Une Eglise au service de la « respiration » de la foi

Publié le par Michel Durand

"François est le nom de la paix, et c'est ainsi que ce nom est venu dans mon cœur", a-t-il raconté dans le cadre grandiose de l'auditorium Paul VI, à deux pas de la basilique Saint-Pierre. LeBerry.fr

 

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Chronique hebdomadaire de Bernard Ginisty du 15 mars 2013

 

Quelques jours avant sa mort, le Cardinal Martini qui fut l'un des « papabile » du dernier conclave donnait une interview intitulé : « L’Eglise a 200 ans de retard » (1).  Dans le moment historique que traverse l’Eglise catholique, l’analyse de Carlo Maria Martini me paraît particulièrement judicieuse :

« L’Église est fatiguée dans l'Europe de l'abondance et en Amérique. Notre culture a vieilli, nos églises sont grandes, nos maisons religieuses sont vides et l’appareil bureaucratique de l’Église se développe. Nos rites et nos vêtements sont pompeux. Mais ces choses expriment-elles ce que nous sommes aujourd’hui ? (…) Nous nous trouvons dans la situation du jeune homme riche qui s'éloigne tristement quand Jésus l’appelle à devenir son disciple. Je sais bien qu’il n’est pas facile de tout laisser. Mais nous pourrions au moins chercher des hommes libres et attentifs à leur prochain, comme l’ont été Mgr Romero et les martyrs jésuites du Salvador (…). Je conseille au Pape et aux évêques de chercher, pour les postes de direction, douze personnes hors du commun, proches des plus pauvres, entourées de jeunes et qui expérimentent des choses nouvelles. Nous avons besoin d’entrer en contact avec des hommes qui osent agir pour que l’Esprit puisse se diffuser partout ».

A l’heure où les media du monde entier se jettent avec gourmandise sur les fastes et rituels qui accompagnent le conclave, on ne saurait être trop attentif au risque de réduire l’Eglise catholique à un décor. Dans un ouvrage passionnant, le dominicain François Boespflug, historien, théologien, professeur d’histoire des religions à l’université de Strasbourg et spécialiste international des représentations de Dieu dans l’art, rejoint les craintes du Cardinal Martini. Analysant l’évolution des formes de vie des ordres religieux, il écrit ceci : « Le risque qu’elles courent, actuellement, c’est de se « muséaliser », de devenir un simple capital symbolique, un patrimoine, de ne plus subsister que par l’intérêt historique, touristique, idéologique qu’elles suscitent, et de constituer des « réserves micro-ethnographiques », les religieux et les religieuses se transformant graduellement en vestales d’un culte défunt, privé de souffle. Plût au ciel que jamais les ordres religieux chrétiens ne soient déclarés par l’Unesco « patrimoines de l’humanité » (2).

L’Eglise a un besoin urgent de retrouver le dynamisme profond de la foi tel que le redécouvre François Boespflug : « Je dirai que la foi est de l’ordre non de la possession, mais de l’annonciation ou de la visitation : elle vous advient, elle vous habite ou vous quitte. Vous n’en serez jamais propriétaire. (…) On compare parfois à un roc les « hommes de foi » et les « femmes de foi ». Longtemps cette comparaison m’a plu. Aujourd’hui, je n’ai plus le même enthousiasme. La foi est d’un autre ordre qu’une présence stable et solide. Elle ne censure ni le doute ni l’hésitation, rime avec fragilité et vulnérabilité. Elle a profondément à voir avec le mouvement de confiance en la vie qui s’exprime dans une paire de poumons en ordre de marche. La respiration non plus on ne la possède pas : on respire ou on ne respire plus. (…) Un vrai croyant peut se définir comme une personne chez qui la fonction vitale de la respiration théologale est à peu près en état de marche » (3).


 

(1) Interview posthume réalisé par Georg Sporschill, jésuite, le 8 août 2012, relu et approuvé par le cardinal Martini qui devait décéder le 31 août. Publié le 1er septembre 2012 dans le quotidien italien  Corriere della Serra, Traduction française parue dans l’hebdomadaire La Vie du 6 septembre 2012 

(2) François BOESPFLUG : Franc Parler du Christianisme dans la société d’aujourd’hui. Entretiens avec Evelyne MARTINI. Préface de Jean-Paul VESCO. Editions Bayard, 2012, page 181 

(3) Idem, pages 114-115 

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