8 - La création artistique, continuation de la création du monde ?

Publié le par Michel Durand

Présenté par Danielle Fouilloux

 

colloque : l'homme dans l'art actuel, lieu de la révélation, octobre 2003.


Dans le foisonnement de la création artistique vue dans les Biennales, les galeries, les musées, comment découvrir ce qui fait sens pour l'homme, témoigne de la condition humaine, concourt, par l'invention, l'intuition perspicace, la beauté, au devenir de la Création, sans parler de son achèvement qui échappe à l'homme ?

La partie de l'art qui concerne notre cadre de vie, les perceptions auditives, visuelles, tactiles, tout ce qui, personnel ou collectif, peut être décoratif ou atteindre souvent la beauté, ne nous renseigne pas sur l'homme, ne le révèle pas dans la Création. (Olivier Mosset a choisi un environnement, Orange room à la Biennale Lyon 2003, qui n'est formé que de deux grands monochromes).

Y figurent notamment un bon nombre d'installations : dans un espace assez vaste, des objets hétéroclites fonctionnent souvent comme des Vanités, appelant le visiteur à réfléchir, sans susciter d'émotion.

Envisageons quatre aspects de l'art contemporain :

- l'art interrogeant l'homme en société

- L'homme souffrant, image du monde après Auschwitz

- Le corps support de l'activité artistique, transformé, réinventé

- La création artistique, passage vers l'invisible.


1- L 'homme en société

 

Dans les années 60-80, il existait une peinture d'inspiration politique, utilisant les armes de la propagande contre les oppressions ; en témoigne Bernard Rancillac au Musée d'art moderne de Saint-Etienne : c'est un discours en images.


De multiples témoignages sont à la limite de la sociologie, tout ce qui dénonce les misères de la société, enquête sur les comportements pour faire réagir le spectateur : à l'Institut d'Art contemporain de Villeurbanne, une exposition présentait Adrian Piper en 2003. Professeur de philosophie, cette femme noire, militante anti-raciste, montre des travaux sur supports très différents : dessins, photographies, collages sur journaux, textes, vidéos ; l'art se voulant interactif, des cabines permettent au visiteur d'exprimer par écrit ses réactions sur le thème traité, ou bien même son propre comportement par rapport à ce qui l'angoisse.

Il s'agit ici d'art conceptuel, où l'idée l'emporte sur la réalisation matérielle de l'œuvre : peu à voir, beaucoup à penser. On peut s'étonner que ce type d'œuvres figure dans un musée d'arts plastiques. Cela s'explique probablement parce qu'il n'y a pas d'autre lieu pour interroger librement la société.

Djamel Touta. exposé à une Biennale d'art sacré de Lyon, exprime sobrement la solitude de l'homme en société.

Certains font des recherches sur leur identité : l'artiste est-il Protée, peut-il à volonté se métamorphoser ou se mettre dans des positions très variables, formes géométriques, espaces limités, des lieux incongrus (Maurizio Cattelan perche son propre simulacre sur les cimaises, dans le plancher ; Pierrick Sorin filme ses mésaventures comme Peter Laud dans Staircase L'escalier, une vidéo en boucle où on le voit dévaler un escalier, symbole de la chute de l'homme).

D'autres comme Cindy Sherman se photographient sous tous les grimages possibles, se refusant à assumer une personnalité déterminée. Il est inquiétant de percevoir ce refus d'une artiste de s'engager dans la société.

L'artiste n'est-il qu'un réceptacle d'influences, ou de représentations codées ? Ou bien à, travers lui, est-ce un fragment de l'humanité qui se révèle, et par là même nous révèle à nous-mêmes, dans une sorte de catharsis ?

Les images, grâce aux nouveaux moyens techniques de la photographie en couleurs, dans les magazines de mode et la publicité, ont par ailleurs transformé une grande partie de la production : à force de vouloir faire beau, riche, certains artistes confondent leur travail avec celui des publicitaires, ce que Yves Michaud appelle « l'art à l'état gazeux » (Stock 2003) ; l'art n'est plus circonscrit dans des œuvres identifiables, il est partout sur les murs, dans les publications, mais en fait nulle part, vidé de son sens d'interrogation de la condition humaine.


Publié dans Art

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