Ils se sont installés dans l’église avec l’aide du collectif Soutiens/migrants Croix Rousse. Voyant l’état de santé des jeunes, il fallait agir

Publié le par Michel Durand

Une soixantaine de migrants ont pu trouver refuge dans l’église Saint-Polycarpe à Lyon, solution d’urgence en attendant une mise à l’abri. (©collectif_soutiens_migrants_xr et marchedessolidarites)

Une soixantaine de migrants ont pu trouver refuge dans l’église Saint-Polycarpe à Lyon, solution d’urgence en attendant une mise à l’abri. (©collectif_soutiens_migrants_xr et marchedessolidarites)

J’ai rencontré hier les jeunes. Ils ont vraiment besoin d’être écoutés. Les personnes qui ont organisés cette rencontre disent que ce fut la première fois qu’ils eurent l’occasion de s’exprimer ensemble. Nous avions commencé la rencontre dans un immense rectangle au milieu de la nef centrale. Les voix ne portaient pas .

Nous nous sommes ensuite installés dans La Chapelle de droite, à la droite de l’autel du 19°. Là ils se sont bien exprimés. Bonne réflexion mais qui nécessite une grande entente. Être avec pour eux pour écouter. Voilà ce que j’ai ressenti. Hélas une personne de la paroisse ne fut pas contente que je fasse cette proposition de changement de lieu pour dialoguer. Cet espace n’étant  pas permis d’accès dans la convention de l’occupation de l’église. 
Les jeunes remercient de l’accueil. L’un a expliqué que dormir dans une église, une mosquée ne posait pas de problème religieux. Echange bien différent de ce que j’ai connu l’an passé à la paroisse
St Maurice.

Une personne du collectif m'écrit : "On n'a pas du tout abordé la question de l'organisation... comme prévu. C'est très rare qu'on ait une discussion de fond avec eux sur la procédure de recours. Et, c'est grâce à cette chapelle qui a vraiment permis ces précieux échanges... On a tout rangé (les bancs)... à bientôt "

Une autre personne : "Que les jeunes aient eu envie de parler sur leurs désillusions sur les procédures en cours c’est très bien… mais ce n’est pas d’habitude l’objet des AG. À voir quel lieu pourrait mieux répondre à cette demande ?"

Junior, 15 ans, vient d'Angola et vit à la rue à Lyon depuis trois mois. - E. Martin / 20 Minutes

Junior, 15 ans, vient d'Angola et vit à la rue à Lyon depuis trois mois. - E. Martin / 20 Minutes

«C’était vraiment une urgence, on ne pouvait pas faire autrement », affirme Camara Youssouf. Il est 18h01 mardi soir, et ce jeune guinéen de 16 ans, vient d’entrer dans l’église Saint-Polycarpe, dans le 1er arrondissement de Lyon. « C’est notre maison depuis deux nuits », glisse-t-il, à la fois rassuré et gêné.

Dimanche, après la messe, entre 60 mineurs non accompagnés - la plupart en recours pour faire reconnaître leur âge, qui dorment depuis le 16 janvier 2025 dans le jardin des Chartreux, à quelques pas de l’église –, se sont installés dans l’édifice religieux, avec l’aide du collectif Soutiens/migrants Croix Rousse. « On a décidé d’investir les lieux parce qu’il faisait -3 °C et voyant l’état de santé des jeunes, il fallait faire quelque chose », explique Albane, du collectif.

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Vulnérabilité

Fabienne Lemahieu, éditorial La Croix, 28 novembre 2025

L’action citoyenne constituerait-elle l’ultime recours des jeunes migrants isolés ? Quatre-vingts d’entre eux dorment depuis dimanche 23 novembre dans l’église Saint-Polycarpe, à Lyon. Leur mise à l’abri, organisée par un collectif citoyen et des paroissiens, a rapidement été actée par l’archevêque de Lyon, Mgr Olivier de Germay, annonçant que le diocèse ne ferait pas appel aux forces de l’ordre avant qu’une solution ne soit trouvée. Impossible de mettre dehors ces jeunes en situation de grande vulnérabilité. Impossible pour autant de se substituer aux pouvoirs publics.

En octobre, un rapport du Comité des droits de l’enfant des Nations unies (CRC) pointait les manquements de la France en matière de protection des enfants migrants non accompagnés. L’instance onusienne y mettait en cause la fiabilité de la procédure d’évaluation de l’âge de ces jeunes – qui est certes délicate à mener à bien – et lui reprochait les manquements en matière de présomption de minorité en cas de recours. Le temps de l’examen ou du réexamen de leur dossier, la plupart vivent dans la rue à la merci des prédateurs et des trafics. Certains grossissent les rangs des migrants qui tentent la traversée vers la Grande-Bretagne, d’autres sont placés comme les adultes en centre de rétention.

Ce qui se joue là est à la croisée de deux enjeux que sont la protection de l’enfance et la politique migratoire. Deux sujets explosifs, qu’il est important de dépassionner. Il y a dix ans, la photo d’un enfant syrien de 3 ans gisant sans vie sur une plage turque, Alan Kurdi, avait suscité l’émoi en Europe. La prise de conscience du drame humanitaire en cours avait rapidement achoppé sur les politiques d’accueil des États. Dix ans après, les mêmes questions collectives se posent, que ne peuvent résoudre à elles seules les actions citoyennes.

 

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