La pire chose serait une intervention extérieure. C'est au peuple iranien de décider de sa gouvernance adéquate, pas à Trump, pas à l’Occident
Source de l'article, de la photo : le Progrès : jeudi 15 janvier 2026
Nous ne passons pas un journée sans lire une dramatique information sur l’Iran.
Il y a quelques jours j’ai pris contact avec un jeune iranien, rencontré il y a bien longtemps alors qu’il était étudiant. Je lui ai téléphoné pour avoir son point de vue. La connaissance que j’ai de la communauté Iranienne présente à Lyon - je me souviens d’une manifestation place Bellecour - me parle d’un groupe de gens bien divisé ; les partisans du shah d’Iran, les communistes, les non militants, des chrétiens… Des drapeaux portent les marques de ces différences.
Des journalistes du Progrès et de la radio RCF ont rencontré mon jeune ami. Je trouve important de déposer en cette page ce qu’il exprime. Nous ne savons pas quoi faire pendant cette troisième guerre mondiale, présente en diverses parties de notre maison Terre. Mais j’estime que l’on peux être indifférent à ce qui se vit de dramatique.
Prions.
A 4 000 km des révoltes, les Iraniens de Lyon face à la « culpabilité des survivants »
D'importantes manifestations secouent la République islamique d'Iran depuis la fin du mois de décembre, appelant à la fin du régime des mollahs.
Plus de 2500 personnes ont été tuées dans la répression violente d'après des ONG. A Lyon, à 4 000 km de Téhéran, la diaspora iranienne oscille entre angoisse et culpabilité.
Place Bellecour, 17 h 30. Derrière leur visage souriant et leur français parfait, Timothée Amini et Maedeh Khansari, cafés à la main, cachent des histoires dont les apparences ne disent rien.
Lui est arrivé en France en 2011 pour des études de théologie, envoyé par l'évêque de Téhéran. Son dernier été en Iran, celui de 2017, pour passer des vacances en famille. Timothée Amini est arrêté par le gouvernement iranien, incarcéré dans la prison d'Evin à Téhéran, symbole de la répression politique du pays. Après trois mois de prison, le jeune homme est libéré sous caution pour assister à son procès. Coût de l’opération : l'équivalent de 130 000 euros, dans un pays où le salaire moyen est de 170 €. En sortant, Timothée Amini fuit vers la France avant son procès qui le condamnera à 10 ans de prison ferme pour « atteinte à la sécurité nationale, espionnage et appartenance à un mouvement islamo-marxiste ».
Maedeh Khansari, elle, a quitté l'Iran pour Lyon en 2018. Amie proche de Timothée Amini, elle est interrogée à deux reprises l'été de son arrestation. Leur tort commun : gérer des églises clandestines. Chrétiens pratiquants, les deux ont aujourd'hui le statut de réfugié politique en France et travaillent dans l'informatique, à Lyon.
Des nouvelles sporadiques de leurs proches
Leurs parcours en disent long sur leur engagement. Depuis 20 ans, les deux trentenaires, résolument à gauche et à l'érudition rare, se battent pour une chose : la liberté du peuple iranien. Timothée rappelle que la révolte « n'a pas commencé il y a quatre semaines, ça fait 47 ans qu'elle dure », depuis l'arrivée des mollahs au pouvoir en 1979. « Ça fait 130 ans que les Iraniens se battent pour leur liberté », ajoute Maedeh.
Alors, depuis Lyon où ils vivent, c'est sur les réseaux sociaux que les deux Iraniens suivent tant bien que mal les importantes manifestations anti-régimes. « J'ai dû dormir 7 ou 8 heures en cumulé sur les 5 derniers jours, je passe ma vie sur mon téléphone », raconte Timothée Amini.
Leurs parents à Téhéran n'avaient pas donné de nouvelles depuis 6 jours pendant le black-out volontaire du régime. Quelques minutes avant notre rencontre, ils ont pu échanger brièvement avec eux. « Ça allait », confie timidement la femme de 36 ans. «Ils ne peuvent pas trop en dire par téléphone, nos familles sont surveillées», expliquent-ils.
Voudraient-ils être dans la rue en Iran aujourd'hui ? Leurs regards se perdent dans le fond du bistrot propret de la place Bellecour. Leur silence vaut mille mots, et l'on comprend que c'est la question qui hante une bonne partie des 4 000 Iraniens vivants à Lyon.
La « culpabilité du survivant »
Maedeh Khansari peine à cacher son émotion. Les yeux embués, elle met des mots sur ce sentiment : « survivor guilt », dit-elle, la « culpabilité du survivant.»
«Si je réponds oui, on me demanderait pourquoi je n'y vais pas », pense Maedeh. « Je suis ici physiquement, mais mon cœur est là-bas, mon esprit est là-bas. Et cette culpabilité du survivant, c'est vraiment terrible : tu te vois toi ici en sécurité et en même temps tu vois les photos des manifestations, des morts, et tu ne peux rien faire », exprime la réfugiée. Un désarroi « psychologique » pour l'Iranienne, qui « aimerait pouvoir crier sa colère intérieure. »
Timothée Amini aussi se sent « coupable. »«Mon cœur est dans la rue aujourd'hui, comme en 2022 où j'aurais voulu être à côté de mes frères. » « Ce sont des personnes qui sont dans la rue héroïquement: elles donnent leur vie littéralement pour avoir une vie normale.»
Les révoltes actuelles « n’ont rien à voir avec celles d’avant » estime le réfugié politique. « C'est un mécontentement économique, sociétal, social. Et en plus, contrairement aux manifestations Femme, Vie, Liberté, de 2022. la géopolitique entre en compte cette fois. »
Pour lui comme son amie, la « pire chose » serait « une intervention extérieure». «C'est au peuple iranien de décider, pas à Trump, pas à l'Occident qui veut absolument placer le Shah d'Iran qui a été vomi par la révolution de 1979 », somme Maedeh Khansari. Pourtant impliqués dans la vie religieuse, les deux réfugiés ne souhaitent pas non plus un gouvernement religieux : « Il y a un rejet du religieux, n'importe lequel », assure le trentenaire. « En Iran, on a une blague : on dit qu'on a la liberté d'expression mais après l'expression on se fait arrêter. Alors aujourd'hui, si on devait demander qu'une seule chose ce serait la liberté après l'expression », sourit Timothée Amini. Un trait d'humour comme pour garder espoir, « ce qui ne disparaîtra jamais ».
- Hugo Francés
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