L'amour dans la vérité. L'homme face a ses limites.

Publié le par Michel Durand

Benoît XVI défend l'économie de marché mais à condition qu'elle prenne en compte le "bien commun" et qu'elle réhabilite le don.

Amour universel, les bras des hommes tendus vers tous les hommes et vers Dieu. Tendus pour accueil.

Vous avez déjà lu, sinon toute la lettre encyclique de Benoît XVI (voir ci-dessous), au moins des commentaires. Les partisans de l'objection de croissance, me semble-t-il, trouveront ces propos pas assez directs. Ils vont vraisemblablement constater que cette parole d'Eglise, belle en soi, n'est pas, ne sera pas suivie d'effet.

Je n'ai pas encore trouvé et lu de commentaires signés par des objecteurs de croissance. Mais, cette tendance n'a pas nécessairement ses entrées dans les milieux officiels de l'Institution. A plusieurs reprises,  en effet, j'ai pu constater que, dans le chapitre de la doctrine sociale de l'Eglise, le chapitre de Caritas in veritate, on soufflait plutôt l'ironie contre les idées de la décroissance. Ce fut au cours des Semaines sociales 2008 à Lyon, où un représentant de cette instance fit rire la majorité de l'amphithéâtre (plus de 3 000 personnes) en parlant de cette orientation anthropologique et spirituelle. Ce fut au cours d'une conférence où, malgré un auditoire plutôt sensible à l'objection de croissance, un représentant de Pax Christi, ironisa sur la recherche de modes de vie ne mettant pas l'idée de progrès en avant. Le propre de l'homme n'est-il pas de progresser, de se développer ? Ce fut au cours d'une rencontre privée, où l'expert en la matière critiqua la « décroissance » en déclarant que ce n'était qu'un concept de communication. Etc...

Au sujet de cette tendance, nous lisons dans l'encyclique, qui n'emploie jamais le mot « décroissance » (également pour le mot capitalisme) :

« L'idée d'un monde sans développement traduit une défiance à l'égard de l'homme et de Dieu. C'est donc une grave erreur que de mépriser les capacités humaines de contrôler les déséquilibres du développement ou même d'ignorer que l'homme est constitutivement tendu vers l'« être davantage ». Absolutiser idéologiquement le progrès technique ou aspirer à l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de nature sont deux manières opposées de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité ».

N'est-ce pas, ici, le terrain sur lequel « Chrétiens et pic de pétrole » doit argumenter ? Dans la conclusion de notre colloque, nous en avons appeler à la nécessité d'une vision anthropologique qui mette en avant la nécessité de la reconnaissance par l'homme de ses propres limites. Une croissance indéterminée et indéfinie est une utopie. Or ceci, l'encyclique le dit.

« Les forces techniques employées, les échanges planétaires, les effets délétères sur l'économie réelle d'une activité financière mal utilisée et, qui plus est, spéculative, les énormes flux migratoires, souvent provoqués et ensuite gérés de façon inappropriée, l'exploitation anarchique des ressources de la terre, nous conduisent aujourd'hui à réfléchir sur les mesures nécessaires pour résoudre des problèmes qui non seulement sont nouveaux par rapport à ceux qu'affrontait le Pape Paul VI, mais qui ont aussi, et surtout, un impact décisif sur le bien présent et futur de l'humanité ».

Au final, je pense que nous pouvons nous accorder avec les penseurs de ce texte car nous sommes tous à la recherche d'une nouvelle anthropologie ; encore faudrait-il que l'on ne marginalise pas celles et ceux qui ont une quête radicale. Pourquoi celle-ci serait-elle utopique ? mot pris en son sens négatif.

 « Le développement a besoin de chrétiens qui ont les mains tendues vers Dieu dans un geste de prière, conscients du fait que l'amour riche de vérité, caritas in veritate, d'où procède l'authentique développement, n'est pas produit par nous, mais nous est donné. C'est pourquoi, même dans les moments les plus difficiles et les situations les plus complexes, nous devons non seulement réagir en conscience, mais aussi et surtout nous référer à son amour. Le développement suppose une attention à la vie spirituelle, une sérieuse considération des expériences de confiance en Dieu, de fraternité spirituelle dans le Christ, de remise de soi à la Providence et à la Miséricorde divine, d'amour et de pardon, de renoncement à soi-même, d'accueil du prochain, de justice et de paix ».


Ce sera un grand bonheur que de lire les commentaires des objecteurs de croissance à Caritas in veritate.


 

Voir le texte sur le site du Vatican

Voir les articles de Gérard Defois, de Denis Clerc, Isabelle Gaulmyn, Michel Kubler... dans La Croix des 7 au 10 juillet 2009.


Voir sur le site de l'Eglise de France


 

dans Le Monde du 7 juillet :

« Benoît XVI ne révolutionne pas la pensée sociale de l'Eglise catholique, orientée depuis plus d'un siècle sur la recherche de la justice sociale au service du "bien commun", il la réactualise en prenant en compte la mondialisation. Le pape prône un "humanisme intégral", en soulignant avec force que l'homme est "le premier capital à sauvegarder et à valoriser". Comme Jean Paul II, Benoît XVI défend l'économie de marché mais à condition qu'elle prenne en compte le "bien commun" et qu'elle réhabilite le don.

 

Dans ce document de 140 pages qui s'adresse aux évêques, Benoît XVI n'en reste pas à un registre papal classique - comme lorsqu'il proclame qu'un "humanisme sans Dieu est inhumain" ou qu'il espère faire de l'économie "un lieu de communion" -, il administre à ce capitalisme, maintes fois vilipendé par ses prédécesseurs, une leçon d'éthique sociale. L'évêque de Rome reconnaît des vertus à la mondialisation, dès lors qu'elle favorise le développement ou une meilleure répartition des richesses, mais il pointe surtout ses dysfonctionnements : les désordres de l'activité financière, la spéculation, la mauvaise gestion des flux migratoires, la corruption, l'exploitation anarchique des ressources naturelles, les délocalisations, le chômage, la faim, etc.

 

On savait que Benoît XVI était un pape moral - très controversé -, c'est aussi un pape social. Un pontife qui plaide, à la lumière de la crise, pour un capitalisme vraiment régulé. Il s'inscrit, cette fois, dans son temps en jugeant que le rôle de l'Etat, "destiné à croître", doit être "repensé". Au moment où Luiz Inacio Lula da Silva prononce, dans nos colonnes, l'acte de décès du G8 et veut faire du G20 une institution permanente, Benoît XVI partage le pessimisme du président brésilien sur la gouvernance mondiale. Il prône même une "Autorité politique mondiale". Un rêve de pape.

 


Publié dans Politique

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