Robert Beauvery, octobre 2009

Publié le par Michel Durand

Aux  amis et Communautés, ainsi qu’aux internautes qui prennent une part à mes épreuves de santé, dans le mystère de l’intercession fraternelle.

 

 

Chers tous,

 

Après plus de 2 mois d’absence, j’ai rejoint l’appartement, un studio confortable de 48 m2, occupé depuis 30 ans. Je retrouve le cadre de vie et de travail, une sécurité, une accoutumance, une identité, selon l’adage : « montre-moi ta chambre et je te dirai qui tu es ». Déjà dans l’Evangile, aux disciples désireux de le mieux connaître, et de voir où il habitait, Jésus répondait : « VENEZ ET VOYEZ » Jn. 1,39 cf. Lc 2, 16-18, encore plus significatif !

En revanche, la privation de domicile, un des besoins essentiels de la vie personnelle, familiale, sociale, pénalise gravement l’homme, rejeté dans la rue ou dans les jungles comme celle de Calais. Situation intolérable que nous ne pouvons ni ignorer ni laisser à d’autres le soin de la régler, cf. les multiples injonctions bibliques : Job 31,32 ; Ro. 12,13 ; He.13,2 ; 1 Tim.3,2 ; et des intercessions contenues dans l’Office divin…

 

  1. 1.     Je connais tous les pompiers de Lyon

Durant les 5 semaines passées au Centre gériatrique de rééducation de la Pinède, j’ai entendu la déclaration, mise en tête du paragraphe, dans la salle de kiné, un matin, émise par une femme se déplaçant en chaise roulante. Elle vit habituellement seule dans son appartement où elle tombe souvent et, le chien dans les bras, elle appelle les pompiers au secours qui la connaissent et la traitent avec humanité et certains avec affection. Le Kiné a tenté de la persuader quelle ne pouvait plus vivre seule malgré la bienveillance dévouée des pompiers et les accueils périodiques à La Pinède… Elle se refuse à quitter son appartement de toujours et à entrer définitivement dans une maison…Elle n’est pas la seule ! Le grave problème financier mis à part.

 

  1. 2.     Si ça continue je me suicide…

Durant un repas, une de mes voisines prononce cette phrase, approuvée immédiatement par une autre : « moi aussi… comme mon mari l’a fait ». Ces déclarations ne sont certainement pas à prendre au premier degré dont le mérite est la communication aux autres de son mal-être. Lequel ?

Le combat, aux multiples champs, contre la maladie, l’infirmité due à un accident, le handicap… est une chose, prise au sérieux par tout le monde ; le combat, très singulier contre les séquelles du vieillissement inexorable du corps, de l’affect, de l’intelligence, de l’esprit, devant lesquelles le patient est en définitive seul…et impuissant est une autre chose… dont la gestion est quotidiennement difficile, avec le risque d’enfermement sur soi et même d’envisager la solution radicale : le suicide. Bienheureux celui qui en parle aux autres.

 

Conclusion

 

Pour la première fois de ma vie j’ai vécu dans un espace gériatrique, avec des octogénaires, mes contemporains, que jusqu’ici je ne connaissais que de « loin » même si j’avais le même âge.

Apparemment, les signes extérieurs de pratique religieuse, sont inexistants : 4 à 5 personnes assistent à la messe hebdomadaire, sur 64 patients ; la chapelle n’est pas fréquentée… La messe TV a un peu plus de succès. L’apparence est une chose ! et le secret du cœur en est une autre que Dieu seul pénètre.

Je me suis senti dépourvu, ignorant, à la recherche d’une authentique présence à ce monde d’ hommes et de femmes qui ne veulent pas quitter leur chez soi pour entrer « en maison », qui luttent dans la nuit et, souvent, dans la solitude pour accepter l’inexorable vieillissement.


Publié dans Témoignage

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