le pape n'est qu'un accident de l'Histoire ? ... !

Publié le par Michel Durand

Jean XXII, Pape à Avignon, 1316-1334


Avoir dit à Stéphanie Le Bars, journaliste au Monde, que le pape n'est qu'un accident de l'Histoire ne pouvait passer inaperçu. J'en ai eu quelques retours. Je reconnais par ailleurs que cette « petite phrase » mérite une explication que j'aurais pu (ou dû) donner à Mme Le Bars si la question m'avait été posée. Mais tel n'était pas le sujet de l'entretien.

Je souhaite aujourd'hui m'expliquer sur cet « accident ». Bien que non-historien professionnel, je me lance tout en demandant aux experts d'apporter contradictions ou approbations. Je serais bref.



de l'an 30 à l'an 70

La première période de l'Église est dite apostolique parce qu'elle est principalement juive et coordonnée par les apôtres. On y voit que les responsabilités se prennent suite, dans la prière,  à un tirage au sort. « Alors, ils firent cette prière : "Toi, Seigneur, qui connais le cœur de tous les hommes, montre-nous lequel de ces deux tu as choisi pour occuper, dans le ministère de l'apostolat, la place qu'a délaissée Judas pour s'en aller à sa place à lui." Alors, on tira au sort et le sort tomba sur Matthias, qui fut mis au nombre des douze apôtres (Ac 1,24-26).

Cette petite et première communauté de personnes attachées au Christ se détacha vite de leurs ancêtres juifs. Ils furent désignés, à Antioche du nom de « chrétiens ». Mais à l'intérieur même de la communauté, deux tendances s'affrontèrent : ceux qui voulaient fortement rester attachés à la Loi mosaïque (le parti des Hébreux = Pierre, Jacques), ceux qui exigeaient que l'on n'impose pas aux païens des coutumes juives obsolètes (le parti des hellénistes, Étienne, Barnabé). Dans chaque parti les responsables des communautés sont choisis par les membres eux-mêmes.

Sous la pression des pharisiens, les pagano-chrétiens furent expulsés en 37, après la rixe contre Étienne. Le christianisme commence alors à se répandre en dehors de la Judée et de la Galilée. La communauté d'Antioche devient une référence.

Le personnage le plus important de cette sortie de l'Église judéo-chrétienne s'appelle Paul. Baptisé, il passe trois années près de Damas, puis un an à Tarse. C'est là que Barnabé, qui l'avait connu à Jérusalem, vient le prendre, en 41, pour compagnon en vue d'une mission en Asie. Choix personnel ou réalisé avec l'accord de quelques membres de la communauté hellénique.


Ce qui n'est pas un accident

Dans la première organisation de l'Église, le choix par le Christ des Douze et de Pierre, où Pierre à une place spéciale, n'est pas un accident, mais un désir profond mûri dans la prière avec l'Esprit Saint. Jésus dit :« Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle ». (Mat 16,18).

L'institution du collège des Apôtres relève donc du Christ. Pour que la transmission des pouvoirs conférés par le Christ aux Apôtres se fasse, ces derniers ont vite admis que certains personnages partagent leur autorité. Les « surveillants » de communauté (les évêques) sont généralement désignés par acclamation de tous les chrétiens.


Ce qui ressemble à un accident : élection populaire ou élection par des pairs ?

Dans l'Histoire de St Augustin par M. Poujoulat nous lisons : " De bruyantes adhésions retentissent, et l'amour du peuple pour Augustin s'exprime en des acclamations touchantes...

Cette séance d'élection épiscopale dans la basilique d'Hippone est une frappante image des séances du sénat romain lorsqu'il nommait lui-même un empereur ».


Quand l'Empire romain de vient chrétien

La conversion de Constantin change la donne. Est-il devenu chrétien par une profonde conviction ou bien, il s'aperçoit qu'il doit changer de bord pour garder le pouvoir ?

Sous Théodose (mort en 395), l'Église persécutée devient persécutante. Désormais, seuls les baptisés jouissent des droits de citoyens ; les autres sont exclus des fonctions publiques. Le choix d'un évêque est de plus en plus lié au désir de l'empereur, même si l'évêque, comme Ambroise de Milan, sait rappeler aux gouvernants (Théodose) qu'ils ne sont pas au-dessus des lois ordinaires de la vie chrétienne.


Accident de l'histoire

L'organisation ecclésiastique se modèle sur celle de l'administration impériale : chaque cité à son évêque, choisi par le peuple, secondé par divers ministres, spécialement des prêtres, qui président au culte dans les campagnes, en chaque province, l'évêque de la cité principale a prééminence sur ses collègues et préside leurs réunions, ou synodes provinciaux. Quelques Églises d'Orient, plus anciennes et plus importantes, étendent leur autorité à plusieurs provinces ; ainsi se constituent les patriarcats d'Alexandrie et d'Antioche, puis ceux de Constantinople (381) et de Jérusalem (451) ; seule l'Église de Rome tient en Occident une position semblable. De grands conciles rassemblent les évêques de la communauté chrétienne ; ils se tiennent en Orient, mais toujours en communion avec l'évêque de Rome, qui s'y fait représenter par les légats.


Charlemagne

Suivant la politique de son père Pépin le Bref, pour s'octroyer un pouvoir à la taille de Constantin, Charlemagne, contre l'impératrice Irène de Constantinople, choisit de soutenir l'évêque de Rome et assure l'hégémonie de l'Église romaine en occident. Rome est sans défense devant la menace grandissante des Lombards. Alors, la papauté, cherchant appui auprès des Francs, favorise la montée de la nouvelle dynastie issue de Charles Martel. Non contents de protéger militairement l'évêque de Rome, Pépin puis Charlemagne, par diverses donations, lui octroient souveraineté immédiate sur une partie de l'Italie, donnant ainsi naissance à l'État pontifical.

Charlemagne s'appuya plus sur les moines dont il favorise l'existence que sur les évêques pour établir son empire.


Le pape, chef d'État, un accident ?

J'ai promis d'être bref. Il me faut faire vite. Fort de ce pouvoir, Grégoire VII a écrit : « Le pontife romain, qui seul mérite d'être appelé universel, à tout pouvoir sur les évêques, qu'il peut à son gré déposer. »

Parlant ainsi, il s'exprime plus comme prince politique qu'en ayant souci d'œuvrer à la communion de tous. Une politique de centralisation qui dure jusqu'à nos jours est ainsi inaugurée.

Et il faudrait regarder la vie de tous les papes avec les vicissitudes de l'État pontifical, Rome, Avignon, les Borgia, dans l'Ecyclopædia universalis, nous lisons : « Tandis que se cherche difficilement un nouvel équilibre des valeurs, les papes de la fin du XVe siècle demeurent de plus en plus enfermés dans les complexités de la politique romaine et italienne, dans leurs ambitions familiales, dans le souci de leurs constructions et de leurs plaisirs et - à tous ces niveaux - dans leurs préoccupations d'argent. Après le pontificat à la fois brillant et scandaleux d'Alexandre VI Borgia, Jules II (1503-1513), se faisant au besoin chef de guerre, redonne à la papauté un véritable rôle de direction politique sur l'ensemble de la péninsule italienne ».


L'évêque de Rome vit à l'étranger, hors de son Église.

La cathédrale (siège de l'évêque) est Saint-Jean de Latran à Rome, en Italie, mais l'évêque vit dans ce qui lui reste de l'État pontifical, l'État du Vatican. «  Avec la guerre franco-allemande et la défaite de Sedan (2 sept. 1870), les États de l'Église, privés de leur protection militaire, tombent à la merci de la monarchie piémontaise. La Ville éternelle est occupée et le pape dessaisi de l'administration de ses domaines. Il n'y a plus d'État pontifical. Refusant la loi de garanties que lui offre le gouvernement italien, Pie IX devient le « prisonnier du Vatican », dont la générosité des fidèles assure désormais la subsistance (denier de Saint-Pierre). »


Et il nous faut évoquer les accords du Latran.

Signés par le pape Pie XI (1922-1939) et Mussolini, les accords du Latran règlent la « question romaine », qui envenimait les relations entre la papauté (et, par suite, les catholiques) et l'État unitaire italien, depuis que ce dernier avait annexé Rome le 2 octobre 1870, mettant fin à l'existence millénaire des États du pape. La papauté, qui disposait déjà d'une souveraineté internationale reconnue, conforte alors celle-ci par l'obtention d'une assise territoriale : c'est la création de l'État du Vatican, réduit à un quartier enclavé de Rome.


Je vois en tout cela beaucoup d'accidents de l'Histoire qui me fait distinguer un Pape, mis en place dans la mouvance  Constantin / Charlemagne, d'un évêque (surveillant), successeurs de Pierre, veillant à la communion de tous les baptisés.


Pour m'assurer une objectivité historique, j'ai beaucoup puisé dans l'Encyclopædia universalis 2006.


Publié dans Eglise

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Cesco 09/05/2009 22:20

Benoît XVI sera dans quelques jours à Jérusalem. Une fois de plus, de nombreux observateurs guettent d’éventuels faux pas du pape lors de son voyage en Terre sainte, et en particulier à Jérusalem. Il faut dire que la ville « trois fois sainte » suscite parfois des comportements délirants. Et il n’y a pas besoin d’être pape pour y être sujet :
 
parmi la foule des voyageurs, pèlerins ou touristes qui se pressent à Jérusalem depuis des siècles, un petit nombre est victime de ce que les spécialistes appellent le syndrome de Jérusalem, sorte de bouffée délirante issue d’un choc émotionnel non maîtrisable lié à la proximité des Lieux saints. Chaque année, une quarantaine de personnes seraient hospitalisés à Jérusalem pour ce type de symptômes.
 
Une étude de ce syndrome de Jérusalem par des médecins de l’hôpital psychiatrique israélien de Kfar Shaul a été publiée dans le British Journal of Psychiatry.