Les apôtres n’ont rien compris aux affaires des pains. Comment leur maître a-t-il pu nourrir tant de monde et comment a-t-il pu calmer la mer ?

Publié le par Michel Durand

Jésus-Christ, évangéliaire d'Egbert de Trèves, détail.

Jésus-Christ, évangéliaire d'Egbert de Trèves, détail.

 

Etudes d'évangile dans Marc : Jésus enseigne et accomplit le bien autour de lui. 

Voir ici la page précédent de cette lecture : Jésus enseigne longuement. Les disciples observent, se forment s’inquiètent, car les gens n’ont rien à manger en ce lieu désert. Jésus agit.

Venir aussi ici, pour une autre page de cette lecture, étude d'Évangile.

 

Jésus se retire dans la solitude pour prier et apparait dans sa divinité

Jésus souhaite être seul. Alors (le mot est fort, il oblige), il oblige ses disciples à changer de lieu. Oui, il souhaite fortement cette solitude, car, peu de temps avant, il n’avait pas réussi à trouver cet endroit désert pour prier. 6,34 : « En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut pris de pitié pour eux parce qu'ils étaient comme des brebis qui n'ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses ». Alors, cette fois, Jésus agit rapidement : aussitôt…

6,45

« Aussitôt Jésus obligea ses disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, vers Bethsaïda, pendant que lui-même renvoyait la foule. Après l'avoir congédiée, il partit dans la montagne pour prier ».Il partit seul.

Aussitôt…

C’est comme s’il ressentait un besoin impérieux de dialoguer avec son Père ; rencontrer Dieu après deux travaux essentiels : annoncer le Royaume de Dieu ; l’enseignement… et faire le bien aux gens en donnant à manger.

Pour être certain de rester seul, Jésus envoie les disciples sur l’autre rive à la vue de tout le monde. Il faut traverser le lac de Tibériade (mer de Galilée) et rejoindre la rive est où se trouve Bethasïda.

 

 

Ceci dit, la géographie de ce passage, comme l’indique la note de la TOB, reste obscure. Il n’est pas possible de préciser exactement où se trouve l’épisode de la multiplication des pains et des poissons afin de nourrir 5000 hommes. Bethsaïda est située sur la rive gauche du Jourdain avant qu’il débouche dans le lac de Tibériade. Rive orientale, vers l’Est.

Jésus se retire pour prier. En fait, il semble avoir peur de cette foule. Il a satisfait les attentes. Il a nourri avec abondance de nombreuses personnes qui le suivent parce qu’elles veulent un roi terrestre qui puisse répondre aux attentes de ce monde sur terre.

Jean 6,15 donne une indication de ce que pouvait penser Jésus :

« À la vue du signe qu'il venait d'opérer, les gens dirent : “Celui-ci est vraiment le Prophète, celui qui doit venir dans le monde”. Mais Jésus, sachant qu'on allait venir l'enlever pour le faire roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne ».

Jésus le dira à son procès. Son royaume n’est pas de ce monde. Il « refuse d’assumer la royauté comme la foule l’envisageait ». Alors, il impose une rupture avec ce qui vient de se vivre. Il congédie la foule et en quelque sorte casse les espérances trop terrestres en se retirant dans la montagne pour prier. Il reste dans la solitude jusqu’à la nuit accomplie.

6,47

« Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. Voyant qu'ils se battaient à ramer contre le vent qui leur était contraire, vers la fin de la nuit, il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser ».

 

Jésus apaise la tempête

Jésus est à terre. Sur la montagne. Il sort de sa prière et voit au loin la barque de ses amis. Ils sont en difficulté à cause du vent. La différence de température entre la terre et l’eau provoque des vents violents qui se lèvent rapidement. Ce phénomène est fréquent sur les petites surfaces d’eau entourée de désert chauffé par le soleil.

6,47-52

« Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. Voyant qu'ils se battaient à ramer contre le vent qui leur était contraire, vers la fin de la nuit (entre 3 et 6 heures du matin), il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. En le voyant marcher sur la mer, ils crurent que c'était un fantôme et ils poussèrent des cris. Car ils le virent tous et ils furent affolés. Mais lui aussitôt leur parla; il leur dit : “Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur”. Il monta auprès d'eux dans la barque, et le vent tomba. Ils étaient extrêmement bouleversés. En effet, ils n'avaient rien compris à l'affaire des pains, leur cœur était endurci. »

Ils n’avaient rien compris ! Mais qui pourraient comprendre facilement ? Jésus, le fils de Marie, de la famille de Joseph se montre en ce lieu dans sa force divine ; cette force qui lui a permis de donner à manger à 5000 hommes. Avec les psaumes, on voit que c’est le propre de Dieu de fouler les hauteurs de la mer, de la dominer.

Ps 76,20-21

« Par la mer passait ton chemin, tes sentiers, par les eaux profondes ; et nul n'en connaît la trace. Tu as conduit comme un troupeau ton peuple par la main de Moïse et d’Aaron ».

Ps 64,7-8

« Sa force enracine les montagnes, il s'entoure de puissance ; il apaise le vacarme des mers, le vacarme de leurs flots et la rumeur des peuples.

Ps 88,8-9

« Seigneur, Dieu de l'univers, qui est comme toi, Seigneur puissant que ta fidélité environne ? C'est toi qui maîtrises l'orgueil de la mer ; quand ses flots se soulèvent, c'est toi qui les apaises ».

Ps 106,28-30

« Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse, réduisant la tempête au silence, faisant taire les vagues. Ils se réjouissent de les voir s'apaiser, d'être conduits au port qu'ils désiraient ».

Oui, dans une telle situation comment ne pas être affolés ? Une tempête et un homme qui marche sur l’eau. J’imagine que des exégètes peuvent lire dans ce passage la présence d’une allégorie, d’un mythe, disant que cela ne s’est pas passé historiquement comme ceci et qu’il ne faudrait pas entretenir une lecture fondamentaliste, littérale. La question mérite d’être étudiée. Je reviendrais dessus.

Jésus leur dit : «Confiance, c'est moi, n'ayez pas peur». C’est moi. Je suis !

On pense immédiatement à l’évangile selon Jean.

Jn 8,23-24.28.58

« Jésus leur répondit : “Vous êtes d'en bas ; moi, je suis d'en haut ; vous êtes de ce monde, moi je ne suis pas de ce monde. C'est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. Si, en effet, vous ne croyez pas que Je Suis, vous mourrez dans vos péchés ».

« Jésus leur dit alors : «Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'homme, vous connaîtrez que "Je Suis" et que je ne fais rien de moi-même : je dis ce que le Père m'a enseigné. »

« Jésus leur répondit : “En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, Je Suis” ».

Les textes du Premier Testament donnent les racines de ce « Je suis ».

Ex 3,14

« Dieu dit à Moïse : “Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : “Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : JE-SUIS”.” »

Dt 32,39

« Voyez-le, maintenant, c’est moi, et moi seul ; pas d’autre dieu que moi ; c’est moi qui fais mourir et vivre, si j’ai frappé, c’est moi qui guéris, et personne ne délivre de ma main ».

Isaïe 41,4

« Qui a fait cela, qui l’a réalisé ? Celui qui dès le commencement appelle les générations. Moi, le Seigneur, Je suis le premier et, avec les derniers, encore, Je suis ».

Je recopie la note de la TOB : « Sans être aussi explicite, Marc comprend ce récit comme la manifestation de l’être secret de Jésus, Fils de Dieu ; d’où la recommandation habituelle des récits de révélations surnaturelles : “n’ayez pas peur. Confiance (c’est moi)” exprime l’effet de la présence de Jésus au milieu des dangers représentés par la mer.

Au final, nous constatons que les apôtres n’ont rien compris aux affaires des pains. Comment leur maître a-t-il pu nourrir tant de monde et comment a-t-il pu calmer la mer ? Ces deux récits donnent « des signes chargés d’une révélation qui échappent encore aux disciples. Voir Mc 8,17-21. En Jésus se manifeste le pouvoir de Dieu rassasiant son peuple au désert et dominant la mer. L’annonce du Royaume accompagne une action au bénéfice du bien humain de tous.

Mais, pour l’instant les disciples ont le cœur endurci. Ils sont comme les pharisiens « à cause d’une disposition intérieure mauvaise », fermés « à l’intelligence des actes et des vues de Dieu. Ils doivent encore s’ouvrir à la source divine. Source généreuse. Dieu, par le Christ, répand le bien autour de lui.