St Polycarpe. Impossible de mettre dehors ces jeunes en situation de grande vulnérabilité. Impossible de se substituer aux pouvoirs publics

Publié le par Michel Durand

Environ 80 jeunes exilés, en recours pour être reconnus mineurs, ont pu passer la nuit au chaud dans l’église Saint-Polycarpe (Lyon 1er).Photo : MA/Rue89Lyon

Environ 80 jeunes exilés, en recours pour être reconnus mineurs, ont pu passer la nuit au chaud dans l’église Saint-Polycarpe (Lyon 1er).Photo : MA/Rue89Lyon

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Au cercle de silence de ce mois, mercredi 10 décembre, nous avons profité d’un climat tempéré inhabituel pour cette saison. Novembre fut vraiment plus froid.

Nous étions, comme d’habitude, entre 25 et 30 personnes debout, immobile, en cercle. Quelques passants ont rejoint le cercle pour quelques minutes. Mais, dans l’ensemble, moins de passage que d’habitude, moins de « papiers » distribués. Environ 170 au lieu de 200. Et surtout, beaucoup de refus, de rejets. Des attaques venant très nettement de discours d’extrême droite en reprenant les théories complotistes du grand remplacement.

Un jeune, 20 ans, se présentant comme catholique traditionaliste, attaqua l’Église, les prêtres, les chrétiens qui ouvraient les églises aux étrangers non catholiques, de schismatiques, d’infidèles, d’hérétiques, de déviants de la vraie tradition catholique. « Ils sont dans l’erreur comme les protestants hérétiques ».

J’imagine que la parole anti migrants trouve, désormais, des encouragements dans les prises de positions des politiques. Le Monde, le 8 décembre 2025 écrit : « Les pays de l’UE approuvent un net durcissement de la politique migratoire. Sous pression de la droite et de l’extrême droite, les ministres de l’intérieur des Etats membres de l’Union européenne ont ouvert la voie lundi à l’envoi de migrants dans des centres situés hors de ses frontières ».

Lire encore actu.fr : Migrants renvoyés, sanctions plus lourdes… L'Europe serre la vis sur sa politique migratoire. Ce lundi 8 décembre 2025, les 27 États-membres de l'Union europénne, sous la pression de la droite, ont entériné un net durcissement de leur politique migratoire.

 

 

Ce mercredi, seulement une personne me remercia, remercia le groupe silencieux d’avoir le courage de tenir ce Cercle De Silence en soutien de tous les exilés.

Il semble vraiment que les paroles anti-migrants se libèrent avec la montée des politiques droitières. « Vous ne pouvez pas être chrétiens, et accueillir dans une Eglise catholique des migrants qui vont pervertir notre culture nationale, catholique ».

Dans la sphère catholique, l’accueil de MNA (mineurs non accompagnés) dépasse les frontière de la France. Je découvre à ce sujet le site infovaticana.com qui semble bien tremper ses doigts dans les bénitiers des tendances droitières. Ils parlent de l’accueil par la communauté chrétienne de l’église Saint-Polycarpe sous ce titre : « La nouvelle stratégie de l'activisme de gauche : occuper des églises pour imposer l'agenda migratoire en France ». On lit ceci : « Un épiscopat divisé entre le devoir d’accueil et la défense du culte. Le diocèse de Lyon a publié un communiqué bref et prudent. Il y rappelle que l’Église collabore à de multiples initiatives pour aider des personnes vulnérables, mais souligne qu’elle ne peut se substituer aux autorités politiques ni à la législation migratoire. L’évêché écarte l’idée d’appeler la police pour évacuer les occupants et maintient les prières et célébrations habituelles dans la paroisse ».

En lire plus ici, tout en soulignant que l’emploi du mot « temple » pour désigner l’église (bâtiment) risque de dépendre d’une méconnaissance de l’histoire de France.

Leur source est le Journal du Dimanche, média associé à l’extrême droite.

 

Enfin, j’invite à lire cet édito de La Croix rendant compte de l’accueil dans l’église catholique Saint-Polycarpe.

Vulnérabilité

Fabienne Lemahieu, éditorial La Croix, 28 novembre 2025

L’action citoyenne constituerait-elle l’ultime recours des jeunes migrants isolés ? Quatre-vingts d’entre eux dorment depuis dimanche 23 novembre dans l’église Saint-Polycarpe, à Lyon. Leur mise à l’abri, organisée par un collectif citoyen et des paroissiens, a rapidement été actée par l’archevêque de Lyon, Mgr Olivier de Germay, annonçant que le diocèse ne ferait pas appel aux forces de l’ordre avant qu’une solution ne soit trouvée. Impossible de mettre dehors ces jeunes en situation de grande vulnérabilité. Impossible pour autant de se substituer aux pouvoirs publics.

En octobre, un rapport du Comité des droits de l’enfant des Nations unies (CRC) pointait les manquements de la France en matière de protection des enfants migrants non accompagnés. L’instance onusienne y mettait en cause la fiabilité de la procédure d’évaluation de l’âge de ces jeunes – qui est certes délicate à mener à bien – et lui reprochait les manquements en matière de présomption de minorité en cas de recours. Le temps de l’examen ou du réexamen de leur dossier, la plupart vivent dans la rue à la merci des prédateurs et des trafics. Certains grossissent les rangs des migrants qui tentent la traversée vers la Grande-Bretagne, d’autres sont placés comme les adultes en centre de rétention.

Ce qui se joue là est à la croisée de deux enjeux que sont la protection de l’enfance et la politique migratoire. Deux sujets explosifs, qu’il est important de dépassionner. Il y a dix ans, la photo d’un enfant syrien de 3 ans gisant sans vie sur une plage turque, Alan Kurdi, avait suscité l’émoi en Europe. La prise de conscience du drame humanitaire en cours avait rapidement achoppé sur les politiques d’accueil des États. Dix ans après, les mêmes questions collectives se posent, que ne peuvent résoudre à elles seules les actions citoyennes.

 

Et voir ce PDF : Courrier de France À Lyon, des sans-abri investissent une église

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