Le poids des mots - confrontation des idées.

Publié le par Michel Durand

Le poids des mots change selon les circonstances de leur emploi. Dire de quelqu'un, un homme, que c'est un salaud (salop), à mon oreille, n'a pas autant de poids que de traiter une femme de salope. On ne pense pas aux mêmes faits. Et, qu'est-ce qu'une saloperie ? une idée immonde, infâme, une chose de mauvaise qualité, un coup déloyal, ignoble... ?

Dans les polémiques, les artisans de ces dernières n'ont pas peur d'employer de tels mots. Diabolisant leurs adversaires, c'est-à-dire se mettant en face d'eux, contre eux pour une confrontation directe, ils en dessinent le profil en traits marqués, appuyés pour bien définir l'ennemi à attaquer : hommes ou idées.

L'inquisition agissait ainsi tout en se protégeant par le droit, car rien n'était prononcé sans procès contradictoire. Au nom de la prétendue vérité à atteindre que de paroles assassines ! Mais, c'était pour le bien des âmes des fautifs, disait-on. Il fallait à tout prix leur éviter le châtiment de l'éternel enfer.

La diabolisation de l'ennemi est assurément le moyen de renforcer son statut d'adversaire pour mieux combattre les idées qu'il promeut. Mais, je me demande, l'homme est-il à 100 % condamnable dans son erreur ? L'Apocalypse de Jean, utilisant le symbole de la perfide Babylone, puis de Rome, qualifie d'immonde le pouvoir qui s'exerce en ces villes. La bête abjecte doit être exterminée. Elle le sera, comme il le faut, par la puissance du Seigneur de tout l'univers qui veut que tout être vive.

En fait, toute la question se résume dans cette difficile tâche : condamner les idées et non les hommes. Alfred Ancel, supérieure du Prado après guerre, prêtre que je considère comme mon « père spirituel » pendant mes années de formation me disait que pour pouvoir dire à un riche la vérité de son égoïsme, l'inacceptable injustice qu'il entretient, il fallait beaucoup l'aimer. Comme c'est difficile de montrer de l'amour envers celui, celle qui combat les choix de vie que nous avons fait parce que nous les croyons bons, parce qu'ils sont les seuls valables pour le bonheur de la fraternité universelle !
Mais comme cela est nécessaire.

Nous voulons changer le monde et pour cela, il est impossible de taire l'inacceptable. Arriverons-nous à dire le vrai de telle sorte que les tenants de la vérité officielle, communément admise, changent radicalement de route ?

Dietrich Bonhoeffer à payer le prix. Martin Luther King également et bien d'autres avant ou après eux. Comme l'écrit Sophie Divry ( Décroissance N° 52) : « il ne suffit pas de se présenter aux élections... il faut aussi avoir la volonté de changer de monde-là et non de s'en extraire, de parler à ces gens-là et non de les mépriser ».
Et la vérité doit être dite à celui qui est objectivement dans l'erreur.

Dernier constat :

l'Evangile du dimanche 7 septembre, le livre de Denis Vasse, l'homme et l'argent, les écrits de Jean Chrysostome (voir le texte que je publierai dans quelques jours), la rédaction de ce texte m'apparaissent avoir un grande connivence entre eux. L'accompagnement ce celui (celle) qui s'est mis dans une situation sans issue est un devoir profondément humain. Jésus-Christ invite à la communion et non à l'exclusion.

 

Publié dans Politique

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S
Merci !Je suis heureux de lire les lignes d'un prêtre lecteur de la Décroissance.Grâce à votre site, j'ai appris indirectement l'existence du colloque à Lyon sur l'après petrole qui m'interesse particulièrement. J'essayerai donc de m'y rendre. Je fais effectivement parti d'un réseau de jeunes pasteur qui s'intéresse à ces questions et qui anime, modestement, le site blog.bibleetcreation.com et nous cherchons à faire connaître, déjà au sein des églises protestantes, les idées de décroissance ou de simplicité qui nous semblent proches du sens de l'Evangile.Bien fraternellement et merci encore pour ce billet qui cite à la fois Bonhoeffer, Martin Luther King et Sophie Divry !Robin
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M

Je vais recommander à mes amis la lecture de votre blog.bibleetcreation.com. où j'ai vu la rubrique "Ellul". Plein de bonnes pages à lire. Je n'ai pas le temps ce soir mais je le ferais et nous
aurons l'occasion d'échanger. Dans quelques semaines nous diffuserons des informations précises sur le colloque.