Je rends grâce au Prado de m'avoir permis de me mettre sur un « chemin qui unifie mon cœur » dans la personne de Jésus-Christ, son Évangile
Pour La revue pradosienne Quelqu’un parmi nous j’ai reçu ce témoignage que je trouve tellement émouvant que j’estime ne pouvoir le garder pour moi seul. J’espère qu’il sera accepté par le comité de rédaction de la revue.
Bernard Crinon a 92 ans. Ce qu’il écrit aide à comprendre la volonté de sa génération d’après seconde guerre mondiale de vivre au milieu des gens, être avec eux. Il illustre la souffrance d’Alfred Ancel dans le dialogue avec l’Institution Église à propos des prêtres ouvriers.
Bernard Crinon : découverte d'Antoine Chevrier
C'est par les prêtres du Prado que j'ai découvert Antoine Chevrier. Ils étaient ses disciples et cela se voyait.
En 1945 arrive à Bohain, ma paroisse, un jeune vicaire très étonnant et très attachant, Paul Guilbert. Il rentre de captivité. Il refuse de loger au presbytère et s'aménage une pièce dans un quartier populaire de Bohain.
Il fait de nous des responsables Cœurs Vaillants et c'est à lui que je déclare, le 14 août 1946 : « Je veux être comme vous » - « Tu veux donc être prêtre ? J'en parle à tes parents »… Et, à la rentrée scolaire, j'entre au petit séminaire.
J'apprends quelques années plus tard que Paul entre au Prado ; il est prêtre ouvrier à Lyon ; militant du Mouvement de la paix ; engagé syndical... Nous entretenons tout au long de sa vie une correspondance où il me parle de sa vie et me fait part de conseils. Je retiens celui-là : « Garde l'admiration que j'avais exprimée pendant mon service militaire - c'était ma surprise de voir des jeunes non croyants, voire athées, être très soucieux d'humanité, de fraternité. »
1954. C'est la catastrophe : l'arrêt des prêtres ouvriers. Paul vient me voir ainsi que mon frère Pierre, lui aussi au séminaire-de Soissons. Nous sommes embarrassés, ne sachant que dire ; on parlait tant de l'obéissance et de la soumission ! Mon père spirituel de l'époque, le Père Ricter témoignant de sa souffrance et de sa soumission au moment de l'Affaire du Sillon de Marc Sangnier.
À l'issue de cette rencontre il nous écrit : « ce que mes camarades de boulot m'ont dit, vous n'avez pas su me le dire ». Il souffre. Du Père Ancel qui lui refuse « le celebret » (permission de célébrer les sacrements).
Il renoue peu à peu avec l'Église - en lien avec des prêtres du Prado et de la Mission de France.
Pendant que je suis au grand séminaire, une équipe de Pradosiens est créée à la paroisse Sainte-Eugénie. Je les vois vivre, très simplement, accueillants, soucieux de la JOC - de l'ACO. Je fais le caté comme séminariste dans cette paroisse.
1960 Ordination sacerdotale. Paul vient la veille au séminaire et demande au Supérieur, qui connaît sa situation de prêtre ouvrier : « Est-ce que je peux célébrer la Messe demain ? » Réponse du Supérieur : « Vous ferez selon votre conscience ». J'ai la grande joie de lui servir la Messe - il pleure. Ensuite j'aurai le joie au cours de visites et de vacances de concélébrer avec lui.
Pendant mon séminaire, la question du Prado se pose à moi. Nous avons la chance de vivre en équipe de vie. Je demande alors au Supérieur, le Père Dima, si l'évêque peut s'engager à nous faire vivre notre ministère en équipe. Il me répond que l'évêque n'est pas Supérieur Religieux et qu'il ne peut prendre cette décision. La solution pour moi m'apparaît : le Prado.
En juillet 1960 je m'engage à faire le mois Pradosien. Découverte d'Antoine Chevrier. Travail sur son livre « Le véritable disciple ». C’est riche et lumineux.
Une ombre au tableau : parmi tous les présents je découvre qu'ils n'ont pas tous la même attitude pastorale - notamment vis à vis de l'Action Catholique. Pendant les trois années d'études à Paris, j'ai eu à cœur de me joindre à plusieurs équipes locales. Initiation à l'étude d'Évangile.
1967. Pour terminer mon ministère, à I'Évêché je demande l'autorisation de faire l'Année de formation au Padro. C’est super avec Louis Magnin. Nous sommes quatre à vivre en équipe, en ministère ; pour moi aux Charpennes (paroisse de Villeurbanne) et au secteur ACO de Lyon. Vraiment un temps fort pour se laisser gagner par l'esprit du Père Chevrier dans un période difficile.
En 1968 Engagement définitif.
Retour à Soissons où je retrouve les pradosiens diocésains. Fidèlement nous nous retrouvons en équipe du dimanche soir au lundi soir au Carmel de Liesse.
Je rends grâce au Prado de m'avoir permis de me mettre sur un « chemin qui unifie mon cœur » dans la personne de Jésus-Christ, d'avoir découvert le bienfait de l'étude de l'Évangile. Je me souviens de celle faite sur les difficultés rencontrées par Saint Paul dans son ministère. J’ai découvert que la Mort, la Résurrection du Christ, il les vivait dans sa vie - c'est pour cela qu'il pouvait dire : « c'est lorsque je suis faible que je suis fort ». Ceci éclaire encore ma vie, et j'ai souvent prêché, animé des retraites sur ce thème.
Antoine Chevrier m'a fortifié dans l'Esprit, commencé par Paul Guilbert puis approfondi et amplifié par le Concile.
La phrase d'Antoine Chevrier qui me bouscule toujours : « Il ne suffit pas de demander l'Esprit-Saint, encore faut-il vraiment vouloir le recevoir ».
Aujourd'hui, j'essaie difficilement d'assumer ma vieillesse en me dépouillant de tout à l’Ehpad. Mais je suis heureux de célébrer avec le calice de Paul. C'est lui qui l'a créé, travaillant chez un orfèvre à Paris avant d'être prêtre. Dans le pied et le nœud du calice, c'est toute la vie qui est évoquée (enfants, travail, jeux)… qui remonte et est transformée par Dieu. Il me l'a donné quand il est parti au Prado - « Si tu savais ce que je te donne ». MERCI à Jésus-Christ - Merci à Paul, au Prado.
Bernard Crinon
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