L’Église, en vertu de l’Évangile qui lui a été confié, proclame les droits des hommes donne un nouvel élan à ces droits, dynamisme de notre temps

Publié le par Michel Durand

Appel au respect de la dignité humaine – Novembre 2021

Appel au respect de la dignité humaine – Novembre 2021

Alors que la question du génocide ne peut être évacuée, j'ai le plaisir de déposer en ce lieu, un texte de Robert Divoux, prêtre de 96 ans. Pradosien du diocèse de Toulouse. Il fut « prêtre-ouvrier », c'est-à-dire qui a exercé un travail salarié dans le monde ouvrier, au contact de ses réalités sociales. 

À propos de la dignité humaine et des droits de l’homme

 

1. La dignité humaine, fondement des droits de l’homme

Dans la société actuelle, les relations humaines deviennent de plus en plus virtuelles, et l’intelligence artificielle occupe une place croissante. Il est donc urgent de replacer la personne humaine, sa dignité et ses relations avec autrui au centre de nos préoccupations. En effet, la dignité humaine constitue le fondement essentiel et inconditionnel des droits de l’homme.

Mais il faut commencer par lever une ambiguïté liée au sens du mot « dignité », ou de l’adjectif « digne ». Dans la vie courante, ces termes sont souvent employés dans un sens très limité, associé seulement à l’estime, à la considération ou au mérite.

Par exemple, on peut entendre : « Il avait trop bu, il a dit n’importe quoi, il a perdu toute sa dignité » ; ou encore : « Il n’a fait aucun effort pour comprendre la situation ; il n’est pas digne de nous représenter. »

Dans ce sens, une personne peut effectivement manquer de dignité, voire la perdre, puisqu’alors le terme renvoie seulement à son comportement, à sa réputation, ou bien à la considération que les autres lui accordent.

En revanche, l’expression « dignité humaine » revêt un sens fondamental et universel. Elle désigne une valeur inhérente à chaque être humain, que toute personne possède dès sa naissance, sans aucune condition préalable. L’âge, le sexe, l’origine, l’état de santé ou le comportement d’une personne ne diminuent en rien cette valeur. La dignité humaine est inaliénable : elle ne peut être retirée à quiconque. Elle implique le respect de toute personne, quelles que soient sa situation et ses caractéristiques.

Ce principe est consacré dans le premier chapitre, consacré à la dignité, de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, proclamée en 2000.

Parmi les droits fondamentaux qui y sont reconnus, on peut citer en particulier :

  • Le droit à la vie (article 2).
  • Le droit à l’intégrité de la personne (article 3).
  • L’interdiction de la torture et des traitements inhumains ou dégradants (article 4).
  • L’interdiction de l’esclavage et du travail forcé (article 5).

Plus largement, le principe de dignité humaine interdit de réduire un être humain à un simple objet, à un instrument ou à un outil au service d’autrui.

Ainsi, dans le cadre des convictions de l’Union européenne, la dignité humaine ne se limite pas à une valeur abstraite : elle implique également la reconnaissance de conditions d’existence concrètes, respectueuses de la personne. Elle possède donc une dimension à la fois existentielle et sociale.

 

2. La dignité humaine selon l’anthropologie

Examinons maintenant la question de la dignité humaine à la lumière de l’anthropologie.

Dans ce cadre la dignité humaine peut être définie comme la valeur intrinsèque et inconditionnelle reconnue à tout être humain du seul fait de son appartenance à l’humanité.

 

Son fondement anthropologique :

La nature humaine

La dignité s’enracine dans la définition même de l’être humain, à la croisée de la biologie, de la culture et de la conscience.

La dignité humaine ne dépend ni de l’âge, ni des capacités mentales ou physiques, ni de la situation sociale, ni des actions de la personne. Elle est totalement indépendante à l’égard des critères individuels.

 

Les dimensions de la dignité humaine :

La dimension relationnelle :

L’anthropologie montre que l’être humain se construit et se reconnaît comme un sujet au sein d’un groupe et à travers ses interactions avec autrui. Les relations humaines jouent donc un rôle essentiel dans la manière dont chacun se découvre et est reconnu comme une personne.

 

La dimension ontologique :

La dignité humaine constitue une valeur fondamentale, absolue et inaliénable. Elle ne peut jamais être perdue, quel que soit l’état dans lequel se trouve une personne.

 

3. La dignité humaine dans la pensée actuelle de l’Église catholique

Qu’en est-il de la conception actuelle de la dignité humaine dans l’Église catholique ?

Un premier texte très important pour comprendre la pensée actuelle de l’Église se trouve dans la Constitution pastorale Gaudium et spes de 1965 qui relie déjà la dignité humaine et quelques droits fondamentaux. Le mot « dignité » revient 52 fois dans cette Constitution ! Ici je sélectionne deux autres passages : en 21,3 : « L’Église enseigne, en outre, que l’espérance eschatologique ne diminue pas l’importance des tâches terrestres, mais en soutient bien plutôt l’accomplissement par de nouveaux motifs. » Et cet autre, en 41,3 : « C’est pourquoi l’Église, en vertu de l’Évangile qui lui a été confié, proclame les droits des hommes, reconnaît et tient en grande estime le dynamisme de notre temps qui, partout, donne un nouvel élan à ces droits ».

 

Il y a ensuite la déclaration Dignitas Infinita, publiée en 2024 par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Ce document affirme que la dignité humaine est « infinie », dans le sens où elle repose sur l’être même de la personne, créée et aimée par Dieu, et non sur une qualité qu’elle devrait acquérir ou mériter.

Par ailleurs, lors de son audience générale du 16 septembre 2026, le pape Léon XIV nous a tous invités à examiner les projets qui façonnent les sociétés contemporaines à partir de trois critères :

  • La dignité de la personne humaine.
  • La justice sociale.
  • La libre participation à la construction du bien commun.

Selon Léon XIV l’avenir de l’humanité dépend notamment de l’engagement de chacun à collaborer avec Dieu et avec ses frères et sœurs afin de construire un monde plus humain.

Dans la pensée de l’Église catholique, la dignité humaine désigne donc la valeur propre et inaliénable de toute personne. Elle ne dépend ni de ses capacités, ni de son utilité, ni de sa situation sociale, ni même de ses actes. Et elle est universelle : elle appartient à chaque être humain sans distinction. Elle n’est donc pas liée à sa naissance, à sa richesse, à son état de santé, à son handicap, à sa nationalité ou à ses mérites.

 

4. Conclusion

On constate ainsi une convergence importante entre la conception de la dignité humaine défendue par l’Union européenne, celle de la République française (liberté ÉGALITÉ fraternité) et celle de l’Église catholique. Toutes trois reconnaissent, chacune dans son propre cadre de référence, la valeur fondamentale de la personne humaine et l’importance de son respect. D’où en particulier le rejet de la peine de mort.

La dignité humaine demeure donc un principe essentiel pour penser les droits de l’homme, les relations sociales et l’avenir de nos sociétés.

Cependant certaines questions éthiques, telles que l’avortement ou l’aide à mourir, font apparaître des différences d’approche. Elles soulèvent encore des débats importants dans nos sociétés afin d’affiner notre accord sur la manière de protéger la dignité humaine.

C’est donc "à suivre"…

Robert Divoux – 24 septembre 2026

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article