Saint-Fons, lieu de sanctification pour devenir dignes de Celui qui a été le premier prêtre ; salut de tous ceux qui espèrent en sa résurrection

Publié le par Michel Durand

Père Claude Farissier

Père Claude Farissier

La première équipe de prêtres du Prado

La première équipe de prêtres du Prado

Antoine Chevrier écrit aux séminaristes qui se trouvent au séminaire d’Alix. En effet, la formation au Prado n’étant que celle d’un petit séminaire, aujourd’hui niveau d’un collège et d’un lycée, « les élèves qui arrivent à la classe de philosophie sont obligés d’aller dans une autre maison ». En octobre 1871, parmi les douze qui avaient l’intention de devenir prêtres, le Père Chevrier envoie cinq garçons au séminaire de philosophie d’Alix qui était confié aux prêtres de Saint-Irénée. Il s’agit de Farissier, Delorme, Duret, Broche et Blettery. (cf J.F. Six, p. 311)

Antoine Chevrier adresse donc cette lettre à Claude Farissier et, dans une deuxième partie de cette lettre - dont je ne ferai pas ici la lecture, il cite Delorme. Claude Farissier, Nicolas Delorme deviendront, avec Fançois Duret et Jean Broche les quatre premiers prêtres du Prado

Lettre n°86 (113)

[A CLAUDE FARISSIER]                    J.M.J.                             [St. Fons, juin 1872]

Mes biens chers enfants,

Je suis à St Fons depuis quelque temps. Là je prie et j'apprends à connaître notre divin Sauveur, notre Maître, notre Modèle. Je pense bien souvent à vous parce que c'est pour vous en particulier que j'offre à Dieu mes prières, mes pensées et mes actions. Puisse ce lieu béni devenir, pour vous tous, un lieu de sanctification, de joie et de bénédictions célestes, et vous rendre un jour des prêtres dignes de Celui qui a été le premier prêtre, et qui a donné sa vie pour la gloire de son Père et le salut de tous ceux qui ont foi en lui et qui espèrent en sa résurrection.

St Paul mettait la connaissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ au-dessus de toutes les connaissances, et il se glorifiait de ne savoir rien que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié ; c'est là, en effet, la connaissance qui est au-dessus de toutes les autres et qui, seule, peut faire de nous des prêtres véritables et dignes de lui ; pour prêcher Jésus-Christ ne faut-il pas le connaître ? Pour imiter Jésus-Christ ne faut-il pas le connaître ? Et comment pourrons-nous le connaître si nous ne l'étudions pas ?

Il importe donc à un jeune étudiant d'étudier Notre-Seigneur, qu'il doit prêcher plus tard, et qu'il doit imiter surtout dans sa conduite pour être le Modèle des peuples comme disait St Paul : "imitatores mei, estote sicut et ego Christi", (êtes mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ ( 1 Co 11,1), le prêtre étant la forme du troupeau, comme dit St Pierre, "forma gregis", la forme du troupeau, le modèle du troupeau, la forme que le troupeau doit regarder et reproduire.

Le temps est court, mes enfants, il faut commencer de bonne heure. Que je regrette tant de temps perdu. Si j'avais commencé de bonne heure, et si je n'avais pas été si lâche, si nonchalant, si paresseux, que je saurais de choses que je ne sais pas, et combien je pourrais faire plus de fruit dans les âmes. Que nous faisons peu de choses relativement à ce que nous avons à faire. Que peu de gens se convertissent. Que peu de gens conservent la foi, l'amour de Dieu, parce que nous-mêmes nous sommes lâches et que nous ne parlons que très peu de notre Maître, et que nous ne savons pas faire passer dans les âmes l'amour de celui que nous prêchons. Oh ! chers enfants, travaillez donc avec ardeur à devenir de bons prêtres ; et cela, non pour vous, pour votre gloire, pour faire plaisir à vos parents, etc..., mais seulement pour la gloire de Jésus-Christ notre Dieu et notre Sauveur. Purifiez bien vos pensées et les affections de votre cœur dans vos études, en ne cherchant en tout que la gloire du seul et unique Maître, Notre-Seigneur Jésus-Christ. …

Vous m'avez appris que notre ami Delorme va un peu mieux, que Dieu en soit loué ; ayez-en bien soin et ne craignez pas de faire les dépenses nécessaires pour sa santé ; et quand il y a quelqu'un de malade parmi vous, soyez pleins de bonté et de charité pour lui être utile, faites toutes les dépenses nécessaires pour conserver la santé nécessaire pour travailler avec courage à la gloire de Dieu ; il faut qu'un bon ouvrier ait une bonne santé, quoique cependant il arrive parfois que les souffrances glorifient autant Dieu que les autres, par le sacrifice qu'ils font tous les jours de leurs peines.

En vacances, nous travaillerons à rétablir ces santés, un peu altérées peut-être par la chaleur et les études, nous avons Limonest, Chatanay, St Fons. Tout pour Dieu, tout pour sa gloire : le travail, les récréations, les vacances, tout pour Dieu et le salut des âmes.

Vous m'avez appris que trois subissent l'examen public ; eh bien ! mes enfants, n'en soyez pas glorieux, car tout revient au Seigneur. Je voudrais vous voir les plus savants du séminaire et du monde, si cela devait tourner à la gloire de Dieu, tant mieux ; mais si ça ne devait pas tourner à la gloire de Dieu mais à la vôtre, je dirais : tant pis, parce que ce qui ne sert pas à Dieu est entièrement inutile.

En vacances, vous irez voir vos parents; puis, après avoir passé quelque temps chez vos parents, vous reviendrez nous voir et nous organiserons un travail pour nous-mêmes ou pour nos enfants, pour le temps des vacances.

Quant à porter la soutane, j'en ai parle à Monsieur le Supérieur d'Alix, à ma visite dernière. Il n'est pas bien partisan de laisser aller les élèves en soutane, et nos messieurs du Prado pensent que c'est trop tôt pour vous de paraître en soutane dehors ; quant à moi, "intérieurement", je désirerais vous

voir toujours en soutane, puisque c'est le signe de votre renoncement au monde et de votre attachement à Jésus-Christ, mais nous attendrons aux vacances prochaines; la grâce du bon Dieu aura travaillé davantage en vous et vous la porterez plus dignement aux yeux du monde, et vous comprendrez mieux aussi la dignité d'un habit qui rappelle la séparation, le renoncement et le disciple de Jésus-Christ.

Je vous embrasse de tout mon cœur et je prie pour vous, en attendant le plaisir de vous voir.

A. Chevrier

Tous nos messieurs vous envoient le bonjour, et nous aurons tous un grand plaisir de vous voir.