Les baptisés s’engagent dans une philosophie hors consumérisme et productivisme, dans une conception du temps consacré à la rencontre

Publié le par Michel Durand

Les baptisés s’engagent dans une philosophie hors consumérisme et productivisme, dans une conception du temps consacré à la rencontre

 

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Dans le petit groupe de lecture d’un livre de Christoph Theobald, j’ai pris l’engagement d’écrire ce que je ressens après la lettre d’un chapitre. Une ou deux pages qui me servent de support pour un temps de méditation et prière silencieuse. Prendre le temps de méditer sur chaque phrase, sur quelques mots… En appeler à l’aide de Dieu pour mieux comprendre l’existence.

 

La réflexion de Christoph Theobald sur l’enseignement social de l’Église* me rappelle l’encyclique Populorum Progressio (1967). Le développement économique est un élément de l’évangélisation dans la mesure où « le développement ne peut être réduit à la croissance économique ». En ce sens, « le cardinal Peter Turkson, préfet du dicastère pour le service du développement humain intégral, [explique] que le rôle de la charité est fondamental comme “force motrice” du développement, pour “rendre visible Dieu dans le monde d’aujourd’hui”. Il voit en ce service d’Église un « pont entre l’Évangile et l’homme d’aujourd’hui », une action au service de l’évangélisation.

 

 

Le développement accompagne (précède) l’annonce de l’Évangile. Et l’Évangile touche nos modes de vie dans notre concret au quotidien. En ce sens, l’engagement spirituel dans l’Évangile entraine une conversion. Il est question de mettre en pratique la Parole de Dieu.

Sur toute réalité prime la Parole de Dieu, le Royaume

Le Verbe s’est fait chair (Jn 1) pour nous montrer le Royaume de Dieu. C’est tout l’Évangile. Dieu nous parle. Il parle aux humains et cela entraine certains modes de vie particuliers, personnels et communautaires. Il y a, dans la mise en pratique de l’Évangile, une dimension sociale communautaire : fraternité, justice, paix, dignité humaine pour tous.

L’annonce du Kérygme concerne la vie concrète où le politique est concerné. Le disciple du Christ est perçu par son propre style de vie. Et c’est dans ce cadre que j’envisage la mission évangélique. Elle se réalise à partir du vécu dans le « travail » au quotidien. En ce qui me concerne, prêtre, je conçois la mission presbytérale dans son insertion au siècle par le travail salarié ou non. Le prêtre ne pouvant pas dépendre que du culte, je le vois bien avec l’obligation de travailler.

Tous les baptisés s’engagent dans une nouvelle philosophie de la vie hors consumérisme et productivisme, dans une nouvelle conception du temps consacré au travail nécessaire pour vivre (3 ou 4 heures par jour, sur 5 jours/semaine).

Le kérygme oriente vers une philosophie (mode de vie) tournée vers la fragilité en opposition aux désirs de croissance, de pouvoir du productivisme. Respect de la Terre qui nous est donnée. Gratitude envers elle et tout l’univers.

Vatican II a été interpellé par le groupe des catacombes, option préférentielle des pauvres. Mais ce regard n’a pas été retenu par les conciliaires. Pour que l’Église (les chrétiens) soient tournés vers le monde concret et soit à l’écoute des pauvres, il faut une profonde gratitude et une réelle attention aux personnes fragiles.

En conclusion, la réception de la Parole de Dieu s’accompagne d‘une approche sociale. Afin de rejoindre le « royaume de Dieu », tout le créé,- le monde, ce qui est écu dans le temps, l’humanité - doit se munir de justice, de paix, de fraternité. Notre mission est alors de prendre soin du voisin : attention et protection. Se rendre proche. Cela demande un effort de compréhension de la culture d’un peuple différent. Il importe d’être en réelle relation avec les gens. L’ignorance et le rupture entre dans le domaine du péché.

Écouter la Parole de Dieu tourne les regards vers la dimension sociale des humains. Pour que le message soit audible par l’humain actuel, il importe de développer une philosophie qui soit en dehors de l’anthropocentrisme. Il importe de tenir compte de la dualité : homme - Dieu.

 

Christoph Theobald présente 4 principes :

1 - temps est supérieur à l’espace

2 - unité prévaut sur le conflit

3 - la réalité est plus important que l’idée

4 - le tout est supérieur à la partie -> polyèdre ; à savoir : le réel n’est pas uniforme, sphérique, homogène. Il est divers. Ce regard prend une distance avec le dogmatisme uniforme.

Il importe d’avoir une parole qui tient compte de chaque personne. Il importe d’être à l’écoute du particulier. C’est un regard contre l’anthropocentrisme, le technicisme, le croissancisme, l’extractionisme. En effet prime la dignité de l’humain dans ses diversités de cultures, de modes de vie, de styles. La paix entre les humains requiert un dialogue social, politique, inter religieux.

Le fait que l’Évangile modèle nos styles de vie est l’essentiel à étudier. Force du discernement. C’est là que je parle de la révision de vie qui serait à rétablir dans les pratiques chrétiennes. Être à l’écoute de toutes les sagesses contre tout dogmatisme.

 

L’enseignement social de l’Église est différent d’un corpus doctrinal, corpus objectif, doctrine transcendante plombante

En effet, le temps est supérieur à l’espace.

Le temps indique la durée ; un processus qui invite à la patience alors que la doctrine convoque à une immédiate attitude d’obéissance. Invitation à nourrir la patience de voir évoluer les choses.

Non au dogmatisme : au lieu d’un dogme à appliquer immédiatement, il y a une voie à suivre, un processus ouvert à respecter.

Cela engage à une sortie de soi, une conversion. Église en sortie. Écologie - sortie vers l’autre (la Terre, l’Humain). Il est question de dépasser l’individualisme. C’est adopter d’autres styles de vie, un changement de société. Et là je pense aux diplômés urbains qui deviennent des néo-ruraux. Une conversion spirituelle (voir non religieuse) concrétisée, mise en pratique. Il est question d’agir, de faire comme on le pense. Une mise en pratique de ce qu’indique les regards de la conscience. Regards pluriels d’où l’image du polyèdre différent d’une sphère à la surface lisse, uniforme.

Cette reconnaissance du différent est vécu avec la force de l’Évangile, optimisme confiant qui donne le courage d’agir, qui rend lucide et ferme. Il rend agissant, éloigné de toutes désespérances.

Force de l’espérance. Libéré du consumérisme, le disciple du Christ est attentif à tout ce qui est pauvre, petit, fragile chez les humains comme sur la Terre. Tous ces êtres qui sont liés au Règne de Dieu ; indépendant et non autonome (lié à Dieu) [cf Gaudium et Spes].

 

Que pouvons-nous faire ?.

Il y a l’outil de la révision de vie. Révision de vie à plusieurs.

Méditation, contemplation personnelle.

Etude, comme la lecture de ces pages.

Prière du vase vide que seul Dieu peut remplir. Prière pleine de confiance : espérance et gratitude.

Plus concrètement ?

Dialogue avec autrui

Dialogue toujours possible même après 80 ans, sans mission officielle.

MAIS :

Sortir de soi, ce n’est pas vraiment facile.

 

==== > mon admiration devant l’homélie de François du 31 décembre 2022 : Gentillesse.

 

 

 

* Christoph Theobald, Le courage de penser l’avenir, page 197.