La source du Cri est la joie, l’espérance.Cela montre qu’on peut aller plus loin, qu’on doit gratter plutôt que de se fier aux apparences

Publié le par Michel Durand

Paul Piccarreta et Théo Moy, fondateurs du magazine « Le Cri ».  Laure Playoust

Paul Piccarreta et Théo Moy, fondateurs du magazine « Le Cri ». Laure Playoust

Jeudi 20 novembre à partir de 19 h il y aura dans la grande salle du Prado, 5 rue Père Chevrier, Lyon 7, le lancement du mensuel Le Cri.

 

Je recopie en cette page, à ce propos, un article de Marianne qui, à mon avis, donne à comprendre les origines de cette initiative.

 

Revue catholique de gauche, "Le Cri" se lance en kiosques : "Nous proposons une autre forme de radicalité"

Entretien

Propos recueillis par Martin Bot

 

Paul Piccarreta, ancien directeur de la revue « Limite », et Théo Moy, ancien journaliste à « La Croix », lancent « Le Cri », un magazine mensuel catholique, qui se positionne clairement à gauche. Le premier numéro est sorti le 30 octobre : 68 pages, 7,50 € en kiosque. Pour « Marianne », Paul Piccarreta détaille les objectifs de son équipe.

 

« La foi où on ne l'attend pas », promet le premier numéro du Cri, « mensuel chrétien, joyeux et radical ». C'est sûr qu'on n’attendait pas qu’une revue catholique ouvre sur une discussion avec… Guillaume Meurice, l'athée bouffeur de curés par excellence. Une approche décalée intéressante, dans un contexte où l'assaut médiatique de l'empire Bolloré sur la communauté catholique fait plus souvent rimer religion avec rigorisme qu’avec espérance. Le cofondateur, Paul Piccarreta, ancien directeur de la revue Limite, apporte à Marianne des précisions sur les ambitions et les orientations de son journal.

Marianne : Vous lancez un magazine catholique qui se veut « joyeux », avec une esthétique pop à la Society et une interview de Guillaume Meurice. Vous êtes sûrs que ça plaira à un lectorat catholique ? À en croire un de vos journalistes, « les cathos ne sont pas drôles ».

Paul Piccarreta : On ne part pas tant de la demande que de ce qu’on est nous. C’est une proposition. Il y a la nécessité pour les chrétiens d’aborder l’état actuel du monde avec un esprit décalé. Ceux qui commentent l’actualité adoptent souvent un esprit de sérieux, pas toujours bien placé à mon sens. Comme s’il fallait tirer des conclusions de tout événement.

Dans notre premier édito, nous disons que la source du Cri est la joie et l’espérance. Le regard joyeux et humoristique n’est pas un regard définitif : il montre qu’on peut aller plus loin, qu’on doit gratter plutôt que de se fier aux apparences. Et surtout qu’il ne faut pas désespérer face aux drames et aux crises.

Un moine homosexuel, un indépendantiste kanak, des précaires qui se retrouvent autour de la Bible… Votre premier numéro parle des marges. Pourquoi cette décision ?

Ce sont ceux dont CNews et l’extrême droite catholique ne parlent jamais. Si bien que quand on dit qu’on est chrétien aujourd’hui, les gens imaginent immédiatement des blonds aux yeux bleus nationalistes. Alors que le christianisme n’est pas une affaire de nation ou de civilisation. Le Christ s’adresse à toutes les nations. Notre parti-pris est donc de visibiliser et donner la voix à ceux qui n’en ont pas. « Le cri », ce n’est pas celui de ceux qui font le journal, mais celui de la terre et des pauvres. C’est le cri dont parle le pape François dans l’encyclique Laudato si’. C’est pourquoi les deux fondateurs du journal, nous n’apparaissons pas, à part dans l’édito : notre démarche est de faire entendre les autres.

Votre cible de lecteurs est une jeunesse catholique engagée. Mais qui lit encore des magazines ?

Il y a un truc intéressant qui se passe avec Le Cri. On l’a rêvé, et c’est en train de se passer, à ce que l’on constate de notre première base d’acheteurs : elle est très variée, il y a des catholiques historiques aussi bien que des convertis, des jeunes issus de familles conservatrices qui basculent vers une pensée de l’émancipation, mais aussi des gens de banlieues, des protestants… C’est un public coloré, interconfessionnel et intergénérationnel. C’est un très bon signe.

Faire 2 500 commandes en un mois, c’est très beau. On y voit la preuve que ce qu’on dit depuis des années porte, qu’il y a chez les chrétiens la demande d’une autre voix. Nous sommes dans une démarche évangélique, c’est-à-dire de porter la parole du Christ à ceux qui n’en entendent jamais parler ou à ceux qui sont en recherche spirituelle.

Pèlerinage de Chartres, messes en latin… L’exaltation d’une pratique rigoureuse de la religion est à la mode chez les jeunes catholiques. Comment l’expliquez-vous ? La version d’Éric Zemmour, c’est qu’il s’agit d’une réaction à la progression de l’islam en France.

Je ne suis pas certain de ce phénomène. On cite souvent les jeunes qui font le pèlerinage de Chartres pour argumenter sur la droitisation des jeunes catholiques, mais la vérité c’est que les jeunes ont toujours été attirés par la radicalité. Certains ont 18 ans, rien ne garantit qu’il n’y en ait pas des milliers qui, finalement, voteront Clémentine Autain dans quelques années. À cet âge, le besoin de radicalité est tout à fait compréhensible. Le problème, c’est qu’on leur fait croire que la panique civilisationnelle est le seul horizon de radicalité possible. C’est d’ailleurs pour ça que nous proposons une autre forme radicalité.

Dans le premier numéro, vous identifiez les différentes familles de catholiques d’extrême droite. Certains vous dépeignent comme un magazine anti-Bolloré. Le risque n’est-il pas d’être clivant au sein de la communauté catholique ?

Il y a toujours un risque de perdre des lecteurs. Tout l’enjeu est de les perdre pour des bonnes raisons. S’ils prennent fait et cause pour les propositions d’extrême droite, nous les perdrons tôt ou tard quoi qu’il arrive. Il faut éviter un malentendu : nos lecteurs ne sont pas tous de gauche, il y a aussi des conservateurs, qui refusent les extrêmes droites. On partage beaucoup de choses. La base dont on part est le rejet de l’antisémitisme et de l’islamophobie. Trouver nos points communs est la priorité. Pour la taxe Zucman, on verra après.

En l’occurrence, notre enquête sur la droitisation du catholicisme, qui est presque un papier d’histoire des idées, part du constat de la méconnaissance des distinctions entre les courants de l’extrême droite catholique. Tout est amalgamé dans un grand panier, alors que les profils intellectuels ne sont pas les mêmes. L’objectif est précisément de sortir de la posture de l’intellectuel paresseux, tout en présentant le résultat de manière ludique pour apporter de la légèreté à un sujet anxiogène.

Dans l’avant-dernier numéro de Limite, on lisait une interview croisée entre François Ruffin et François-Xavier Bellamy. Dans Le Cri aussi, on verra se rencontrer des points de vue aussi opposés ?

À terme, oui. Une fois que le magazine sera installé, j’aimerais que des idées différentes puissent dialoguer. Différentes, mais pas opposées : je pense que le débat pour le débat est souvent stérile. Le journal s’inscrit à gauche, mais c’est notre volonté de montrer ce qu’il y a de bon chez des personnes qui ne partagent pas parfaitement nos idées. Sauf celles qui sont déjà très diffusées et à qui on donne la parole ailleurs. En tout cas nous ne serons pas un magazine sectaire.

Par Martin Bot

 

Voir cet article en PDF :

 

 

Pour une connaissance plus complète de la revue Limite, ses origines, j’invite à suivre ce lien (toujours chez Marianne).

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article