« Croire en l’avenir », parcours d’un jeune migrant en France. L’accueil d’une communauté chrétienne, Paroisse Notre-Dame d’Espérance

Publié le par Michel Durand

J’ai lu dans la presse de nombreux articles évoquant la place des chrétiens dans l’accueil des migrants. Ces témoignages placent bien l’engagement des disciples du Christ qui ne peuvent séparer foi et charité, prière et service (Diaconie). L’écoute d’autrui n’est pas une option.

 

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Une cinquante de personnes, des migrants et des bénévoles, ont partagé un repas au Carmel de Tours, ce dimanche.


Ceci, nous l’entendons souvent et il est bon de le redire dans la ligne de ma méditation du dernier dimanche.

Ce 19 janvier, François a honoré le travail des défenseurs des migrants et il a souhaité aux migrants qu’ils gardent l’espoir d’un monde meilleur. L’Eglise les tient proche de son cœur. Plus d'info.

Dans les courriels des Cercles de silence circule ce témoignage. Il encourage.

 A l’occasion de la Journée mondiale des migrants le 19 janvier 2014, Jeunes Cathos Blog donne la parole aux jeunes migrants. Lamartine, 36 ans, est haïtien et est arrivé en France il y a dix ans.

 

lamartine-300x300.jpgComme tout migrant, j’ai cherché à donner une légalité, un sens, un nom à mon exil.

Ayant dû tout abandonner derrière moi, ma famille surtout, j’ai cherché à retrouver ma liberté et ma dignité.

A corps perdu, je me suis jeté dans les démarches administratives et juridiques pour demander le statut de réfugié : en vain. Les trois refus qui m’ont été opposés s’appuyaient sur un texte de loi.

Et moi,  j’étais devenu un clandestin, un sans-papier, un rejet de la loi.

Mon avenir s’écroulait, je voyais la précarité partout et l’instabilité devenait alors mon seul firmament.

Je me sentais seul, isolé, coupé du monde.

Je ne croyais plus en la justice ni au discours des grands barons du monde.

Le feu en moi s’était éteint,

J’étais comme mort à l’intérieur.

Un jour l’Esprit m’a conduit à la paroisse Saint-Hippolyte et ma vie a pris une direction.

L’accueil qui m’a été fait par les femmes et les hommes de cette communauté m’a touché au plus profond de mon être.

Me sentir entouré d’amis m’a donné du sang neuf : comme si j’avais été réanimé, comme si le flambeau de la vie m’avait été passé.

Avec eux, parmi eux, j’ai trouvé la force de croire à mon avenir dans ce pays.

 J’ai osé espérer,  contre vents et marées.

Il y a cinq ans, j’ai obtenu enfin ma carte de séjour.  Précieux sésame qui a changé ma vie mais ma situation demeurait compliquée : il était difficile pour moi de vivre loin de ma petite famille restée en Haïti.

 

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En 2011, par l’intermédiaire de la Paroisse Notre-Dame d’Espérance (11e), j’ai trouvé un logement adapté et un travail décent me permettant d’obtenir l’été dernier, les papiers pour le rapprochement de ma  famille.

Et voilà qu’aujourd’hui,  je mène une vie nouvelle entouré de mon épouse et mes deux enfants, arrivés en France en septembre.

J’ai trouvé une lumière et plus rien ne m’effraye.

Par cette expérience, j’ai pris conscience que s’ouvrir aux autres est un premier pas vers un monde fraternel, un nouveau vivre ensemble où chaque individu quelle que soit son origine ou son histoire y trouve sa place.

C’est l’autre qui m’a redonné la vie,

C’est l’autre qui m’a fait avancer sur une route où tout est à découvrir.

Dans un pays où pourtant, le migrant est parfois perçu comme un phénomène, un ennemi, un prédateur redoutable, un bon à rien qui vient toucher l’aide sociale.

C’est pourquoi, chaque jour, je rassemble tout ce qui est bon en moi pour mettre de côté mes idées préconçues et considérer l’autre dans toute son humanité car l’autre, au-delà de ses différences ethniques, sociales, est d’abord quelqu’un.

Lamartine                 

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