Interroger foncièrement le capitalisme

Publié le par Michel Durand

Nombreux sont les auteurs qui ont interrogé le capitalisme. Certains font de la remise en cause de ce système un absolu, comme Jacques Ellul alors qu’il rappelle l’enseignement évangélique sur : Dieu ou l’argent ? On ne peut pas aimer deux maîtres.
L’argent idolâtré dans le capitalisme est un véritable péché à combattre.

Je souhaite, dans cette nouvelle catégorie : « capitalisme interrogé », rassembler des textes alimentant la réflexion à ce propos.

 Piroird

Voici, aujourd’hui, comment s’exprime Mgr Gabriel Piroird dans son ouvrage, « Servir l’Église de Dieu en Algérie », Parole et Silence, 2009. Pages 119-120

 

 

 

{L'épisode de la vigne de Naboth où l’on voit les façons d’agir du couple Achab-Jézable } est un des thèmes constants de la doctrine sociale de l'Église. « L’ignorance du bien commun va de pair avec la poursuite exclusive et parfois exacerbée des biens particuliers tels que l'argent, le pouvoir, la réputation, considérés comme des absolus et recherchés pour eux-mêmes : c'est-à-dire des idoles. C'est ainsi que naissent les « structures de péché », ensemble de lieux et de circonstance où les habitudes sont perverses et qui font en sorte que tout nouvel arrivant, pour ne pas les prendre, doit faire preuve d'héroïsme* » Il n'est pas possible d'établir une liste exhaustive de toutes ces « structures de violence » qui se développent. On peut seulement en signaler quelques-unes :

 

- Le libéralisme économique.

On parle beaucoup de mondialisation, ces temps-ci. Aucune économie nationale ne peut vivre et se développer sans être branchée sur l'économie mondiale. Mais le libéralisme économique est devenu, en fait non en droit, le seul modèle accepté. Il impose ses lois. En 1994, l'Algérie a été contrainte de négocier le rééchelonnement de sa dette extérieure. Les instances internationales ont alors imposé leurs conditions. À long terme, celles-ci seront-elles efficaces ? Je n'en sais rien et je ne suis pas assez compétent pour trancher. Nous pouvons seulement constater une dégradation du niveau de vie en Algérie. Nous assistons à une augmentation de la misère chez les pauvres, à un laminage des classes moyennes et à un enrichissement des riches. Il est probable, d'ailleurs, que la situation sécuritaire a évité, jusqu'à présent, une explosion sociale. Ce n'est pas le lieu de poursuivre plus loin cette analyse. Mais l'emprise d'un système économique qui accorde plus d'attention à l'argent et aux capitaux qu'aux hommes est générateur de « structures de violences ». Signalons, aussi dans ce domaine, la jalousie provoquée par les trop grandes disparités de revenus.

 

- La corruption.

Un des corollaires de l'emprise de l'argent est la corruption qui apparaît de plus en plus comme une pratique normale. Cette pratique atteint toutes les couches de la société : le petit trabendiste** qui a trouvé ce seul moyen pour vivre ; le petit fonctionnaire qui arrondit ses fins de mois, en se faisant payer pour faire son travail ; les multiples combines pour trouver de l'argent ; les trafics de quelque importance ; les fraudes fiscales ; les fausses factures ; les passe-droits ; les trafics d'influence... Bien sûr toutes ces pratiques ne sont pas à mettre au même niveau. Il n'est pas question ici de juger les personnes, mais de constater que le développement de ces pratiques créé un climat qui n'est pas sain. « La corruption est un des mécanismes constitutifs de nombreuses "structures de péché" et son coût pour la planète est largement supérieur au montant total des sommes détournées* ». Cependant, il ne faut pas oublier qu'il y a des corrompus parce qu'il y a des corrupteurs. Souvent, ceux-ci ont une plus grande responsabilité que ceux-là. Dans cette affaire, d'ailleurs, le plus grave n'est pas dans les pertes matérielles, il est dans la dégradation des consciences et dans la méfiance qui en résulte.

 

- La méfiance.

D'autres facteurs que la corruption alimentent la méfiance dans la société. La situation sécuritaire pousse les gens à se méfier les uns des autres. Un jeune décrivait l'ambiance qui, peu à peu, se dégradait dans son village de montagne. On ne sait plus de quel bord sont le voisin, l'ami, voire le propre frère. Il résumait ainsi la situation : « nous sommes pris dans l’engrenage de la suspicion ».

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 G. Piroird,

Alger, le 13 mars 1997

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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* Conseil pontifical cor unum, « La Faim dans le monde, n° 25 et n° 37

** Trabendiste : en Algérie, celui qui trafique, qui importe clandestinement 

Publié dans capitalisme interrogé

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