Inquiétudes dans l'actualité

Publié le par Michel Durand

Dans le vif de la crise financière, et dans les tourbillons récents de l’Eglise, l’inquiétude, la rancœur, la déception peuvent laisser place à une intelligence renouvelée de l’actualité, de l’histoire, à l’écoute de l’Evangile.

 

Un collègue du Prado a rédigé ce texte (publié dans "Prêtres du prado N° 102). Il a accepté que je le mette sur mon blogue. C'est pour moi un éclairage fort utile  dans l'actualité humaine et ecclésiale.

 

Crise financière et crise économique mondiales causent les dégâts humains effroyables que l’on sait. L’Eglise dont nous sommes membres passe, elle aussi, par la tourmente..

 

Depuis l’affaire de Ratisbonne, je suis très sensible, comme tant d’autres, au gâchis dont, régulièrement, nous avons connaissance.

J’ai eu l’occasion de me rendre à Recife, il y a quelques années, pour rencontrer Antoine Guérin et ses copains pradosiens. J’y ai appris que l’archevêque qui avait succédé à Don Helder Camara s’était empressé de démolir tout ce que celui-ci avait mis en œuvre pour susciter une Eglise proche des pauvres. Aussi, est-il d’autant plus douloureux de savoir qu’il a excommunié la jeune mère d’une petite fille de 9 ans, enceinte de jumeaux après avoir été violée par son beau-père, et ce, parce qu’elle l’a faite avorter.

 

A Bordeaux, l’Institut du Bon Pasteur, que Rome soutient, est une Eglise dans l’Eglise. L’été dernier, le curé, y a baptisé l’enfant de Dieudonné, l’humoriste négationniste dont le parrain n’est autre que Jean-Marie Le Pen pour qui la shoah est « un détail de l’histoire ».

 

Faisant partie du groupe œcuménique « Chrétiens et sida », je comprends la souffrance de François, un homme de 43 ans, sidéen, dont je suis le parrain de confirmation : « J’ai entendu, m’a-t-il confié, que le pape a dit, avant même de poser les pieds sur le sol africain ravagé par la pandémie : « On ne peut pas régler le problème du sida avec la distribution de préservatifs. Au contraire, leur utilisation aggrave le problème ». Avec de tels propos l’Eglise m’exclut ».

 

Paroles d’Eglise

 

Parmi tant d’autres, je fais mien les propos de Véronique Margron dans le journal « La Croix » » du mardi 7 avril : « Nous sommes troublés. Je partage avec nombre de croyants une inquiétude pour mon Eglise. Message brouillé et, plus grave, actes et discours que beaucoup vivent comme une dureté de cœur. Une dureté qui va  à l’encontre de toute l’histoire d’une bienfaisance inventive dont l’Eglise a fait preuve depuis ses commencements. Comment ne pas souffrir alors ? Surtout pour ceux qui peinent déjà et risquent de se sentir exclus ou désespérés ».

 

Profondément attristé, j’ai ressenti très fortement la tentation d’opposer « l’Institution » à des hommes et des femmes qui m’ont fait aimé une Eglise en pleine pâte humaine : Eglise d’un Fredo Krumnof et d’un Félix Lacambre, chercheurs de Dieu dans la vie et les luttes de la classe ouvrière ; Eglise d’une Madeleine Delbrel, avec « les gens des rues » en ville marxiste ; Eglise des moines de l’Atlas, solidaires jusqu’au bout de leurs frères algériens en pleine tourmente islamiste ; Eglise d’une Catherine de Sienne, cette frêle et jeune dominicaine illettrée n’ayant de cesse que de ramener le pape à Rome.

 

« Combien de laïcs, inconnus mais vivants, ont porté sans toujours le savoir, et les croix et les éveils de l’aube ! Combien de prêtres sans pouvoir ont offert leur vie en humbles serviteurs, non d’un parti, mais du corps blessé » (Mgr Albert Rouet).

 

Interrogé sur l’Etat d’esprit des catholiques après la crise qui traverse l’Eglise, le cardinal Barbarin répondait : « La barque de l’Eglise a été puissamment chahutée ces derniers temps… Qu’il y ait eu en nous de la colère et du dépit, c’est normal. Mais il faut placer les choses du côté spirituel : avons-nous été capables de prier pour ceux qui nous ont mis en colère ? » (La Croix, vendredi 10 avril 2009)

 

Moi non. Mais j’ai ouvert l’Evangile.

 

A l’écoute du Seigneur Jésus

 

J’ai médité « Jésus marchant sur les eaux » en Marc 6,45-52 et Jean 6,16-21.

 

Jésus vient de rassasier une foule de Galiléens dont il a eu « pitié parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6,34). Il oblige alors ses disciples à s’embarquer sans lui « pour le précéder sur l’autre rive ». On peut comprendre leur réticence à gagner cette zone païenne si inhospitalière depuis l’affaire de Gérasa (Mc 5,1-20). Jésus a donc dû les forcer à prendre le large, à se tourner délibérément vers la mission auprès des païens, « pendant que lui-même renvoyait la foule » (Mc 6,45).

 

De nos jours, nous assistons à un repliement de notre Eglise sur ses problèmes internes. Dans le journal « La Croix », exprimant son opinion sur la crise actuelle, le Cardinal Etchegaray dénonçait « les gardiens féroces et tristes qui empêchent l’Eglise de passer en Macédoine » (Ac 16,9), et Marguerite Léna rappelait : « L’Eglise n’a d’autre mission que de partager au monde son trésor, d’autre responsabilité que d’y être fidèle. Les turbulences récentes rendent ces tâches plus urgentes que jamais ».

 

Puis, « sachant qu’on allait venir l’enlever pour le faire roi, Jésus se retire à nouveau seul, dans la montagne » (Jn 6,15) « pour prier » (Mc 6,46) comme il le fera dans tous les moments décisifs.

 

J’avoue que depuis que j’ai amorcé cette étude d’Evangile, je fais davantage attention aux paroles de la prière eucharistique : « Affermis la foi et la charité de ton Eglise au long de son chemin sur la terre : veille sur ton serviteur le Pape Benoît, l’ensemble des évêques, les prêtres, les diacres et tout le peuple des rachetés ».

 

« Le soir venu, la barque est au milieu de la mer, et lui, tout seul, à terre. La nuit tombe ». « Ce détail, pas plus que le reste, n’est anecdotique. Il fait présager une rude aventure pour les hommes laissés à eux-mêmes » (Alain Marchadour). « Les disciples se débattent avec les rames, car le vent leur est contraire », (« un grand vent se met à souffler et le lac devient houleux » (Jn 6,18). Jésus voit qu’ils sont mis à mal par les éléments déchaînés où tout fait craindre leur naufrage. Alors, « vers la fin de la nuit, il vient vers eux » (Mc 6,48), comme le soir de Pâques, il rejoindra les disciples d’Emmaüs sur leur chemin de peine (Lc 24,21), les apôtres et Thomas dans leur maison aux portes verrouillées (Jn 20,19 et 26).

 

« Vers la fin de la nuit » : « Vous ne savez pas quand le maître va venir, le soir ou au milieu de la nuit, au chant du coq ou le matin » (Mc 13,35)… Mais il viendra. Dans la barque, il nous faut nous battre à ramer jusqu’à la fin de la nuit. Malgré les apparences, « nous ne sommes pas des êtres abandonnés » (A. Chevrier).

 

Et de fait, Jésus vient, mais de façon bien mystérieuse : « en marchant sur la mer » (Mc 46,48). « Il faut se souvenir ici que pour les Hébreux, ces gens du sable, issus du désert, la mer a toujours fait peur. Elle recèle par excellence les forces du mal et de la mort… Dieu seul peut les dompter » (Alain Marchadour).

 

« Les disciples crurent que c’était un fantôme et ils se mirent à pousser des cris, car tous l’avaient vu et ils étaient bouleversés ». Leurs réactions en pleine tempête, rejoignent les troubles - le doute - dont ils seront assaillis lors des apparitions du Ressuscité : « Effrayés et remplis de crainte, ils pensaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Quel est ce trouble et pourquoi ces objections s’élèvent-elles dans vos cœurs ? » (Lc 24,37-38)

 

Comme il le fera, lors de ces apparitions pascales, Jésus commence par chasser la peur de ses amis : « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur » (v.50). Lors de la dernière assemblée plénière de l’épiscopat, à Lourdes, le Cardinal Vingt Trois a déclaré : « Dans nos diocèses, beaucoup ont été déstabilisés et troublés. Nous voulons partager avec tous la confiance qui nous habite : notre Eglise n’est pas un bateau en perdition. Elle est animée et conduite par l’Esprit Saint. Sa vitalité et son dynamisme dépendent de la communion que nous vivons avec le Christ ressuscité et de la communion que nous vivons avec tous nos frères à travers le monde ».

 

« Jésus se fait reconnaître de ses compagnons en son identité plénière. L’expression »c’est moi » est très forte, en grec. Elle évoque Dieu lui-même assurant Moïse de sa présence souveraine pour affronter le pharaon : « Je suis » (Ex 3,14), (Alain Marchadour).

 

L’évangéliste Jean, dans le récit du même événement, note : « Les disciples voulurent le prendre dans la barque mais, aussitôt, la barque atteignit le rivage à l’endroit où ils se rendaient » (Jn 6,21). Comme pour suggérer que les hommes ne peuvent pas prendre Jésus : il faut, au contraire, se laisser prendre par lui. Nous ne le faisons pas monter dans notre barque. Il faut nous laisser embarquer par lui dans une aventure qui nous dépasse. A ce moment-là seulement, il est possible d’arriver à bon port. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait rien à faire : il faut ramer ! Et en même temps, ce travail ne produit tous ses fruits que lorsqu’il s’accompagne de la reconnaissance de Celui qui est bien là : « C’est moi, n’ayez pas peur » (Jean, 141-142)

 

Dieu, qui es fidèle et juste, réponds à ton Eglise en prière, comme tu as répondu à Jésus, ton serviteur. Quand le souffle en elle s’épuise, fais-la vivre du souffle de ton Esprit : qu’elle médite sur l’œuvre de tes mains pour avancer, libre et confiante, vers le matin de sa Pâque »

(Complies du mardi).

 

 

 Georges COSTES

 

Publié dans Eglise

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