Retraité, le prêtre, un autre Christ, sacerdos alter Christus, ne peut se réduire à boucher les trous dans le don des sacrements - la messe

Publié le par Michel Durand

La semaine passée, au cours d’un repas avec des collègues prêtres retraités j’ai entendu un récit que je juge extraordinaire. Cela concerne la vie toute banale des paroisses vue du côté de l’eucharistie dominicale.

 

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Les célébrations dominicales sans prêtre. Le nombre de prêtre décline le nombre des messes aussi. Mais de nombreux laïcs des équipes liturgiques assurent la conduite de célébrations dominicales sans prêtres. Quelles sont-elles ? Quels en sont les enjeux ? Revue Croire


La paroisse concernée par ce récit est tenue par une société de prêtres qui a récemment reçu un nombre non négligeable de jeunes prêtres, disons des prêtres de moins de 50 ans. Entendre ce témoignage m’a donné envie de publier en cette page un texte que j’ai écrit cet été à propos de mon emploi du temps quand sera venu, après onze ans de présence, le moment de laisser à d’autres la charge curiale de la paroisse Saint-Polycarpe. Le titre de ce poste résume le contenu de ma méditation ; je développerai ci-dessous.

Venons-en au récit.

Samedi soir, 22 heures, une personne de l’équipe liturgique de la paroisse téléphone à mon ami, prêtre ouvrier en retraite depuis de nombreuses années. Un homme très gentil qui a le cœur visible sur la main et ne refuse rien. Cette dame, connue du prêtre ouvrier, explique le pourquoi de son téléphone tardif : « Voilà, à la messe de 18 h ce samedi, les fidèles étaient bien là, mais il n’y avait pas de prêtre. Le curé, en déplacement, s’est certainement fait remplacer et pourtant personne n’est venu ».

Mon ami s’est empressé de demander si les laïcs présents, notamment ceux de l’équipe liturgique, avaient célébré la liturgie de la parole et avec le psaume chanté quelques cantiques. Il semble bien que quelque chose fut fait, mais je n’ai pas, dans le récit, obtenu de précisions. Le problème principal demeure l’absence de liturgie eucharistique, également pour la messe de demain dimanche.

« C’est ce que, poursuit la dame de l’équipe de liturgie, je suis presque certaine que, s’il n’y eut personne aujourd’hui, il n’y aura personne demain. Il faut absolument, Père, que vous veniez nous dépanner ».

Ce que fit le bon père.

Les fidèles laïcs présents ne pouvaient-ils pas vivre en absence du prêtre, la prière du matin, l’office de début du jour, par exemple. Ne pouvaient-ils pas proclamer les textes du jour et partager avec tous les fidèles une universelle prière ?

Et voici mon commentaire au récit de ce prêtre en retraite : « je ne suis pas certain que tu aies rendu service à la communauté en acceptant de célébrer l’eucharistie. N’est-ce pas les empêcher d’assumer leur responsabilité de baptisés ? Que tu en profites pour expliquer l’Évangile comme tu le penses, ainsi que tu le dis, est une chose comme d’affirmer que tu n’as besoin ni de soutane ni d’amict pour célébrer… combler le trou de la mauvaise organisation des prêtres et la préparation insuffisante des catholiques à vivre  seuls un temps de prière en est une autre. »

Bref un cas concret qui mériterait une profonde méditation, réflexion et discernement. C’est dans ce processus que je me suis engagé avec le texte rédigé cet été que je commence à diffuser autour de moi notamment pour éveiller la responsabilité des baptisés. Qu’en penserait la conférence des baptisés de France ? Je n’ai pas encore eu l’occasion de participer à l’une de leurs rencontres.

 

Le texte en question 

Au cours de ma retraite annuelle, fin août, cette année au centre spirituel du Prado à Limonest, j’ai entendu et approfondi l’invitation à quitter la charge pastorale de curé sur la paroisse St Polycarpe des pentes de la Croix-rousse.

J’ai alors tracé une hypothèse de profil au 1er septembre 2014 me concernant.

 

- Je garde ma participation à l’équipe Prado du comité de rédaction de Quelqu’un parmi nous

- Je garde mon engagement à l’Association Chrétien et pic de pétrole et au laboratoire qui lui est lié dans une collaboration heureuse avec la communauté des pères Jésuites de la rue Sala  Lyon.

- Je garde mes engagements à l’Association Confluences qui, tout en étant du type Loi 1901 ne souhaite pas agir sans liens étroits avec l’Église à Lyon.

- Je garde ma participation aux équipes Reliance en tant que conseiller spirituel, sauf avis contraire des animateurs de Reliance.

- Vu les demandes émanant du milieu artistique, et l’ampleur que cela a pris ; vu le concret du dialogue et du service accompli en ce domaine qui n’est autre qu’un terrain d’évangélisation, je maintiens ma participation à la biennale d’art sacré actuel organisée par Confluences, en lien très étroit avec les paroissiens de la paroisse Saint-Polycarpe des pentes de la Croix Rousse et également en un lien essentiel avec le service catholique ars, cultures et foi du diocèse de Lyon.

Mais, en aucun cas je n’assurerai la fonction de commissaire des prochaines biennales, même si celle de 2015 est déjà engagée.

Des propositions de commissaires ont été faites et n’ont pas été agréées par l’autorité épiscopale. D’autres doivent venir. Si celles-ci ne sont pas ecclésialement reconnues, ce sera la fin de la biennale. Je ne trouve, en effet, pas souhaitable, que la réalité de la biennale se développe en dehors de l’Église bien que cela soit techniquement possible.

- Suite à plusieurs échanges avec, d’une part le vicaire général mission et d’autre part l’évêque, il est apparu qu’une orientation des locaux propres à la paroisse Saint-Polycarpe s’ouvrant à toute l’agglomération est envisageable. Ils apportent la richesse du patrimoine à des initiatives contemporaines d’évangélisation en lien notamment avec d’actuelles créations artistiques. Les rencontres à propos de l’église du Bon Pasteur, malgré la dramatique complexité de cette situation, ont alimenté la réflexion de l’union indispensable du culte et de la culture.

- Enfin, dans le contexte d’une évangélisation toujours à renouveler ou à actualiser, il a été reconnu, notamment en présence du vicaire général mission au cours de rencontre avec l’EAP, l’importance, pour une juste écoute des personnes, de maintenir une présence pastorale complémentaire aux propositions voisines.

- Donc, ceci dit, vu la tradition de mandats dans les fonctions ecclésiales ne dépassant pas les neuf années, j’ai accepté (j’accepte) d’être déchargé de la charge de curé de la paroisse Saint-Polycarpe des pentes de la Croix-Rousse.

J’engage les fidèles du Christ de cette Assemblée à renforcer leurs liens ecclésiaux, notamment dans une ouverture missionnaire envers les plus éloignés du Christ, portant un soin particulier envers celles et ceux qui sont hors clous de la morale catholique.

- Je souhaite fortement et pastoralement que, même si les bâtiments de Saint-Polycarpe ne peuvent plus être au service d’une paroisse pour les raisons objectives d’un manque quantitatif d’activités strictement paroissiales, ceux-ci demeurent ouverts à une vie cultuelle où sont prises en compte les diverses périphéries. En ce sens, le lien avec arts, cultures et foi me semble vital, car une présence effective dans le monde des artistes ne peut être sans lieu référentiel concret pour toute une agglomération. Les 12 années d’engagement pastoral dans cette direction, vécues avec profit par les membres des Équipes d’animation pastorale de la paroisse Saint-Polycarpe invitent à maintenir cette orientation.

- Je me mets à la disposition de l’Église comme prêtre en retraite, auxiliaire, tout en projetant d’organiser mes journées afin qu’elles puissent répondre à mon désir de retirement.

- L’Institut des Prêtres du Prado m’a demandé si je souhaitais me mettre au service des maisons du Prado (13 rue du Père Chevrier & Les Clochettes à Saint-Fons) ; j’ai accepté d’étudier cette proposition d’autant plus facilement que cela correspond à un désir que je m’étais plus ou moins clairement formulé tout en en parlant à des confrères pradosiens.

Le logement proposé pour ce service pastoral devra répondre aux critères propres –même en milieu urbain- au type ermitage.

 

Limonest, 31 août 2013

Publié dans Eglise

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