Jacques Ellul La subversion du christianisme ; comment voyons-nous la perversion du politique dans l’annonce de l’Évangile, suite
La vision de la Croix pendant la bataille du Pont Milvius entre Constantin I et Maxence (détail), Musée du Vatican, École de Raphaël (1483–1520). Photo : Public domain, via Wikimedia Commons.
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Le regard de Bernard :
Commentaire du chapitre V
l’influence de l’Islam :
Comment l’Islam a influencé Le christianisme ? Les deux religions ont une vocation universelle. De plus l’islam n’a cessé d’étendre son empire du IXème au XIème siècle. Il est arrivé jusqu’à Poitiers et aussi on l’oublie jusqu’à Lyon. Avec l’arrivée des Turcs il a menacé l’Autriche, la Hongrie et les Balkans. Dans ce contexte de guerre permanente comment l’Islam a influencé le Christianisme ?
Son influence s’est faite non seulement dans le domaine politique mais celui de la philosophie avec Averroès et Avicenne qui nous ont fait connaitre Aristote. On peut noter aussi dans les domaines du calcul, l’algèbre, l’architecture et la musique. Cela veut dire qu’il y avait des relations culturelles, des échanges intellectuels souvent à sens unique car les pays européens étaient considérés comme barbares.
Bref, beaucoup d’échanges, mais quelle influence sur la théologie ? La pensée grecque transmise par les musulmans arabes (Averroès) a influencé la théologie (cf Saint Thomas d’Acquin) ; elle est transmise en langue arabe. Le droit canon se répand à l’image de l’Islam ; l’esprit juridique pénètre l’Eglise. Le pouvoir politique devient de droit divin par imitation de l’Islam. Dans le domaine de la guerre les croisades sont inspirées des djihads.
La guerre est inhérente à l’Islam. Pendant des siècles, des djihads et la guerre se sont répandus par la moralisation des conquis. La guerre est contraire à l’Evangile. Au contraire dans l’Islam la guerre est juste et constitue un devoir sacré. Le djihad est une guerre sainte pour ramener les infidèles à l’Islam.
L’identification de l’Islam à la nature a conduit le christianisme à reconsidérer la nature non pas comme mauvaise mais source de révélations. Il faut alors contraindre les hommes à être chrétien et à retrouver la Nature source de révélation par la contrainte comme avec l’Islam. Charlemagne convertit de force les saxons comme l’a fait l’Islam pendant deux siècles avant lui. L’idée de guerre sainte est directement issue du djihad musulman. Ce n’est pas d’origine chrétienne. Il y a beaucoup de raisons à l’origine des croisades : économiques, politiques, assoir le pouvoir des rois ou empereurs en affaiblissant les princes, profit des banquiers génois, florentins, barcelonnais. Mais c’est l’exacte imitation du djihad avec sa promesse du paradis.
Il y a là une subversion du christianisme. La non-violence, la non-puissance de Jésus se transforme en Guerre. Mais il fallait aller plus loin et vient le concept de la guerre juste pour assoir le pouvoir des empereurs et rois chrétiens et céder à la tentation de puissance, de violence et de domination.
Ce qui fait être chrétien c’est la conversion. Par le baptême il y a nouvelle naissance. Le baptême cesse progressivement d’être le signe de la grâce pour être l’instrument du salut. Dès lors on baptise les enfants à la naissance pour les sauver du péché originel. Le salut vient à la naissance, mais comme en même temps on valorise la nature l’âme est naturellement bonne. La formule « anima naturaliter christiana » qui est l’exact pendant du « musulman naturel » être chrétien devient un statut de société. Cette superposition de la chrétienté à l’Eglise est l’exact réplique de la société musulmane. C’est l’inverse de ce qui est montré dans l’Evangile et Paul. Si la nature humaine est raccordée à Dieu alors il n’est pas nécessaire que Dieu vienne parmi nous. L’imitation de l’islam a évacué, inconsciemment, la mort de Jésus-Christ.
Deux aspects où le christianisme est influencé par l’Islam : la mystique et l’obéissance. Dans la Bible il n’est guère de mystique. Dans l’Ancien testament on a des prophètes, dans le nouveau des apôtres. Il nous est demandé d’imiter Jésus-Christ mais en rien de nous unir à Dieu avec notre ascèse. Il ne s’agit plus selon Paul de regarder vers le ciel, mais d’être sur la terre, et de vivre de façon concrète la volonté de Dieu accomplie en Jésus-Christ. L’influence de l’Islam est décisive dans le développement de la mystique comme expression de la foi chrétienne.
Dans la Bible Dieu laisse la liberté, rien n’est prédéterminé. Dieu rentre en dialogue avec l’homme pour le mettre en garde, pour l’associer à sa volonté, jamais pour le contraindre. Il n’y a pas de fatum, de destin préétabli dans la Bible. Tout est remplacé par l’amour et c’est là qu’insidieusement l’Islam va introduire le destin. Cette logique à ramener Dieu dans l’esprit romain du fatum va être amplifier : Dieu est tout puissant ce qui n’a rien à voir avec le Dieu biblique, Dieu de liberté. Cette transformation du Dieu de liberté de la Bible en Dieu destin dérive de la pensée musulmane.
Nulle part la femme n’a été asservie plus que dans l’Islam.
Les musulmans ont pratiqué l’esclavage du Xème au XVème siècle. C’est une influence directe sur la pratique de l’esclavage par les occidentaux qui n’avaient de chrétiens que le nom.
Le mécanisme de colonisation par les arabes de l’Afrique inspirera les européens.
Pour se lancer à la poursuite du mirage de l’islam efficace au XIIème siècle et ensuite en l’imitant par la guerre sainte (les croisades) la colonisation, l’esclavage, le retour du destin , le commerce, on a oublié l’authenticité de la Révélation en Christ.
Commentaire du chap VI :
la perversion politique
L’Eglise nouvel Israël est apolitique. A l’origine dans l’Ancien testament la politique c’est l’idolâtrie. (Cf. le royaume des juges, l’ecclésiaste tout est vanité.)
Dans l’Evangile l’état est porté à dérision, sans importance. Ex : rendez à César ce qui est à César, aller chercher la pièce d’argent pour payer l’impôt dans la bouche d’un poisson, la tentation au désert de Satan de devenir maître du monde, la dérision de Jésus face à Pilate.
L’attitude de Jésus est anti étatique, antipolitique. C’est une position anti-idéologie. Ce qui est prôné c’est l’anarchisme, mais pas celui, violent, du XIXème siècle.
L’interprétation politique du christianisme est fausse. Spiritualiser le Jésus politique ne tient pas (Cf Jésus révolutionnaire). Sans Jésus, les disciples se maintiennent alors qu’un leader politique n’aurait pas traversé les siècles. La thèse de la spiritualisation de Jésus ne tient pas.
A partir du IVème siècle et la conversion de Constantin l’Eglise de vient politique. Le miracle de la conversion de Constantin lors de la bataille du pont de Milvius est mis en doute. Car la croix apparut dans le ciel ne peut être un signe chrétien. L’Evangile s’adresse aux pauvres dans la Bible : Samuel le suppliant, David et son combat contre Goliath, Moïse est bègue, Saul le plus petit… Dieu ne s’appuie pas sur des puissants.
Avec Constantin le christianisme devient religion d’Etat. Il s’établit une relation complexe entre le pouvoir politique et la réalité chrétienne. Omis potesta a Deo, toute puissance vient de Dieu. Alors l’Eglise est une puissance politique. Elle accepte d’être associée au pouvoir en place. Elle sert de légitimation et devient l’instrument de propagande du pouvoir en place.
Le crime de l’Eglise est la justification du pouvoir et de l’action politique. Elle a pu développer une théologie de la libération qui soutient les pouvoirs montants dans l’opposition ,en bonne position, pour renverser les pouvoirs en place et devenir des dictatures.
L’Eglise achète la possibilité de se maintenir au prix de consensus. Le pape devient chef d’Etat, gage d’unité au moment de la fragmentation des nations, des seigneureries et des Etats. Mais il va tomber dans les travers des Etats, besoin de s’agrandir, corruptions, sexe et développement des arts et du patrimoine.
Elle va être amené à faire du droit et ainsi organiser la société. Qui dit droit dit intérêt. Au XIXème siècle va se développer la morale du travail, chère à la bourgeoisie. Les évêques sont chargés de tâches administratives (cf. St Augustin déjà au 4ème siècle) La résolution des crises se fait par des textes juridiques qui structure l’organisation administrative. Elle a préféré le droit à la vérité du Christ.
Cependant l’Eglise a un double visage. Il y a toujours eu un courant spirituel révolutionnaire. Au moment de la Révolution française, l’Eglise de l’ombre des prêtres insermentés s’oppose à l’Etat qui impose la constitution civile du clergé. On peut aussi signaler le cardinal Wyszynski en Pologne du temps de l’URSS contre l’oppression du régime communiste et les restrictions religieuses en Pologne.
Jésus dans l’Evangile dit : je suis venu apporter un feu sur la terre. La Révélation conduit à une rupture personnelle et collective. Or l’Eglise s’est structurée en réseau calqué sur l’empire romain. Elle a séparé le corporel et le spirituel. C’est une subversion du christianisme. C’est une négation de l’incarnation.
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