« Le migrant, notre prochain ». L’actualité ukrainienne contribue à faire changer nos regards sur les migrants et les politiques concernées

Publié le par Michel Durand

« Le migrant, notre prochain ». L’actualité ukrainienne contribue à faire changer nos regards sur les migrants et les politiques concernées
Photo de jricard sur Unsplash

Je rédige cette page en introduction à la rencontre programmée par le groupe Libre parole qui invite à une soirée : « le migrant, notre prochain » qui se tiendra le mercredi 30 mars 20 h 30 à la maison paroissiale Saint-Maurice, 13 rue Saint Maurice Lyon 8e.

 

Tous électeurs

À propos des élections, l’Antenne sociale de Lyon a tenu une rencontre invitant à réfléchir sur les enjeux des présidentielles et législatives. Plusieurs groupes de réflexion furent mis en place. Je me trouvais dans celui sur les migrants avec la charge d’en être l’animateur. Goulven, secrétaire du groupe, devait en présenter les grandes lignes en quelques minutes. Voir ci-dessous son compte-rendu.

 

Présentation de ce temps de réflexion

L’Antenne Sociale a fait le choix de proposer une soirée sur les élections présidentielles, soirée qui aura lieu le 10 mars à 18h30. Nous souhaitons reprendre le modèle « grand débat » avec un premier temps de présentation, suivi d’échanges en ateliers. Nous nous rapprochons d’autres mouvements ( CCFD, ATD…) qui pourraient être intéressés par une participation.

L’idée serait de réfléchir sur les « grands thèmes » qui reviennent chez les candidats : pouvoir d’achat, sécurité, migrants… ce qui donnerait les sujets des ateliers.

 

Compte rendu de l’atelier sur les migrants (Antenne sociale, 10 mars 2022), par Goulven

Animé par Michel Durand, qui est à la fois prêtre du Prado, cheville ouvrière des « cercles de silence » et membre de la « coordination urgence migrants », cet atelier rassemble six personnes qui, toutes, ont participé à l’accueil de réfugiés et/ou se disent intéressées par cette question.

La première partie des débats porte sur le vocabulaire qui est utilisé pour parler des « migrants » : « étrangers », « réfugiés », « déplacés », « exilés », « dublinés », « immigrés »… Nous réfléchissons singulièrement aux significations du mot « migrant », qui nous apparaît comme un terme fourre-tout, dé-personnalisant, comme un terme dépréciatif donc, qui charrie chez certains des peurs, voire des fantasmes d’invasion. Les « cercles de silence », sur leurs pancartes, ont opté pour l’expression « migrants par détresse » qui rappelle que les personnes exilées ne sont pas parties par plaisir de leur pays d’origine, mais poussées par la contrainte économique, chassées par la guerre, des persécutions politiques ou des problèmes d’ordre écologique… Ce premier temps de discussion est aussi l’occasion de prendre conscience du tri des migrants qui s’opère sous nos yeux : l’Europe, la France en particulier, sont bien plus disposées à accueillir des Ukrainiens que des Syriens, alors que ces derniers sont tout autant que les premiers nos frères en humanité. La distance géographique est un facteur explicatif de ce « deux poids deux mesures », autant que le racisme ambiant.

Dans un second temps, nous nous demandons si la migration est une réalité inhérente à l’humanité ou un fait d’actualité. Nous sommes d’accord pour dire qu’elle est l’une et l’autre à la fois. Nous sommes également d’accord pour constater que beaucoup de nos concitoyens, y compris malheureusement dans les milieux chrétiens, ne pensent pas comme nous : combien se plaisent à dire que les immigrés viennent en France pour toucher des aides sociales (pseudo-théorie de « l’appel d’air ») ?

Le troisième temps, le plus dense de notre conversation, porte sur les moyens de mettre en pratique notre devoir d’accueil. Comment faire ? L’un des participants reconnaît que nous nous sentons souvent démunis face aux plus démunis. Héberger des inconnus n’est pas toujours simple : la rencontre peut parfois se solder par des déceptions, des difficultés. Fort de son expérience, Michel Durand insiste sur la nécessité de solliciter une association (JRS par exemple), si l’on souhaite accueillir des migrants : l’association joue un rôle indispensable de médiation, de soutien, de mise en relation. Michel insiste sur l’importance de se former en tant que personne accueillante, car l’accompagnement de personnes de cultures différentes ne peut pas tout à fait s’improviser. Nous abordons par ailleurs la place des politiques publiques en la matière. L’accueil de personnes migrantes gagne en sérénité si les collectivités locales s’y montrent favorables : nous notons un changement positif, dans la métropole lyonnaise, depuis l’arrivée au pouvoir de la majorité écologiste en 2020. Il importe donc de lutter pour qu’évoluent les politiques française et européenne en matière de traitement des étrangers. La politique d’endiguement et de criminalisation des migrants, incarnée notamment par le dispositif Frontex, s’avère à la fois inhumaine, coûteuse et inefficace. L’argent dépensé dans ce qu’une participante appelle une « abjection écœurante » ne serait-il pas bien mieux utilisé dans l’amélioration de nos structures d’accueil ?

Dans la quatrième et dernière partie de notre discussion, nous envisageons les liens entre le fonctionnement ordinaire de notre société et les problèmes posés par les migrations. Nous convergeons sur le constat que c’est le capitalisme qui, par les inégalités inouïes, les conflits et les déséquilibres qu’il produit sur toute la planète, est le principal responsable des « migrations par force ». Un changement de modèle socio-économique est plus que jamais souhaitable. Nous évoquons de surcroît la place que les candidats à la présidentielle réservent à la question des migrations. Il nous semble que cette problématique est surtout abordée par les médias ou politiciens de droite, et ce sous l’angle délétère de la stigmatisation, dans une logique inepte de surenchère répressive. Il n’est pas écrit cependant que l’histoire aille dans ce sens. L’actualité ukrainienne peut contribuer à faire changer non seulement les regards sur les migrants, mais aussi les politiques qui les concernent. C’est du moins cet espoir de « conversion » que nous formulons au terme de nos échanges.

 

Appel aux Lyonnais

Dans l’espérance de vous rencontrer ce mercredi 30 mars, 20 h 30 à Saint-Maurice.

À noter. Il se peut que je réalise une vidéo sur cette rencontre.

René Valette, universitaire à Lyon (études sociales, géographie, économie), président pendant 6 ans du CCFD, membre associé de la commission « Justice et Paix France », devrait y être présent.