Présence à Dieu et présence aux hommes

Publié le par Michel Durand

Je repense ce soir, une fois de plus, à la fin de vie d'Antoine Chevrier*. Il voit ses collaborateurs quitter la maison de Prado pour rejoindre le cloître des monastères. Je ressent bien ce que pouvais ressentir ces prêtres : « puisque nous  n'arrivons pas à conduire les personnes rencontrées dans le bonheur divin, puisque l'on ne parvient pas à les inviter au Royaume, le Bonheur sans fin, qu'au moins nous gagnions notre propre salut ». À défaut de sauver le monde qu'au moins je sois sauvé ! pouvons-nous nous exclamer.

Le salut, le bonheur sont du côté du Christ. C'est en lui qu'il faut se tourner. C'est sa parole  que nous devons, que je dois entendre et mettre en pratique. Prière, contemplation, intimité de vie avec le Sauveur universel, proximité de vie avec sa transcendance. « Que c'est beau Jésus-Christ ! »

Le moment le plus intense de ma journée est sans conteste la bienfaisante solitude du matin dans la prière. Un repos qui prolonge le repos de la nuit. Seul en Dieu. Plénitude. Avantage de l'amont de la Révélation. J'aimerais que ce temps ne s'arrête jamais.

En fait, la prière étant une ascèse en elle-même, comme je l'ai déjà exprimé dans ce blogue, c'est rare que j'atteigne une heure complète. La nature pesante, prosaïquement, prend le dessus.

Et puis, le bonheur de la prière du matin n'est-il pas paresse camouflée ? J'ai lu un jour dans la presse catholique, que des moines bouddhistes pensent qu'il est prudent de ne pas trop aimer son prochain, car cela engendre des soucis et que s'inquiétant de son voisin on y perd en sérénité intérieure. Les prêtres d'Antoine Chevrier ne regardaient-ils pas le cloître par crainte des fatigues -sans résultats- de la rencontre d'autrui ?

Je pense qu'à trop mettre l'accent sur l'Amont de la Révélation, à trop l'honorer, on en vienne à négliger la disponibilité au monde. Y aurait-il à choisir entre présence à Dieu, ce que l'on peut appeler « l'amont » et présence aux hommes, « l'aval » ? Le mont est fait pour la vallée. À trop regarder les sommets, on en oublie la plaine marécageuse.

Situé dans la ligne de l'Incarnation du verbe, Antoine Chevrier reliait sans cesse l'écoute de la Parole et l'écoute du monde. Aussi je trouve regrettable que les spirituels du Prado gardèrent le silence en 2006, année anniversaire de la naissance du Prado, quand ils découvrirent l'usage de la phrase célèbre : « Alors, je me suis décidé à suivre Jésus-Christ de plus près », c'est-à-dire l'amont. C'est une infidélité au prêtre de la Guillotière, une erreur théologale que d'omettre la suite : « pour me rendre plus capable de travailler efficacement au salut des âmes », l'aval.

Regarder Dieu, son Verbe, sa résurrection, sa Beauté ne peut se vivre sans avoir, en même temps, un regard intense sur les hommes qui ont tant besoin d'amour.

Afin de travailler efficacement au bonheur des hommes.

Comment sauver le monde, lui apporter le bonheur, si on ne parle pas son langage, si on ne connaît pas ses attentes, si l'on s'enferme dans ses propres certitudes, si l'on ignore les soifs humaines ? Comment les comprendre si l'on a les yeux durablement fixé vers le sommet ?


* Pourquoi je me réfère si souvent à Antoine Chevrier, me demande-t-on ?

Tout simplement parce que je suis incapable d'une pensée personnelle et que je trouve beaucoup de vérité chez cet homme inspiré de Dieu.


Publié dans Eglise

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