Portons un autre regard sur l’histoire de l’Église et ainsi faisons l’expérience du Royaume des Cieux. Dieu bouleverse les logiques du monde

Publié le par Michel Durand

Portons un autre regard sur l’histoire de l’Église et ainsi faisons l’expérience du Royaume des Cieux. Dieu bouleverse les logiques du monde

Source de l’illustration

 

 

 

Le regard de Bernard, suite à la lecture et l’échange, en petit groupe.

 

 

Commentaire du chapitre X de la subversion du christianisme de Jacques Ellul :

 

Eppure si muove : et pourtant il est là. (« Et pourtant elle tourne » - littéralement : « et pourtant elle bouge.»Christ ressuscité est avec nous jusqu’à la fin des temps. L’Église nait et renait sans cesse.

Jacques Ellul a examiné toute la subversion de la Révélation sans ménagement mais il n’a pas accepté tous les mensonges et violences à son égard. Ces accusations ont commencé avant la Réforme et les protestants n’ont pas été en reste. Les lumières et les antichrétiens n’ont eu qu’à emprunter ce chemin.

L’Inquisition devient le modèle de ce qu’a fait l’Église en termes de violence. Or c’est faux sauf à l’égard des cathares. On falsifie l’affaire Galilée en en faisant un martyr de la science. On fait du protestantisme le moteur du capitalisme. Or tout cela ce sont de simples mensonges.

Tout mensonge a à l’origine une part de vérité. Il faut revenir à l’exact. Au XVIIIème et XIXème siècle la bourgeoisie a perverti le Christianisme en l’orientant vers le conservatisme, l’exploitation et l’expansion en en édictant des règles ou des principes souvent anti humains (en particulier pour les femmes) mais l’erreur consiste à projeter cette perversion sur toute l’Église de tout temps.

L’attitude aurait été de reconnaitre ses erreurs et de rentrer en dialogue avec ses accusateurs. Mais l’Église s’est défendue par l’apologétique et les dogmes et dans le refus de tout ce qui changeait et en refusant l’avancée des recherches scientifiques, la démocratie, le féminisme, le socialisme.

On se fiait au droit, à l’institution, à l’autorité et au niveau individuelle à une piété désincarnée. Cette attitude obstinée et de résistance devait conduire au désastre des années 1945 à 1970 où le barrage a cédé et les chrétiens sont devenus communistes, scientistes, hyper critiques vis à vis de leur Église.

Alors il y a la question angoissante : Jésus est présent au monde jusqu’à la fin des temps. Si jésus n’est plus présent, si l’esprit ne fait pas son œuvre Qu’avons-nous à croire à espérer. Si c’est une immense trahison qu’avons-nous à espérer ? Le Saint Esprit a-t-il été vaincu ? Nous ne pouvons éviter cette question.

Eppure si muove ! cette Église démantelée, bafouée, traitresse est toujours là. Elle existe en tant que corps du Christ, Révélation du seul Dieu Père de Jésus-Christ qui continue à transmettre dans la vérité et à inspirer des vies. L’esprit est quand même présent dans l’Église ; dans la vie de chaque chrétien et il agit à travers nous. L‘esprit marque un point d’arrêt une limite. Il est insaisissable on ne sait pas d’où il vient ni où il va. Nous pouvons le considérer comme un transgresseur.

La mort est le quatrième cheval de l’apocalypse. Elle a un pouvoir destructeur sur la création. Elle laisse croire que tout est fini. Elle est puissance du mal, de décréation de

l’œuvre de Dieu. Contrairement aux idées reçues le pouvoir de la mort dans l’histoire a reçu une limite : le quatrième cheval ne peut détruire que le quart de l’humanité. Il s’agit de l’histoire et nous nous parlons de l’Église. Le texte de Job contient la même leçon. Dieu permet à Satan détruire ses possessions et ses proches. Mais il ne lui permet pas de toucher à sa personne. Il perd ses biens, sa famille, sa santé physique ou morale. Il ne touche pas à sa vie. Job est préservée de la mort. Dans la suite de ce grand texte Jésus, quand il parle de l’Église, dit après la confession de Pierre : Les portes du séjour des morts ne pourront rien contre elle. (Mt 16, 18) la mort n’a pas vaincu Jésus, il est ressuscité ; la résurrection c’est aussi celle de l’Église et les portes de l’enfer ne pourront se refermer sur elle.

Quoi que l’Église fasse, quoi qu’il lui survienne, elle ne peut être être séparée de Dieu (qui est vivant) et anéantie. Dieu tient sa promesse comme il l’a tenu vis-à-vis du peuple juif malgré ses tribulations. L’expression visible et concrète de cette résurrection est la survie de l’Église. Elle ne peut pas mourir. Si elle disparait ici elle renait ailleurs. Quelle que soit la subversion du christianisme, c’est la vie ressuscitée et la parole qui y renvoie qui a le dernier mot.

L’Église persiste au milieu de ses vicissitudes depuis deux millénaires. Elle persiste à travers ses théologiens, les grands mystiques mais aussi les courants populaires qui s’expriment et s’affirment. Chaque fois qu’il est nécessaire quand l’Église s’enlise dans ses habitudes, ou a pris un mauvais chemin, des hommes et des femmes ont établi un électrochoc, chercher un sens de la vie dans l’Ecriture.

Alors que le message évangélique paraissait définitivement exclu ou que la révélation paraissait définitivement embourbée, apparait une lumière pour éclairer ses vieux textes et leur donner une lumière qui illumine les cœurs et l’intelligence des hommes. On peut citer François d’Assise qui ébranle la catholicité de son temps et aussi Las Casas. Chacun répondait à la question centrale de son temps, même chose du côté des protestants avec Kierkegaard et Barth.

D’autres phares ont éclairé l’Église et les cœurs pour provoquer un changement profond. Ils ont pu être la possibilité que l’Esprit n’est pas vaincu, qu’il œuvre toujours et que la Bible est toujours vivante.

Au-delà des grands hommes et des intellectuels les mouvements populaires ont essaimé tout au long de l’histoire de l’Église. L’auteur en citent de nombreux qui expriment dans l’histoire la persévérance de l’action du Saint Esprit à la fois dans et en dehors de l’Église. A notre époque (au XXème siècle) la théologie de la libération et de la révolution en Amérique latine a été un réveil des mouvements populaires soulevés par l’Esprit. Il s’attarde plus particulièrement au mouvement populaire fondamentalement chrétien qu’est « Solidarnosc » de Lech Valesa en Pologne. Sans cesse cette Église bouge et ne correspond pas au modèle figé qui lui est imposé par la dogmatique de Marx ou de Weber.

C’est dans le catholicisme polonais, qui a pu apparaitre aux yeux de tant de protestants emprunts de crédulité, de simplismes, de paganisme et en se reposant sur sa foi que Lech Walesa a pu mener la partie qu’il a menée. Il l’a fait avec tactique et ruse en privilégiant le dialogue avec le parti communisme non comme l’adversaire à abattre mais l’ennemi avec qui dialoguer. Il s’est montré un leader suivi par les masses sans débordements. Or on sait combien cela est difficile car il fallait savoir quand se replier, abandonner des acquis sans perdre courage, avancer sans violence ni haine. De plus lui et ses troupes n’ont pas basculer dans l’autre camp en se gardant d’accepter l’aide capitaliste ou la tentation du putsch.

Sa réussite repose dans sa foi affirmée. Il a agi en tant que chrétien et les masses ouvrières et paysannes ont compris la réalité de l’action et n’ont pas exigé plus qu’il n’était possible. Il existe dans la foi sociologique de la Pologne catholique, souvent banale voire médiocre, la capacité à générer au moment de l’épreuve et de la décision à rallumer ce feu qui embrase l’être tout entier et donner naissance à des confesseurs de la foi, des martyrs, à des hommes qui dans la crise sont appelés à vivre chrétiens pleinement.

Le mouvement de Lech Walesa peut être assimilé à un réveil spirituel. Ce réveil n’a pu être possible que grâce à la personnalité du cardinal Wyszinski qui a su dire non au communisme et n’a pas pactisé avec le diable. Il a été arrêté, emprisonné, insulté mais il a tenu ferme. Son attitude et son influence ainsi que la foi un peu dévote et simpliste du peuple ont permis la réussite de ce mouvement et de son leader. Au contraire en Hongrie les intellectuels ont composé avec le pouvoir et n’ont pas permis de créer un tel renouveau. Dans la révolution de 68 en Tchécoslovaquie l’Église était absente.

Dans les temps modernes (les années 1984) on assiste à un renouveau de l’Église en URSS. Il n’y avait pas de Baptiste en 1914 en Russie. On peut en compter deux millions en URSS. Ce sont des néophytes, audacieux et vivants et non pas indifférents, traditionnels et neutres. La prédication de l’Évangile a pu se faire dans une société celle de l’URSS qui en 1940 avait pratiquement éradiqué la religion. Le second fait est la multiplication des intellectuels chrétiens : Soljenitsyne en est un. Ils s’inscrivent dans un christianisme directement inspiré de la Bible et assez personnel. Ce sont des intellectuels qui ont une influence et qui utilise le samizdat.

Ces mouvements se situent dans des conditions analogues à celle des premiers chrétiens vivant dans une société hostile et persécutés, maltraités. L’Église n’est pas morte et cela repose aussi sur la prière et l’action des saints de tous les jours avec une foi simple dont on ne connait pas, sauf Dieu , les actes et les œuvres au quotidien et qui pourtant font partie des saints. Cela tient à la force de l’Esprit saint et à la fidélité au Christ et dans l’ordre humain à la foi simple des humbles.

Selon l’auteur le processus de subversion du christianisme vient de l’appropriation de la parole de Dieu par le théologien, l’ecclésiastique, l’Église. Sitôt que l’on tente de s’approprier la parole elle devient inexistante. Mais c’est précisément parce qu’elle est parole qu’elle peut être redite à nouveau. Et tout recommencer.

La subversion du christianisme implique toujours une transgression. Toute organisation ecclésiale, toute institution sociale fondée sur l’Évangile est une transgression. Le processus entre la relation de Dieu et de l’organisation humaine n’est pas une destruction. Et ce qui se produit dans les exemples que l’auteur donne dans les cérémonies, les institutions, les préceptes et les commandements est une transgression de parole de Dieu. Lorsque celle-ci se fait entendre, alors se produit une transgression de la transgression dont le modèle nous est donné par Jésus lui-même qui n’a eu de cesse de transgresser le système religieux qui avait progressivement proliféré autour de la Révélation de Dieu.

Il y a chaque fois issue de la vérité ressaisie dans la Parole de Dieu une subversion de la subversion qui se manifeste dans la réapparition du X dont nous (l’auteur) a parlé au début. L’Église quand elle s’organise, se cléricalise produit en elle-même une transgression de la parole de Dieu mais elle produit en elle-même ce qui va faire éclater cette transgression. La réduction au temporel exclut le sens et laisse un immense gouffre et qui crie jusqu’à ce que l’Éternel vienne le combler. Rien au cours de cette histoire n’est jamais perdu. Nous pouvons porter un autre regard sur l’histoire de l’Église et en même temps nous faisons l’expérience du Royaume des Cieux ; Dieu qui pénètre et bouleverse les logiques du monde.

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