons amplement décrit et démontré.

Mais il reste confronté, en ce début de XXIe siècle, à d'autres défis également redoutables. La rupture avec Dieu et la mémoire chrétienne, l'indifférence religieuse, l'athéisme pratique, l'identification de la religion à la violence sont devenus des phénomènes massifs. Le repli sur l'individu ou la communauté remet en cause des traditions, plus ou moins anciennes, d'ouverture et de tolérance. Des doutes s'expriment sur la validité des Eglises historiques, leur enseignement, leurs institutions, leurs prescriptions. Défi aussi que le déficit des vocations, des ressources en prêtres et religieux dans nombre de pays du monde. Défi de la cohabitation entre les zones d'extrême richesse et d'extrême dénuement, de la culture populaire des masses pauvres, de la religiosité effervescente et d'un syncrétisme insaisissable. Défi encore que la stagnation du dialogue œcuménique entre les confessions chrétiennes divisées depuis tant de siècles, un scandale incompréhensible pour nos contemporains, un contre-témoignage de la part de ceux qui prêchent un Evangile de charité et d'unité. Défi enfin que la contestation, plus sourde qu'hier mais toujours présente, liée au déficit de démocratie dans l'Eglise, au statut qu'y tiennent les femmes, à l'obligation du célibat des prêtres, à une morale sexuelle à contre-courant.

Sans espoir d'une « reconquête » qui relève largement d'un fantasme, les catholiques s'interrogent aujourd'hui sur leur identité, sur leur place dans la société, sur leur responsabilité éthique, politique, sur leur mode de présence au monde, sur les nouvelles voies à explorer pour l'évangélisation, sur le maintien même de leur unité. Volontairement ou involontairement, dans la douleur ou en douceur, le catholicisme du XXIe siècle devra se transformer, mourir ou changer. Comment? A quelles conditions?


 

Publié dans Eglise

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C
Ce serait mieux de se transformer volontairement, lisons le livre, faisons un débat,  pour mourir "vite" et renaître !
Répondre
M


Antoine Chevrier, fondateur du Prado (XIXe s) parle ainsi : Mourir à son esprit. Renoncer à son esprit. Renaître de l’eau et de l’Esprit Saint, qu’est-ce à dire, sinon réformer son esprit, quitter
son premier esprit pour prendre l’Esprit de Dieu ? Voir Nicodème.
Notre Seigneur ne pouvait s'expliquer plus clairement pour nous montrer la nécessité de renoncer à notre esprit, puisqu'il veut que nous renaissions dans un esprit nouveau, celui de l'Esprit Saint,
que nous devenions comme de petits enfants. Ce n'est pas par le corps que nous pouvons devenir petits et que nous pouvons renaître mais bien par l'esprit.