"Je souffre et j'espère pour l'Eglise"

Publié le par Michel Durand

Par Mgr Claude Dagens* 

Le Journal du Dimanche, 22 mars

L'Eglise catholique est sur la place publique. Les paroles de ses responsables, principalement le pape et les évêques, suscitent des débats. Tant mieux. Tous les échos que je reçois manifestent de la souffrance et en même temps un profond attachement à l'Eglise. La lettre du pape, la semaine dernière, montre que Benoît XVI a pris en compte ce trouble. Il y a une grande attente vis-à-vis de l'Eglise: qu'elle donne le meilleur, pas la dureté, mais l'amour.

 


Aujourd'hui, nous sommes dans un tintamarre. Nous assistons à un enchaînement de dérapages qui provoque un lynchage médiatique. Tout est mélangé dans la logique implacable et perverse de la culpabilité. S'il y a du mal, il faut chercher des coupables et instruire leur procès. Le mal, ce n'est pas le pape, mais le sida qui fait souffrir et mourir. Je demande d'abord qu'on rende justice au travail de l'Eglise, une des institutions qui fait le plus au monde contre le sida. Je l'ai mesuré dans un diocèse du Burkina Faso jumelé avec le mien. Ce qui prime, c'est l'attention à ceux qui souffrent et qui meurent, pas les règles générales. Il faut avant tout de la compassion et de la compréhension, et pas un jugement. Et quels que soient les moyens techniques de prophylaxie, comme le préservatif, utile en cas de nécessité pour ne pas donner la mort, il faut en appeler à la responsabilité et à l'éducation.


C'est ce qu'a voulu dire le pape. Il faut maintenant passer du choc à la réflexion sur les enjeux profonds, humains et spirituels de la mission de l'Eglise dans le monde. Certains voudraient un rapport d'opposition, de confrontation dure entre l'Eglise et le monde moderne. Ma conviction est que nous devons avant tout pratiquer l'écoute, la compréhension, le dialogue. Cela vaut pour la morale sexuelle comme pour l'engagement social et politique en ces temps de crise. Le concile Vatican II a rappelé avec fermeté que le Christ n'est pas venu pour condamner, mais pour sauver.


Aujourd'hui, je souffre intensément que l'Eglise puisse être réduite - de l'intérieur - ou considérée - de l'extérieur - comme un lieu de condamnation et d'exclusion, une institution durcie sur elle-même, laissant au second plan la manifestation du coeur de Dieu, que nous appelons sa miséricorde. Si nous imposons d'abord des principes moraux, nous créons un déséquilibre grave.Il faut aller à la source de l'Evangile: Dieu sème sa Parole, Il donne et Il se donne aux hommes. Les réponses morales viennent en leur temps. Certains esprits considèrent qu'il faut abandonner le dialogue voulu par le concile. Ces perspectives peuvent entraîner un durcissement de la tradition catholique à laquelle je ne me résigne pas. Nous vivons dans des sociétés qui souffrent, à cause des maladies, du sida, et aussi des violences sociales et économiques. Plus les souffrances sont fortes, plus l'Eglise doit offrir au monde la miséricorde de Dieu. La logique chrétienne n'est pas de chercher des coupables, mais d'arrêter l'engrenage du mal. Je viens d'accompagner un grand malade vers la mort. Cet ami était très critique vis-à-vis de l'Eglise.


Voilà la dernière phrase reçue de lui: "J'ai confiance. Dieu me dira d'abord: Viens dans mes bras." Cette découverte passe par un combat spirituel: oui à ce combat spirituel, non au rapport de force avec le monde!"


(*): Evêque d'Angoulême, de l'Académie française. Vient de publier Méditation sur l'Eglise catholique en France (Le Cerf).

 

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