Amour et vérité, juste partage

Publié le par Michel Durand

Le mois dernier, nous avons lu qu'un intellectuel allemand, Ernst-Wolfgang Böckenförde, souhaitait que la doctrine sociale de l'Eglise puisse se réveiller de son "sommeil de Belle au Bois Dormant". Selon lui, elle doit se consacrer à une "contestation radicale" du capitalisme. La crise actuelle rend indispensable cette mise au pied du mur, cette attaque frontale. Telle n'est pas l'usage du Vatican et encore moins d'un théologien qui veut apporter à son discours toutes les nuances utiles.

Benoît XVI signant sa troisième encyclique le 6 juillet 2009 au Vatican (Photo OR/AP).







Par ailleurs, les nombreuses réflexions autour de ce texte, et les diverses relectures, interdisent toute déclaration médiatiquement surprenante.
Il semble même que l'on ait volontairement évité les mots « phares », tels que capitalisme, libéralisme, communisme. Mais avant d'analyser les intentions prenons le temps de la lecture. Plusieurs commentateurs disent déjà que c'est un texte dense, pas facile à saisir.
Situé dans la ligne de Paul VI : « développement intégral », il reprend ce qui me semble un essentiel : la nécessaire mise en place d'une autorité supra nationale qui ne laisse pas toute la liberté à l'économie de marché.
A France-inter, ce matin, on disait que cette encyclique n'aurait pas beaucoup d'impact, car il y a peu de force pour la porter. Je vois en ce constat, vrai ou faux, un appel à traduire en langage courrant les propos du rédacteur final, Benoît XVI pour qu'on les entende avec leur énergie totale. En effet, « loin d'être une petite "moralisation du capitalisme", ce texte est un événement spirituel, intellectuel et moral de première grandeur » (Patrice de Plukett).

Sur son blog Patrice de Plukett écrit : « cette encyclique fait avancer de front une série de propositions audacieuses, voire révolutionnaires, mais elle enracine ces audaces dans une vision transcendante du destin de l'homme - et de la vie humaine - comme don de Dieu créateur : un Dieu Père universel, dont la paternité nous permet d'être tous frères. D'où la conception chrétienne de la solidarité fraternelle, qui, prise au sérieux, peut engendrer des réalisations sociales sans précédent. Ainsi la foi pleine et entière produit des effets dérivés surprenants ! Pendant des dizaines d'années, les catholiques français ont cru qu'il fallait choisir entre la foi et les audaces sociales ; Benoît XVI (à sa manière professorale et théologienne) leur démontre qu'il n'en est rien. On peut être rebelle et fidèle. On est d'autant mieux rebelle que l'on est fidèle ». Je vous invite à suivre, chez lui, les commentaires qui vont suivre. Cette réflexion ne peut qu'alimenter la recherche du groupe « chrétien et pic de pétrole.

Présentation dans la Croix 

"Caritas in Veritate" : Benoît XVI actualise la doctrine sociale de l'Eglise


Pour avoir le texte inégral ici.

 

La veille de l'ouverture du G8 à L'Aquila en Italie, Benoît XVI fait connaître ses propositions sur la crise dans la première encyclique sociale de son pontificat. En six chapitres, le pape y énumère les grands défis de la mondialisation à la lumière de l'enseignement social catholique

Dans ce document très dense, intitulé ''Caritas in veritate'', Benoît XVI traite essentiellement des grandes questions de l'heure : crise économique et environnement, mondialisation et solidarité, travail et communications, droits et devoirs des citoyens de la planète et de leurs gouvernants... Il plante dans un premier temps le décor sur lequel il entend inscrire la doctrine sociale de l'Église catholique.

Pas d'Amour sans Parole

Dans l'introduction, Benoît XVI apporte sa touche personnelle à l'enseignement social de l'Église. À la charité, pilier traditionnel de la doctrine sociale, il ajoute celui de la vérité. Car « dépourvu de vérité, l'amour (...) devient une coque vide susceptible d'être arbitrairement remplie » au gré du relativisme ambiant.... Ainsi, « dans la vérité, l'amour reflète en même temps la dimension personnelle et publique de la foi au Dieu biblique » qui est à la fois « Charité et Vérité, Amour et Parole. » L'Église n'ayant « pas de solutions techniques à offrir », sa doctrine sociale n'est autre qu'une « annonce de la vérité de l'amour du Christ dans la société ».

« Populorum progressio », quarante ans après

Cette encyclique marque le 40e anniversaire de celle de Paul VI sur le développement des peuples : « Populorum progressio », (1967). «Caritas in veritate» entreprend un bilan réaliste de ces quarante ans, avec de nombreuses continuités dans la manière dont se pose la question du développement, qui « concerne unitairement la totalité de la personne dans chacune de ses dimensions » et est à accueillir comme une « vocation », d'origine transcendante, pour tout homme et toute société.

Or, l'humanité ne répond guère à un tel appel, entretenant des « situations de sous-développement qui ne sont pas le fruit du hasard ou d'une nécessité historique » : plus que les causes matérielles, c'est le péché des hommes qui en est responsable. Parmi les nouveautés apparues depuis son prédécesseur, Benoît XVI souligne la globalisation des rapports humains, économiques et politiques.

Face à la crise, la confiance

Si le développement « a eu lieu et qu'il continue d'être un facteur positif » pour tirer des populations de la misère et émanciper des peuples », il « continue d'être obéré par des déséquilibres et par des problèmes dramatiques, mis encore davantage en relief par l'actuelle situation de crise ». Quels problèmes ? La litanie en est aussi longue que triste : « effets délétères sur l'économie réelle d'une activité financière mal utilisée », « énormes flux migratoires »... Pour Benoît XVI, il faut que la crise devienne « une occasion de discernement » et mette les hommes « en capacité d'élaborer de nouveaux projets » : « C'est dans cette optique, confiants plutôt que résignés, qu'il convient d'affronter les difficultés du moment présent. »

La gratuité et le don

« Le grand défi qui se présente à nous », affirme le pape, c'est de montrer que « dans les relations marchandes les principes de gratuité et la logique du don peuvent et doivent trouver leur place à l'intérieur de l'activité économique normale ». L'encyclique signale l'émergence d'un secteur placé sous autre chose que la recherche du profit, de comportement de la société civile vers une « démocratie économique », et de la prise en compte de la « responsabilité sociale de l'entreprise ».

L'économie a besoin d'éthique

« Les droits élémentaires et fondamentaux d'une grande partie de l'humanité sont violés ». Droit à la vie, à la famille, à la solidarité. Le respect de ces droits a aussi des retombées bénéfiques sur le plan économique : l'économie en général a besoin d'éthique. Le texte développe longuement le droit à une juste utilisation des ressources naturelles. On retrouve là l'intérêt de Benoît XVI pour l'écologie. L'encyclique donne quelques pistes. Par exemple, « trouver des voies institutionnelles pour réglementer l'exploitation des ressources non renouvelables ». Ou encore, instaurer la solidarité des consommateurs des pays riches.

Une autorité mondiale

Ce chapitre devrait interpeller les responsables politiques des principales puissances économiques, qui étaient réunies à L'Aquila dans le cadre du G8. « Le développement des peuples dépend de la reconnaissance du fait que nous formons une seule famille ». Plus solidaire : les États développés doivent consacrer une part plus importante de leur produit intérieur brut au développement, développer un tourisme responsable, et une gestion humaine de la migration, avec une collaboration entre les pays d'origine et les pays d'accueil.

Solidarité dans le travail, avec un renforcement des institutions syndicales internationales, et une éducation des consommateurs : « acheter n'est pas seulement un acte économique, mais aussi un acte moral ». Cette famille humaine requiert aussi un minimum d'organisation. Pour Benoît XVI, il est « urgent » de réformer l'Organisation des Nations unis, tout comme l'architecture économique et financière internationale.

La question sociale est anthropologique

Pour Benoît XVI, le développement implique une certaine vision de l'homme. Et l'absolutisme de la technique trouve son expression la plus forte dans la manipulation de la vie humaine : « Comment pourra-t-on s'étonner de l'indifférence devant les situations humaines de dégradation, si l'indifférence caractérise même notre attitude à l'égard de la frontière entre ce qui est humain et qui ne l'est pas ? »

En conclusion, le pape revient sur cette affirmation qui lui est chère : l'humanisme qui exclut Dieu est un humanisme inhumain. « Le développement a donc besoin de chrétiens qui aient les mains tendues vers Dieu », dit-il joliment, un Dieu qui a fait don à l'homme de l'Amour, dans la Vérité.
Isabelle de GAULMYN et Michel KUBLER

Publié dans Eglise

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