Je me décide à suivre Notre Seigneur Jésus Christ de plus prêt pour me rendre plus capable de travailler efficacement au salut des hommes

Publié le par Michel Durand

Je me décide à suivre Notre Seigneur Jésus Christ de plus prêt pour me rendre plus capable de travailler efficacement au salut des hommes

Dimanche 18 avril 2021
messe de Premier Engagement de David

 

 

« Que tu es belle ma compagne, que tu es belle. Tu me rends fou, mon amie, ô fiancée! »

Que tu es beau, mon chéri, combien gracieux ! Soutenez-moi, ranimez-moi, car je suis malade d’amour. J’entends mon chéri ! Le voici. Entraine-moi sur tes pas ».

« Mon chéri est à moi, et je suis à lui... J’ai trouvé celui que mon cœur aime… je le saisis et ne le lâcherai pas… la bannière qu’il dresse sur moi, c’est l’amour. »

« J’entends mon chéri qui frappe ! » 

« Ouvre-moi, mon amie, ma compagne. Montre-moi ton visage, fais-moi entendre ta voix.»

« Je suis à mon chéri et mon chéri est à moi ! Vers moi est son élan... »

« Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. »

 

Ces paroles du Cantique des Cantiques racontent deux amoureux qui s’étreignent en se disant leur admiration passionnée. Je les ai choisis parce que mon engagement dans la Fraternité et dans la famille spirituelle du Prado, c’est d’abord une fidélité à mon amour pour Jésus Christ. Autrement dit, ma vocation c’est d’abord le célibat choisi, par amour pour Jésus, et j’ajoute des plus pauvres. Après, cette vocation Jésus a pensé que le moyen de la vivre pleinement ça serait la vocation de Laïc consacré, et le Prado la famille spirituelle idéale pour m’aider à le suivre de plus près.

 

Mon engagement aujourd’hui, il s’enracine dans deux rencontres que j’ai faites à 7000 km d’ici, à Cayenne précisément, pendant les Journées mondiales de la Jeunesse de Rio en 2013 qui ont bouleversé ma vie :

- d’abord ma rencontre nouvelle avec le Christ. Une rencontre avec Jésus vivant, avec le Ressuscité qui veut vivre avec moi une relation profondément intime ;

- Et en parallèle, une rencontre avec un sans-abri, juste avant une messe pendant laquelle j’entendis cet appel de Dieu à consacrer ma vie aux pauvres ; et puis, quelques mois après, je comprenais que pour Jésus, consacrer ma vie aux pauvres ça passait par la consacrer AUSSI à lui.

Ma vie au Prado : je la dois à quelques pradosiens rencontrés ici même dans cette paroisse : Christian Delorme notre curé quand je suis arrivé il y a 10 ans, et qui m’y a accueillit, Monique et Jacques Martin qui m’ont un peu initié au partage d’Évangile pradosien et fait découvrir la figure d’Antoine Chevrier ; et puis il y a eu Jean-Marie Jouham avec qui j’ai partagé mon cheminement. Et puis ma rencontre avec la Fraternité, qui m’a accueilli pour voir ce que Jésus pourrait faire de moi comme laïc consacré.

 

Ce qui me séduit chez Jésus Christ, c’est sa faculté à se faire l’ami de tous les Hommes par son attention particulière à chacun, sa capacité d’écoute impressionnante ; sa compréhension de l’histoire et de la situation de vie de tous ; nous rejoindre nous, avec tout ce qui fait notre vie et nous dire « La paix soit avec vous !»

 

Je veux souligner la fragilité du témoin que Jésus choisit aujourd’hui, par rapport à la grandeur de ma vocation. Antoine Chevrier dira au moment de fonder le Prado « Je me trouve si pauvre, si incapable, si petit, que j’ai honte de moi-même ». Saint Paul disait autrement : « Je suis le plus petit des Apôtres... »  Alors, Jésus, je lui ai bien demandé plusieurs fois, si il est bien conscient de ce qu’il fait en me choisissant, mais puisqu’il me fait confiance, je suis bien obligé de le croire. Jésus Christ est celui qui veut être le centre de ma vie et de ma relation avec les autres, et Antoine Chevrier, celui qui me montre comment suivre Jésus Christ de plus près.

 

Qu’est-ce que ça veut dire pour moi être laïc consacré ? C’est une vocation vécue dans une vie ordinaire au milieu des gens ordinaires, mais dans laquelle se révèle l’extraordinaire de Dieu. Ça se traduit par une vie pleinement laïque, car au plus près de la vie des autres par le travail salarié ou la vie retraitée, notre vie de quartier, de voisinage, des engagements bénévoles et militants, avec le souci des plus pauvres chevillé au cœur. Une vie dans laquelle je côtoie la misère au quotidien et pleinement consacrée, car porteuse du souci de devenir avec l’aide de l’Esprit saint un signe au milieu d’eux pour que par notre vie donnée, l’Évangile leur soit annoncé pour leur faire connaître Jésus Christ et l’Amour du Père… J’aime dire que c’est un Tableau vivant de l’Incarnation de Jésus Christ au cœur de l’humanité.

Ma vocation, je la compare à une partie de pétanque, dont l’objectif est que les boules soient au plus près du but (cochonnet). Mon but à moi, c’est : Jésus Christ et les autres.

Je résume ça par deux caractéristiques dans lesquelles j’inscris ma vocation : fidélité et  « vivre avec » .

La marque prioritaire que je veux souligner de ma fidélité, c’est celle que je porte à mon équipe pradosienne de révision de vie un week-end par mois ; des moments essentiels pour m’aider à vivre ma vocation.

C’est aussi porter une attention particulière à mon étude quotidienne de Jésus Christ dans l’Évangile ; un lien vital à l’Évangile que je vis aussi avec d’autres à travers des partages d’Évangile très profonds et riches, ici à la paroisse avec Jacques et Monique, et avec quelques jeunes à la chapelle du Prado.

Un autre visage important de ma fidélité, c’est ma vie avec ma famille, à travers une présence et des liens que j’essaie d’avoir très fort - mais pas assez souvent comme je devrais – avec chacun. J’étend ce souci de fidélité à tous ceux qui habitent ma vie. Tous ceux qui habitent ma prière et mes pensées chaque jour.

La deuxième caractéristique fondamentale de ma vocation c’est le « vivre avec au quotidien». Ça se traduit par vivre chaque jour ce chemin de fraternité que j’essaie de construire avec les Hommes et les femmes que je rencontre.

Je veux souligner l’importance fondamentale pour moi des rencontres, le fil conducteur de ma vocation.

 

M’engager au quotidien dans ce « vivre avec les autres » passe par plusieurs petits points d’attention :

premier point, avoir une attention personnelle à chacun et avoir le souci d’être la voix des sans voix, ceux que la société laisse à la marge, et en étant par mon célibat choisi signe de la présence de Jésus Christ pour tous. Ce « vivre avec les autres », c’est suivre et vivre, un chemin de fraternité avec toute l’Humanité, et je crois à la Vie consacrée comme chemin de cette marche avec les Hommes vers Jésus Christ.

 

deuxième point d’attention : c’est cultiver des liens que j’ai avec beaucoup de gens différents dans ma vie : ici à la paroisse avec un grand nombre d’entre vous ; j’aime dire qu’à ma paroisse je suis chez moi.

Avec mes voisins dans mon quartier aussi, où j’ai fait le choix de vivre proche d’un quartier populaire, La Saulaie, où après plus d’un an de présence, je vois les fruits de cette proximité quotidienne. Un choix qui dit aussi une dimension importante de ma vie avec les pauvres.

Je n’oublie pas non plus le PLO où je pratique l’aïkido depuis quinze ans et suis impliqué dans la vie du club. Être bénévole au PLO c’est faire en sorte que tous, et prioritairement les gens défavorisés puissent avoir le même accès que les autres au sport et à l’éducation par le sport. Une présence engagée que je vis aussi bien sûr par quelques travaux de bricolage.

 

Un troisième point d’attention fondamental : mon attachement à être une présence de l’Église là où elle doit être en priorité : auprès des gens du monde populaire et de la vie ouvrière. Je vis ce lien par mon engagement en Action catholique ouvrière, particulièrement avec mon équipe de révision de vie, et par ma vie professionnelle avec tout ce que j’y partage avec mes collègues et mon petit boulot de débiteur dans une entreprise de menuiserie aluminium. J’appelle cela vivre une simplicité de vie heureuse. Car même si j’ai dû arrêter d’être menuisier pour un handicap, je garde cette fidélité viscérale au Bâtiment, qui a construit ma vie.

Une dimension qui me tient particulièrement à cœur aussi c’est que l’Église soit attentive à porter l’Évangile aux « gens des périphéries », un Évangile de la simplicité. Je suis profondément heureux quand les pauvres ont toute leur place dans la vie de l’Église. Ma vocation de Laïc consacré, c’est être ce lien entre l’Église et ceux qui en sont loin.

Cette fidélité et ce « vivre avec », c’est aussi beaucoup par deux visages de ma vie militante que je le vis :   - auprès des sans-abris et des migrants, avec qui je vis depuis huit ans une proximité et une solidarité effectives à travers le Samu social pour des maraudes. Et par une présence aux Cercles de Silence où en me taisant je crie que la dignité de l'Homme n’est jamais une option, mais un droit fondamental ;   - mon engagement militant auprès des malades de l’alcool au Mouvement Vie libre, où mon choix d’être abstinent volontaire pour soutenir les malades y prend tout son sens. Cette fidélité j’y tiens aussi pour les copains militants qui m’y ont accueilli, et parce que dans ces permanences et mon lien avec les malades qui entament un chemin vers l’abstinence, je touche du doigt la Résurrection.

Il y a aussi dans ma vocation sa dimension prophétique de serviteur, que je vis beaucoup par le bricolage, je ne compte pas le nombre de travaux de bricolage pour des voisins ou des copains, de la famille venue me demander un coup de main ; ou en imprimant des documents pour une voisine sans imprimante.

Mon témoignage de Jésus-Christ, il s’inscrit dans toute cette vie-là. Même si dans les faits, je ne parle pas souvent de  Jésus-Christ avec des mots. Je souligne quand même quelques occasions, en disant parfois à des copains du travail que je suis célibataire pour Jésus-Christ, ou en échangeant avec un collègue musulman sur notre foi, c’est comme ça que je vis l’interreligieux, moi. Mais mon témoignage, il est souvent bien plus discret. C’est surtout un témoignage de vie.

Être laïc consacré, c’est être profondément enraciné dans le monde, mais aussi dans l’Église. Ma vie ecclésiale elle passe par des liens forts avec ma communauté paroissiale. Je veux évoquer aussi ma recherche du dialogue œcuménique, qui traduit pour moi le désir du Christ que tous les chrétiens, et j’étends à tous les Hommes, soient un comme Jésus et son Père sont un. Une recherche que je vis au sein de mon Groupe Biblique Oecuménique qui nous rassemble, Catholiques et Protestants, pour échanger et travailler ensemble la bible. Un groupe ou la Parole de Dieu et nos vies se rejoignent. Notre groupe, c’est un groupe où on vit la fraternité ; on s’entre-aide pour des services, on se porte les uns les autres.

Je pense aussi à la Catéchèse biblique œcuménique ou j’ai la joie d’avoir été appelé à la suite d’une longue lignée de chercheurs d’unité débutée il y a 46 ans. On y vit des moments extraordinaires d’échanges et d’approfondissement de notre connaissance du Christ avec les jeunes, leur parents et entre animateurs.

Je terminerai ce témoignage par quelques mots sur la Fraternité, dans laquelle je m’engage aujourd’hui. Pour dire ce que représente pour moi la Fraternité, c’est d’abord la grâce de pouvoir contempler des témoins de fidélité à Jésus Christ, à la vie des autres, à la prière et à leur vocation ; ceux qui m’apprennent à vivre ma vie consacrée. La chance que j’ai eu, aussi, de découvrir la vie pradosienne avec des hommes pétris d’une vie enracinée dans l’étude et la compréhension de Jésus Christ dans l’Évangile et la vie des pauvres depuis de longues années. Nous sommes des compagnons et des frères qui nous accompagnons mutuellement dans notre chemin de Véritables Disciples, dans une vie au service du Père par Jésus et au service des autres, dans l’imitation de Jésus Christ. C’est pourquoi :

« Je me décide à suivre Notre Seigneur Jésus Christ de plus prêt pour me rendre plus capable de travailler efficacement au salut des hommes.

Au sein de la Fraternité, et de la famille du Prado, et devant l’Église, je promets  à Dieu de pratiquer, selon les constitutions de l’Association :

  • La pauvreté et l’humilité, pour l’amour du Christ né dans une crèche, et des pauvres auxquels nous sommes envoyés,
  • L’obéissance, pour l’amour de Jésus qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la Croix, et de ceux qui portent dans leur chair la marque de la souffrance,
  • La chasteté dans le célibat et le don de tout moi-même, pour l’amour de Celui qui s’est fait notre nourriture dans l’eucharistie, et de tous ceux qui ont faim d’amour, de justice et de liberté.

Avec Marie et les autres témoins de la foi, je veux répondre ainsi à l’appel du Père, m’attacher à la personne du Christ et me laisser former par son Esprit, afin de pouvoir glorifier Dieu jusque dans mes faiblesses et travailler avec joie à l’évangélisation des pauvres. »