Un cri silencieux

Publié le par Michel Durand

- « Mais vous savez de quoi il s'agit ? »

- « Mais oui, les Sans Papiers sont des hommes sans voix et vous, vous criez pour eux ! »


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Depuis 3 ans, Place des Terreaux à Lyon, des manifestants, hors des sentiers battus, se retrouvent une heure par mois. Je participe depuis le début à des « Cercles de silence ». Une banderole rappelle le sens de ce rassemblement : « Lyon, cercle de silence, soutien aux Sans Papiers... »

 

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Depuis quelques années, différents événements, comme l'alphabétisation et le catéchuménat, m'ont amené à connaître Samuel (prénom d'emprunt). Il porte avec lui la double peine parce qu'en plus de sa situation irrégulière, il est fortement handicapé (deux béquilles).

Un comité de soutien s'est formé autour de lui : aide matérielle, morale, financière et humaine... "Mon" heure de silence mensuelle avec d'autres croyants en l'homme (pour la dignité de toute personne) et en Jésus-Christ (option préférentielle pour les plus pauvres) est fortement marquée par Samuel. Je rumine l'Evangile du jour avec le vécu de Samuel. Derrière lui, j'élargis ma prière avec tous ces inconnus qui subissent cet exil forcé et ce mauvais accueil.

Alors, quelle joie quand je vois des passants accepter le tract proposé et se joindre quelques minutes au « Cercle ». Je me dis en moi-même que notre présence silencieuse touche l'intérieur et le cœur de quelques passants. En fait, dans un monde de rapidité, de bruit, de façade, notre présence originale interpelle parce qu'elle porte un message.

Un jour, à la fin de notre manifestation, quelqu'un s'approche pour avoir un tract. La personne militante à R.E.S.F (Réseau Education Sans Frontière), qui distribue les tracts, lui demande : « Mais vous savez de quoi il s'agit ? » La réponse est la suivante : « Mais oui, les Sans Papiers sont des hommes sans voix et vous, vous criez pour eux ! » Cet homme anonyme a tout compris. Il m'aide chaque mois à être fidèle à cette action en faveur de la dignité et du respect de tous ceux qui ont dû fuir leur pays d'origine.

Même si ce rendez-vous mensuel est relié à plus d'une centaine d'autres en France, je suis bien conscient des limites de cet engagement.

Par ailleurs je retrouve des « Sans Papiers » par l'intermédiaire de cours de français à la Croix Rouge. Une mère et sa fille me partagent des tranches de vie : « Nous avons dû payer 15000 € pour venir au nombre de 3 d'Arménie. Nous sommes en attente de régularisation, et, en ce moment, je n'arrive pas à dormir », me confie la maman !

Mon cahier de vie conserve toutes ces vies partagées dans la confiance. Celles-ci nourrissent ma prière. Notre vocation pradosienne nous donne la grâce d'être solidaire des plus pauvres. C'est aussi une exigence. Le Christ nous assure que nous ne serons jamais au chômage : « Des pauvres vous en aurez toujours avec vous ».

 

François CHABRILLAT

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