Styles de vie, modèles de production, de consommation doivent changer

Publié le par Michel Durand

L'évêque de Soissons, Hervé Giraud, écrit aux manifestants du 1er-Mai :

 « LA SOLIDARITÉ DOIT CROÎTRE »

L'ultra-libéralisme (avec ses racines, le libéralisme, NDLR) et l'idolâtrie de l'argent sont des fléaux qui doivent être condamnés.

Notre société traverse une crise mondiale d'une grande ampleur qui frappe aussi notre département. Comme vous qui manifestez aujourd'hui, je vois la misère créée par les fractures sociales et les déséquilibres mondiaux qui augmentent aussi fortement que les nouvelles dettes des états. Comme vous, je suis scandalisé par les pratiques spéculatives déconnectées de l'économie et qui ont souvent pour seule fin la recherche d'un profit immédiat. L'argent en a donc rendu fou plus d'un et le monde de la finance a perdu la raison. Ce désastre financier touche des millions de gens et en menacera encore d'autres. L'ultra-libéralisme et l'idolâtrie de l'argent sont des fléaux qui doivent être condamnés car l'activité financière doit se soucier du bien commun et du long terme : « une finance limitée au court terme et au très court terme devient dangereuse pour tous... Seule l'inconscience peut conduire à construire une maison dorée avec tout autour le désert et la désolation. » (Benoît XVI, 1er janvier 2009).


Du fait des fermetures d'établissements, des réductions d'effectifs, ou des mesures de chômage partiel qui se succèdent, des familles, des employés, des ouvriers, des cadres, des chefs de petites et moyennes entreprises perdent et perdront encore, non seulement leur argent, leurs emplois, mais aussi leur joie de vivre et surtout leur dignité. Il y a vraiment un écoeurement et une révolte croissante chez les chômeurs, les travailleurs pauvres, les personnes en précarité, les intermittents, les intérimaires. La crise sociale est sévère, la situation sociale est tendue, les syndicats sont inquiets. L'angoisse générée contribue à rendre notre corps social encore plus malade.


Dans quelques semaines, l'Église catholique s'exprimera par une encyclique sociale. Elle entre dans ce débat avec le message fort qu'elle porte dans un vase d'argile. Il n'a rien perdu de sa radicalité prophétique : il faut opérer le bon choix entre la solidarité pour le bien commun et le chacun pour soi, entre l'amour de Dieu et du prochain et l'amour de l'argent.


Dans la Bible, des croyants écrivaient déjà il y a 26 siècles : « Malheur à celui qui fait travailler son prochain sans lui donner son salaire. » (Jérémie 22,13). Et un autre prophète s'indignait : « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison. » « Malheur à ceux qui privent de leur droit les pauvres de mon peuple, dit Dieu. Que ferez-vous au jour de la ruine qui fondra sur vous ? » (Isaïe 5,8 ; 10,2-3). Jésus lui-même mettra en garde les nantis : « Hélas pour vous les repus maintenant, vous aurez faim. » (Luc 6,24). Mais surtout il a regardé les gens harassés : « Il fut ému aux entrailles car les foules étaient fatiguées et abattues. » (Matthieu 9,36).


Quant aux catholiques du département, certains militent au coude à coude pour la justice. Avec eux, je rencontre ceux qui peinent à cause des injustices : les personnes les plus pauvres sont les premières victimes, mais non les seules ; des familles se trouvent en situation difficile, s'abîment et parfois se disloquent. Avec eux, j'entends le 'cri silencieux' de ceux qui n'osent ni parler ni manifester, mais dont la détresse grandit. Il faut que tout ce qui est inhumain nous révolte. Je souhaite aussi que tout ce qui est vraiment humain trouve écho dans nos coeurs. Il est urgent d'inventer et de promouvoir des comportements plus solidaires.


En ce 1er mai, tous ceux qui luttent pour la justice veulent semer un peu d'espoir ! Leurs actions de solidarité font du bien. Comment ne pas saluer et encourager ceux qui travaillent déjà à de nouveaux modèles de production, de développement, de consommation, de rémunération, d'échanges avec les pays pauvres, de gestion des ressources naturelles. Parmi eux, il y a aussi des responsables politiques, économiques, sociaux du département qui se préoccupent de la situation et cherchent à y faire face. La communauté catholique soutient « les élans de solidarité créative, pour que changent les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoir établies qui régissent aujourd'hui les sociétés » (Jean-Paul II).


Alors que la crise risque de durer, c'est bien la solidarité qui doit croître.


Hervé GIRAUD,

Évêque de Soissons, Laon et Saint-Quentin


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