La mort d'Evaristo

Publié le par Michel Durand

A Confluences nous avons exposé ses œuvres. Chaque rencontre était un plaisir. Je remercie Jacques de m'avoir communiqué ce témoignage.


Evaristo nous a quittés. Il est parti, entouré de tous les siens, après une longue et épuisante maladie. Il est parti et déjà il nous manque. Nous sommes désemparés devant le vide que son départ a créé, car son amitié chaleureuse et généreuse nous a accompagnés tout au long de nos chemins. Il nous a insufflé cet amour fraternel sans lequel la vie n'aurait pas de sens. Mais il nous laisse aussi en héritage son œuvre immense, intemporelle, pathétique.

Homme passionné, ami des poètes, éveilleur  d'âmes, il était un infatigable quêteur d'infini et chercheur d'absolu. Je cite ici ses propres mots : «  Il ne faut jamais renoncer. On peut douter, mais renoncer, jamais ! La vie est dure et épineuse, et pour qu'elle devienne supportable, il faut avoir de la patience, travailler et aimer. » Et  il aimait reprendre ce précepte de St Benoît : Ora et labora.

Que de joie il nous lègue, lui qui aimait tant la vie, malgré les blessures endurées dès l'enfance et les luttes harassantes pour le pain quotidien. Immigré espagnol à l'âge de seize ans, dépouillé de tout, Evaristo termine son errance ici à Saint-Fons pour reconstruire son existence. Quand on a tout perdu, il reste encore l'amour. Son rire dévastateur, sorti des profondeurs de son être, nous enchantait mais pouvait tromper car il masquait parfois son inquiétude et ses angoisses.

« Je ramène tout dans le monde angoissé qui ronge mon âme » a-t-il écrit.

Evaristo a toujours lutté. Jusqu'au terme de sa vie malgré les affres de la maladie. Il nous a enseigné avec la délicatesse qui le caractérisait et le témoignage  de sa vie d'homme l'amour du travail et du combat.

«  Notre vie est un combat, un rêve dans l'immensité d'un monde sans fin. Grâce nous a été donnée de sentir les pulsations profondes et occultes de ce grand mystère qu'est la vie. Et sans notre inquiétude notre vie serait un désert. »


Il demeure  -et demeurera toujours-  un artiste unique, incomparable, vrai, en communion constante avec la nature qu'il a fait vibrer dans ses forces de vie et avec les êtres en souffrance, présents ou passés, dans  une compassion qui l'étreignait au point d'en perdre le sommeil.

Il n'a jamais esquivé l'idée et la réalité de  la mort. Elle est présente dans toute son œuvre, vécue non comme une fatalité paralysante mais comme une composante de notre destinée. Nous naissons et nous mourrons. Ainsi en est-il sur cette terre.

Je le cite encore : «  La vie, notre vie, est un présent que Dieu nous a donné et  nous savons qu'un jour il peut -et c'est naturel- nous l'enlever. Rien n'est éternel pour nous les hommes ».

Au-delà de sa disparition, son regard malicieux et son sourire empreint de bonté n'ont pas fini de nous interpeller pour nous aider à poursuivre notre route avant de le rejoindre. Heureux sommes nous d'avoir pu le rencontrer et l'aimer.

 

Jacques Dugelay

4 mai 2009

 

Publié dans Art

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