La liberté de Jésus

Alors que la législation religieuse interdisait au bon croyant tout contact avec des « impurs », Jésus non seulement accepte que les marginalisés de la Loi s’approche de lui, mais, très concrètement, se rend dans les quartiers (les zones) où ces hors-la-loi, exclus de la synagogue, étaient parqués.
Descendant avec Jésus de la montagne où un sublime enseignement fut donné, une foule nombreuse (ses auditeurs) assiste à un évènement incroyable. (Lire Matthieu 8,1-4)
Un lépreux s’approche de Jésus et Jésus se laisse approcher. Il brave encore plus l’interdit de côtoyer ces « gens impurs » en étendant la main afin de le toucher : « comme tu me le demandes, sois guéri », dit-il en touchant sa chair meurtrie de lépreux.
Un autre récit de guérison de lépreux (Luc 17, 12 et suivants), montre bien l’impossibilité pour un malade de s’approcher d’un homme bien portant. Il s’agit dans ce passage d’un lépreux qui venant à la rencontre de Jésus se tint à distance, et, élevant la voix (pour se faire entendre car il est assurément éloigné de son interlocuteur) dit : « Jésus, Maître, aie pitié de moi ». Le lépreux a une grande confiance en Jésus, le Maître.
Il n’y a rien d’extraordinaire dans ce qui se passe. Jésus lui demande seulement d’aller voir les prêtres et il y va. Nous percevons combien cette demande est absurde. Malade, impur, jamais le prêtre ne le recevra. Mais voilà qu’en chemin, il guérit. « Purifié », la démarche auprès du prêtre devient une pure formalité. Reconnaissant que la lèpre l’a quitté, ce dernier, le prêtre, ne peut que permettre la réintroduction dans l’assemblée des croyants pratiquants.
Arrivé à ce stade de ma méditation, je me demande à qui peut bien, aujourd’hui, se reporter ce récit. Suis-je lépreux ? Qui est lépreux ?
Au-delà de la terrible maladie, le symbole d’amour
Effectivement, il est impossible d’abuser de cette page d’évangile en étendant le mal physique absolu, bien réel dans ce récit, à toute forme d’exclusion de groupes humains.
Jésus se laisse approcher des lépreux et les approche. De même, il s’approche de toutes personnes en détresse quelque soit l’interdit religieux. Les chapitres 8 et 9 de l’évangile selon Matthieu en témoigne : A Capharnaüm, toujours : un centurion (un ennemi de l’armée romaine occupante), des démoniaques, aliénés, errants dans des refuges au bord du lac, une femme hémorroïsse depuis douze ans, un aveugle, un autre démoniaque muet. En fait, Jésus fortement ému de voir la misère de tous ces gens du bord du Lac, ne se contente pas de les libérer de leurs maux. Il prend du plaisir en mangeant et en buvant avec eux. « Il mange avec les pécheurs » se scandalisent les pharisiens. Or, Jésus a conscience de son bon droit et se justifie devant les gens de la bonne société, stricts observateurs de la Loi. « C’est la miséricorde que je veux et non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. »
Comme précédemment, je ne veux pas (et ne peux pas) me déterminer sur qui est pécheur ? qui ne l’est pas ? qui va mal ? qui va bien ? …
Je suis seulement –c’est le principal, la pointe de ce récit- interrogé par cette tranche de vie de Jésus.
Que ferait-il avec les jeunes prostituées* exclues des centres villes s’il se présentait à elle par mon intermédiaire ?
Que ferait-il avec les enfants scolarisés de parents sans papiers alors qu’ils sont emprisonnés pour une reconduite immédiate à la frontière ?
Quel serait son dialogue avec les divorcés remariés ?
À vous de poser d’autres interrogations ; la liste me semble fort longue.
Je maintiens l’affirmation : la miséricorde de Jésus-Christ l’emporte sur le respect de la Loi
*Eloignées dans un coin désert d'une friche industrielle, après que le maire ait pris en août 2002 un arrêté interdisant la prostitution dans le centre ville, les prostituées s'affirment aussi persécutées par les voyous. (AFP vendredi, 19 septembre, 2003
http://www.walnet.org/csis/news/world_2003/afp-030919-2.html