« Dieu qui vient à l'homme »

Publié le par Michel Durand

La théologie de Joseph Moingt se présente à nous sous la forme de discours interminable. C'est une pensée qui se déroule logiquement. Mais comme les idées s'enchaînent les unes aux autres, on sent que l'on n'atteint jamais la fin. De longues phrases, pleines de nuances avec des incises, des parenthèses et de nombreux points virgules. Il me semble qu'il faut prendre son texte comme si l'on suivait le fil d'une pensée qui ne prendra sa respiration que tout sera exprimé. Autrement dit, en se laissant porter par la phrase, on communique avec la pensée de l'auteur. Certes, il faut avoir du temps à lui consacrer, beaucoup de temps, hélas.

Je suis heureux quand une journée se présente à moi dans sa liberté, ou, au moins, une demi-journée, me donnant la possibilité de me plonger dans son « Dieu qui vient à l'homme ».

Je souhaite vous en partager quelques pages. C'est une théologie dont le monde d'aujourd'hui, donc l'Église, a un grand besoin. Elle indique comment offrir la Bonne Nouvelle dans  une société qui a accompli sa sortie du religieux. Je partage complètement ce point de vue et j'y trouve de nombreux arguments pour soutenir quelques intuitions.

Très souvent dans le groupe « chrétiens et pic de pétrole » nous constatons que le message évangélique contient tout ce que les objecteurs de croissance recherchent. Seulement leur sortie du christianisme est telle qu'il est impossible d'aborder cette réalité en évoquant directement les évangiles. Il serait plus juste de parler de la sortie du christianisme des réalités du monde quotidien, leurs réalités d'objecteurs de croissance.

Dans ce contexte, il faut avant tout évoquer ce que les consciences personnelles expérimentent. Ainsi, la démarche théologique fondamentale de Joseph Moingt. Où agir pour accroître l'humain de notre humanité ?


Lisons J. Moingt : Dieu qui vient à l'homme, 2008, t 2, p. 1010

L'Évangile, pris comme annonce, n'est ni dogme institué ni loi comminatoire ni évasion en plein ciel ; il est la parole d'un homme et le récit de sa vie, un tracé d'humanité, il s'adresse aux aspirations mises dans le cœur des hommes par l'Esprit de Jésus, il leur apprend à se construire, chacun par la liberté, tout en construisant la communauté humaine, ensemble par l'amour ; il montre et fait éprouver le sens de la vie, qui est la joie d'accueillir l'autre au prix du renoncement à soi, il appelle à un salut dont le terme, pour être situé au-delà du temps de l'histoire humaine, n'en sera pas moins le fruit et l'accomplissement, car l'Esprit du Christ achemine vers ce terme tous ceux qui accueillent dans leurs cœurs la Parole que l'annonce y dépose. La mission chrétienne, ainsi comprise, se fait en termes évangéliques, vraiment humanistes quoique non religieux : elle ne contraint pas à professer un credo ni à suivre des préceptes codifiés, elle appelle les individus à se sauver en sauvant leur humanité commune, sans rien édulcorer des exigences de la vie selon l'Évangile ; elle instaure la Croix, le sacrifice de soi, non au terme éventuel, mais au centre de l'amour, comme sa loi intérieure, ce que ne sait pas faire le sécularisme ; ni elle ne brandit ni elle ne dissimule le nom de Dieu ni celui de Jésus, car ces deux noms, depuis l'incarnation, ont été gravés par l'Esprit dans la chair de l'humanité, et l' Évangile les dévoile en révélant à l'homme sa propre vérité. Pour reprendre la formule de Luc Ferry, la transcendance est passée, sans se dénaturer, de l'amont à l'aval, de la loi des origines dans l'espérance qui attire l'histoire à sa fin, depuis que l'humanité du pour-nous de Dieu s'est uni à la nôtre en Jésus.

p. 1015

La figure que l'Église est appelée à revêtir en des temps où elle se trouve dépouillée des parures de son ancienne visibilité. Revenue à la situation de ses origines, elle y prendra une nouvelle naissance, une force de pénétration du monde d'autant plus grande qu'elle ne cherchera pas à le repousser pour agrandir son propre espace vital, mais à se fondre dans la foule des hommes qui aspirent à naître, eux aussi, à une vraie fraternité humaine. Et Dieu également naîtra dans l'Église sous sa vraie figure de Père universel de la famille des hommes. Il était bien né à cette vérité en Jésus, sans pouvoir apparaître tel quel dans l'Église aussi longtemps qu'elle se maintiendrait en opposition au monde et en compétition avec les autres religions. Cette figure est appelée à changer, par l'existence séculière, mais sainte, des fidèles, attelés avec les autres hommes à la même tâche de construire une cité fraternelle, par l'expansion du christianisme dans le monde sous le mode d'un humanisme évangélique. Alors, pourra transparaître le pour-nous de Dieu, dans la réalité historique qu'il travaille à se donner.

Publié dans Eglise

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