Le Pauvre et le puits

Publié le par Michel Durand

Mes enfants, c’est l’entraide, l’amitié et finalement l’amour que je veux – qui me font vivre.

amour.jpgMunch Edvard, Despair 1893-94


J’ai eu un peu comme cette vision tout à l’heure : je me trouvais en promenade dans la région du Val de Loire, dans le village de mes aïeux. Des champs de maraîchers, au loin : un puits. Je m’en approche. Je suis curieux. Je me penche… rien que du sombre et de l’obscurité… le trou est étroit, grossièrement maçonné… une corde sans seau pendouille en son milieu… mes yeux s’habituent peu à peu… j’oublie la lumière du jour, je commence vaguement à percevoir un fond dix ou quinze mètres plus bas… Sur ce fond de terre et sans eau : une silhouette. C’est la silhouette d’un homme assis. Je le vois mieux à présent, mais je n’aperçois toutefois pas son visage, il regarde le sol – il attend. Alors je l’appelle – « Hé ! Monsieur ! Je vais vous aider à sortir de là… ». L’homme est jeune, trente ans, peut-être moins… il me regarde maintenant, oui, et son visage est beau, et un peu triste aussi… à présent je le vois bien « Je vous envoie la corde, je vais la dérouler jusqu’à vous… », je la déroule, elle touche le fond du puits… « Maintenant, saisissez-là fermement, solidement !… je vais vous remonter », – « Mais mon enfant, je suis si faible, je ne pourrai m’y accrocher… » c’est l’homme qui vient de parler ; et puis : mon « enfant » ?! tiens ?... Bon…, – « Alors, en écartant les jambes, monsieur, vous ne pourriez pas essayer de remonter tout doucement en prenant appui sur les parois du puits ? les pierres sont grosses, elles offrent de belles prises… », – « Non mon fils, ce serait encore plus difficile pour moi, tu dois comprendre, je suis si fatigué… C’est toi qui doit venir me rejoindre et m’aider... », – « D’accord, mais comment faire, monsieur ?! », – « Descends le long de la corde, glisse lentement, prudemment, tu me rejoint, ensuite, tu… », – « … oui, je vous montrerai comment bien vous agripper à la corde, comment la saisir et la manier, avec les mains, avec les pieds, vous verrez : ce n’est pas si difficile, avec un peu de technique, vous allez pouvoir remonter par vous-même sans trop vous fatiguer ; moi, en bas, je tendrai bien la corde pour vous faciliter la manœuvre et la tâche », – « Mon frère, je crois que tu n’as pas compris, tu… », – « Mais… », on entend quelqu’un, une personne au-dehors, elle s’approche, se penche, elle finit pas nous voir. « Remontez-nous !! » – c’est moi qui vient de parler ; dans la foulée, j’ai saisi, j’ai enlacé mon camarade du fond du puits, je lui ai serré les mains avec mes mains, bien fort, contre la corde ; pour les pieds : on fera bien comme on peut… – « Mais mon frère… un homme seul, là-haut, ne saurait suffire, avec ses propres forces, à remonter le poids d’une personne – et nous sommes deux… », – « Oui mon Seigneur », je venais de découvrir que l’homme était Seigneur : que Jésus – ce monsieur – était là, au fond du puits, entre mes bras – Dieu Lui-même ! Avait-Il tant besoin de nous ?... – « Oui, j’ai tant besoin de vous… », et puis nous avons entendu un peu de bruit au-dehors, le visage de la personne penchée au bord du puits avait disparu… il y avait des paroles, un dialogue, plusieurs personnes conversaient à présent… Une voix ensuite se fit entendre du haut du trou : – « Accrochez vous bien tous les deux, nous allons vous remonter ! », nous nous sommes accrochés, solidement, l’un l’autre et à la corde, et nous avons été remontés. Le Christ, au grand jour, si vous saviez… Il était rayonnant ! Voici ce qu’Il nous dit, alors : « Mes enfants, c’est l’entraide, l’amitié et finalement l’amour que je veux – qui me font vivre. Sans amour, je ne puis exister, ou si mal, et c’est à peine si l’on me voit, oui… le fond du puits… – et pourtant je suis Dieu. Surtout n’oubliez pas, je vous en supplie : sans amour, je ne puis être, ou presque ; et c’est alors si difficile, pour moi, pour vous… », et Il nous souriait.

 

Jean-Marie Delthil.

11 janvier 2010.

Publié dans J. M. Delthil

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