Répondre aux besoins élémentaires et éduquer pour rendre les nécessiteux indépendants ; leur donner la possibilité de se débrouiller seul

Publié le par Michel Durand

Pierre Pacalet à Limonest. Un autre monsieur, dont la photo semble avoir été prise au même moment que celle de Pierre Pacalet
Pierre Pacalet à Limonest. Un autre monsieur, dont la photo semble avoir été prise au même moment que celle de Pierre Pacalet

Pierre Pacalet à Limonest. Un autre monsieur, dont la photo semble avoir été prise au même moment que celle de Pierre Pacalet

Évangélisation ou promotion humaine ?

Progrès économique ou évangélisation ?

Les missionnaires qui agissent pour le développement des peuples ne s’écartent-ils pas de leur mission ecclésiale ? Non ! Promotion humaine et évangélisation.

 

Toutes ces questions ont fortement été agitées dans les années 60 - 70 du siècle précédent. Elles le sont encore dans certains milieux où l’on dit qu’agir pour l’accroissement des ressources matérielles afin de sortir de la pauvreté et obtenir plus de respect des droits humains fondamentaux relèvent de l’engagement politique. Nous connaissons ces phrases de Dom Helder Camara : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste ». Ou encore : « Je suis un saint tant que j’aide les gens, mais dès que j’aide les pauvres à s’organiser, je suis un évêque rouge ». Lisons, pour creuser cette question, au moins la lettre encyclique de Paul VI : Populorum Progressio, sur le développement des peuples qui date du 26 mars 1967. Heureusement, François de Rome creuse intelligemment le sillon avec tous ces écrits et déclarations.

 

Personnellement, je pense qu’il ne peut pas y avoir œuvre strictement chrétienne et cultuelle sans au préalable, ou en même temps, une action humaine. Être à l’école de Jésus le Christ, n’est-ce pas associé des actions pour le bien physique des gens à des engagements en faveur de leur croissance spirituelle ?

Lisons Mathieu 15, 29 ss ; Jésus partit de là et arriva près de la mer de Galilée. Il gravit la montagne et là, il s’assit. De grandes foules s’approchèrent de lui, avec des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets, et beaucoup d’autres encore ; on les déposa à ses pieds et il les guérit. Alors la foule était dans l’admiration en voyant des muets qui parlaient, des estropiés rétablis, des boiteux qui marchaient, des aveugles qui voyaient ; et ils rendirent gloire au Dieu d’Israël. Jésus appela ses disciples et leur dit : « Je suis saisi de compassion pour cette foule, car depuis trois jours déjà ils restent auprès de moi, et n’ont rien à manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeun, ils pourraient défaillir en chemin. » Les disciples lui disent : « Où trouverons-nous dans un désert assez de pain pour rassasier une telle foule ? » Jésus leur demanda : « Combien de pains avez-vous ? » Ils dirent : « Sept, et quelques petits poissons. » Alors il ordonna à la foule de s’asseoir par terre. Il prit les sept pains et les poissons ; rendant grâce, il les rompit, et il les donnait aux disciples, et les disciples aux foules. Tous mangèrent et furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait sept corbeilles pleines ».

1860. Antoine Chevrier, Sœurs Marie, Pierre Louat dans le projet d’apporter l’Évangile aux très pauvres du quartier de La Guillotière à Lyon, associèrent œuvre humanitaire (formation scolaire des jeunes) et enseignement du catéchisme (l’annonce du contenu des Évangiles) dans le but de conduire ces jeunes gens et ces enfants à la communion eucharistique ; ce qu’ils n’arrivaient pas à faire dans le cadre ordinaire des paroisses.

J’ai repensé à cette initiative missionnaire en me disant que, pour donner un nom à la grande salle du Prado, 5 rue Père Chevrier, le nom de Pierre Pacalet conviendrait bien mieux qu’un nom illustre : salle Mgr Alfred Ancel, ou salle Mgr Olivier de Berranger.

Jean-François Six écrit, page 177 (Un prêtre, Antoine Chevrier, fondateur du Prado), que Pierre Louat (frère Pierre), en 1860 « quitte la Cité (de l’Enfant Jésus) pour habiter dans un petit local loué rue des Trois Pierres, à la montée de Fourvière, afin d’y réunir de jeunes adolescents, de leur faire le catéchisme, et de les préparer à la Première Communion ». Là, je me pose une question - qui n’a pas d’importance dans ce propos : si je connais une rue des Trois Pierres, dans le 7e arrondissement, prés du Prado qui nous concerne, je n’en connais pas dans la montée de Fourvière.

 

Pierre Pacalet

Il est plus important de noter qu’un des premiers de ces « catéchisés » était Pierre Pacalet. Dans les Cahiers Perrichon ( II, p. 93), nous lisons : « Un jour, le père Chevrier rencontra un enfant d'une douzaine d'années, hâve, déguenillé, il fouillait les balayures des rues pour apaiser sa faim. L'abbé s'arrêta à l'observer. L'enfant, ayant trouvé des écorces de melon, se mit à les dévorer à belles dents. C'était un pauvre idiot abandonné, et voué à la misère et au mépris. L'abbé en eut pitié et comprit que la Providence le mettait sur son chemin pour qu'il devînt la première pierre de l'édifice qu'il méditait. Son esprit de foi lui faisait découvrir Notre-Seigneur lui-même dans ce pauvre déshérité. Appuyé sur la parole de l'Évangile : « Ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à moi-même que vous l'avez fait », il invita avec joie l'enfant à le suivre et eut constamment pour lui une prédilection marquée. Pierre Pacalet, c'était son nom, est resté près de cinquante ans, jusqu'à sa mort, dans l'œuvre dont il aimait parfois à se dire le pilier. Grâce au dévouement et à la patience du frère Pierre, il avait pu se développer assez pour faire sa Première Communion ».

Une autre source dit : « Au cœur de l’été, il faisait très chaud. Un jeune garçon, Pierre Pacalet, pauvrement vêtu, debout sur le bas-côté de la route, mangeait des écorces de melon qu’il avait ramassées dans une poubelle. Quand on a faim… Un prêtre, encore assez jeune, le père Antoine Chevrier, gravissait (la Montée de Fourvière). Il allait sans doute rendre visite au petit groupe de fillettes dont s’occupaient des Sœurs (Marie Boisson et Amélie Visignat) qui partageaient son apostolat en direction des enfants pauvres. Il s’arrêta et s’intéressa à cet adolescent. Cet orphelin lui expliqua qu’il avait travaillé dès l’âge de 9 ans, dans l’une de ces usines, une verrerie, de l’autre côté du Rhône, qui se multipliaient dans le quartier de La Guillotière. Il ne savait ni lire, ni écrire, ni compter ; il ne savait rien en histoire et rien en géographie. En revanche, il savait se débrouiller dans la vie et connaissait la méchanceté des hommes. Aux yeux de ceux-ci, il passait pour ne rien savoir, ne rien avoir et même ne rien valoir. Dieu ? Pierre avait été seulement baptisé, mais ne connaissait à peu près rien sur Lui. Jésus-Christ, l’Évangile, cela n’était que des mots sans contenu. Antoine Chevrier le recueillit et l’adjoignit aux autres garçons de son œuvre, qu’avec des personnes dévouées, il avait pris en charge dans ses pauvres locaux appelés Le Prado, à La Guillotière. Et là, le jeune Pierre Pacalet, apprit à lire, à écrire et à compter et les autres matières indispensables. Le père Chevrier lui enseigna qui était Dieu, qui était Jésus-Christ et son Évangile. Car le père Chevrier poursuivait une passion, faire le catéchisme, instruire la jeunesse, en particulier les plus pauvres. Son but était, à la suite de l’Apôtre saint Paul, de former Jésus-Christ dans les cœurs (Ga 4,19). Son ambition était que les garçons et les filles, dont il avait la charge, deviennent des adultes responsables, en plein monde, ayant en eux la vie et la pensée de Jésus-Christ, vivant selon ses préceptes, pour être de bons citoyens « sur la terre comme au ciel » (École Antoine Chevrier, Le Pradet).

Les gens ont faim. Il ne s’agit pas seulement de répondre à ce besoin élémentaire de manger qui serait comme une B.A. caritative, mais d’éduquer comme il faut pour rendre ces gens en détresse indépendants. Leur donner la possibilité de se débrouiller tout seul. Nous connaissons les mots de Confucius : «  Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson ». Relisons Populorum progressio.

Éduquer pour que tous puissent se débrouiller dans la vie ! Antoine Chevrier mène sa tâche humanitaire jusqu’au bout et c’est en toute logique qu’on le vit signer des lettres de recommandation ; par exemple celle-ci : « À Monsieur… en faveur de Pierre Thibaudier. 22 mai 1871 (l’année ?). Mon bon monsieur. Il y a quelques jours vous cherchiez un petit jeune homme pour vos commissions et votre jardin. Je vous présente ce petit garçon qui vient de faire sa première communion, si vous voulez le recevoir je puis vous assurer que vous serez content de son petit travail. Veuillez agréer mes salutations sincères. A. Chevrier (lettre 541).

 

Toujours en lien avec les pauvres

Bien éduquer ces jeunes qui ont connu de grandes difficultés et qui souhaitent trouver une place digne dans la société. Bien éduquer aussi les élèves de l’école cléricale qui, eux, ne doivent pas oublier qu’il y a, qu’il y aura des jeunes qui n’ont pas eu la chance d’être bien formés comme eux le sont. Antoine Chevrier tient à ce qu’il y ait une proximité entre les jeunes qui se retrouvent 5 ou 6 mois en vue de la première communion et les élèves de l’école, les latinistes. Aussi, quand il eut la possibilité d’installer les élèves à Limonest, dans la propriété « qui lui tombe par ainsi dire dans les mains en 1872, écrit Henriette Waltz, il va pouvoir « aérer tout son monde », « séparer les latinistes » à condition qu’ils restent proches des très pauvres. Pour cela, précise Henriette Waltz, « il fait monter vingt enfants idiots (mot que l’on employait à l’époque) - dont Pierre Pacalet qui avait été sa première recrue en 1860 » (Le Père Chevrier, un pauvre parmi nous, page 158).

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