La majorité qui est en place a déployé beaucoup d'efforts, cette humanité-là, est louable ; cela doit continuer, quels que soient ceux qui seront élus
Sous les magnolias à Lyon, le père Christian Delorme continue de lutter contre le cancer qui le touche à l'age de 7 5 ans. Photo Maxime Jegat
Les élections dimanche prochain.
Je pense évidemment à la ville de Lyon. Et je donne à lire cette page qui concerne directement les habitants de cette agglomération. Il peut y avoir quelques correspondances pour d'autres lieux.
Je dépose aussi cette page en pensant à ce qui précède dans ce blogue, notamment la page du 8 mars
Père Christian Delorme : «N'oubliez pas que vous êtes dans la ville de Jean Moulin»
Malgré son cancer du pancréas contre lequel il se bat depuis plusieurs mois, le père Christian Delorme a tenu dans un entretien exclusif au Progres à « tirer l a sonnette d’alarme ». Il appelle les candidats à « préserver l'humanisme lyonnais » en particulier sur les questions migratoires. À une semaine du premier tour des élections, celui qui a été à l'initiative de la Marche pour l'égalité et contre le racisme partie de Vénissieux en 1983, revient aussi sur l'affaire Quentin Deranque.
D’où nait votre envie de prendre la parole une semaine avant le scrutin?
« La question migratoire est une question extrêmement difficile et la tendance, quelles que soient les opinions que l'on peut avoir, est souvent à simplifier, à caricaturer. Ce n'est pas vrai de dire que tous les migrants sont beaux et sont gentils. Ce n'est pas vrai, non plus, de dire que l’immigration est toujours une chance pour la France, mais elle est aussi une chance pour la France et la majorité des migrants sont des hommes et des femmes qui ont beaucoup souffert et qui ont ici le désir de vivre en paix
Alors, quand on voit ces jeunes migrants, notamment aux Chartreux (Lyon 1°), qui sont dans des conditions de vie inhumaines, et bien ça ne fait pas l'honneur de notre cité. C’est vrai que la majorité qui est en place a déployé beaucoup d'efforts, parfois avec maladresse, en ne sachant pas toujours expliquer comme il aurait fallu, mais cette humanité-là, elle est louable. Et moi, personnellement, de par mon histoire, de par m a responsabilité morale, je tiens à le dire et à dire de toutes mes forces que cela doit continuer, quels que soient ceux qui demain seront à la tête de la Métropole ou de la Ville. Pour moi, c’est absolument nécessaire.
On sent que vous craignez un retour en arrière, selon qui viendraient à prendre les rênes des collectivités lyonnaises.
« Oui, parce que parmi les partis qui peuvent prétendre à la direction de cette ville et de cette métropole, certains tiennent des discours simplistes et d'hostilité aux migrants. Par exemple lorsqu'ils affichent : “Il ne doit pas y avoir la moindre concession faite aux gens sans papiers” [Le Progrès n’a pas pu attribuer cette citation à un candidat précis, NDLR]. Mais la définition même de ces migrants qui ont fui leur pays, c'est que quand ils arrivent ici, ils sont sans papiers. Lyon a une longue histoire humaniste, enracinée dans le christianisme mais aussi dans des courants maçonniques, il ne faut pas la nier, il y a une longue histoire.»
L a politique migratoire de la majorité actuelle a été accusée de créer « un appel d'air" de nouveaux migrants dans la ville. À raison ?
«C'est en partie vrai pour deux raisons. D'une part, il y a des départements, c'est le cas de celui du Rhône, qui ne prennent plus en compte les demandes des mineurs isolés. Et donc, il n'y a plus qu'à Lyon pour revenir. Et puis l'autre phénomène, mais qui est un phénomène mondial, c'est que les migrants et bien ils cherchent plutôt refuge dans les grandes villes, parce que c'est là qu'il y a le plus de possibilité à la fois de vie relationnelle, mais aussi lorsqu'ils cherchent du travail, et qu'ils n'ont pas les papiers, des possibilités de travail non régulier, au noir. »
Dans les faits qui ont abîmé la cohésion sociale ces derniers temps, il y a évidemment la mort de Quentin Deranque, à propos de laquelle vous parlez de déshumanisation.
«J'ai été, comme j’espère tout le monde, profondément ébranlé par cette horrible mort pour plusieurs raisons. On ne peut pas tuer quelqu'un parce qu'il n'a pas les mêmes idées que vous, et puis, quel manque d'humanité pour frapper quelqu'un à la tête ! C'est-à-dire que c'est la négation même que celui qui est à terre est un être humain. Qui imagine qu'on peut se relever sans mal de coups de pied reçu dans la tête ? Dès lors que ce sont des gens qui sont quand même intelligents, ceux qui ont commis cela, là il y a une déshumanisation.
Il faut absolument qu'on fasse bloc tous pour que pareil déshumanisation, qu'elle vienne de l'extrême droite ou de l'extrême gauche, ne se développe pas dans notre cité. L'aspect de l'homme doit être au centre et ne brade, pas la dignité de l'homme, qu'importe les idées, les origines et s'il a des papiers ou pas.
Si vous aviez un message aux candidats, lequel serait-ce ?
Je tiendrais un discours ouvert, laïc, je dirais : « N'oubliez pas que vous êtes dans la ville de Jean Moulin. Et que cela nous oblige à respecter l'homme, parce que Jean Moulin », s’il a résisté, c'est parce que la nation était en danger, parce que des hommes, des femmes étaient emmenés dans les camps d'extermination. La loi du plus fort, sans respect de l'humanité, la négation de l'humanité de l'autre était en train de gagner du terrain. Là où j'ai quand même de l'espérance, c'est que Lyon est une ville qui a une longue tradition d'humanisme. Quand je regarde l'histoire, l'avantage d'avoir 75 ans, c'est qu'on a déjà beaucoup vécu et qu'on a pu voir beaucoup de choses. Moi, j'ai connu beaucoup de maires de Lyon, ce qui m'a toujours frappé, c'est un souci de la modération, d'un refus de l'invective, de la violence, du mépris de l'autre. Et je souhaite que cela reste ».
Recueillis par Hugo Francés
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