Témoins des conditions de vie imposées aux migrants, des chrétiens trouvent important de faire entendre leur voix et interpellent le préfet

Publié le par Michel Durand

Témoins des conditions de vie imposées aux migrants, des chrétiens trouvent important de faire entendre leur voix et interpellent le préfet

Appel chrétien à faire le bien autour de soi. Soulager les pauvres se trouve dans la ligne de la prière eucharistique (la messe)

 

Je reprends la lecture de diverses Vie d’Antoine Chevrier. Voir la liste ci-dessous. Elles se complètent marquées par la sensibilité de leur auteur.

Chanoine Chambost, Vie Nouvelle du Vénérable père Chevrier, chez Vitte, 1920

Antoine Lestra, le Père Chevrier, Flamarion, 1935, 1944.

Henriette Waltz, Le père Chevrier, un pauvre parmi nous, éditions du Cerf, 1947 ; réédition 1986 préface du Cardinal Decourtray.

Jean-François Six, Un prêtre Antoine Chevrier fondateur du Prado, Seuil, 1965

Jusqu’à ce jour, j’ai privilégié Jean-Fançois Six qui se présente comme la plus « scientifique » historiquement parlant. Mais le regard du chanoine Chambost malgré, ou grâce à son aspect édifiant, apologétique, hagiographique m’apparait aujourd’hui très approprié. Je regrette de ne pas l’avoir lu plutôt.

Il y a quelques mois, j’écrivais en ce lieu une réflexion sur la vocation, priante, eucharistique et caritative de l’Église. Ma joie est grande de découvrir ce passage dans l’ouvrage de Chambost où le fondateur du Prado invite les fidèles chrétiens à faire du bien autour d’eux en venant en aide aux miséreux au moins par l’aumône remise à un prêtre. Dans cette façon de faire fortement cléricale, nous ne pouvons que penser à la place du clergé dans la société au milieu du XIXe s. L’anticléricalisme en est devenu inévitable. Rien ne nous empêche de transposer le récit dans la culture du XXIe siècle.

 

 

Ceci dit, voici cette page :

« M. Chevrier ne se contentait pas de pratiquer la charité, il la recommandait encore aux fidèles avec instance.

Nous devons aimer les pauvres, disait-il dans une instruction sur ce sujet. On voit des ouvriers travailler depuis l'aube du jour jusqu'à la profonde nuit, et gagner à peine leur pain et celui de leurs enfants. Ayez pitié des pauvres. Un soldat, pendant tout le temps qu'il est resté ici en garnison, se privait tous les jours d’une partie de sa nourriture, pour avoir le plaisir de la porter à des familles que je lui désignais. Aidez les familles nombreuses ; déposez dans la main du prêtre quelques aumônes afin qu'il puisse soulager bien des infortunes que lui seul connaît.

Pourquoi, s’écriait-il, dans un sermon sur la charité chrétienne, pourquoi serions-nous seuls, nous prêtres, à visiter le pauvre ? Pourquoi serions-nous seuls à visiter le malade ? Pourquoi serions-nous seuls à visiter l’affligé ? Pourquoi vous, chrétiens, ne nous prêteriez-vous pas votre concours ? Pourquoi ne se formerait-il pas une association d'âmes généreuses, de chrétiens qui ont du cœur, pour venir au secours de celui qui est dans le malheur ; pour aller rendre visite à un pauvre malade, lui porter quelque adoucissement à ses souffrances. Ah ! Il faut si peu pour consoler un homme souffrant, pour calmer quelque douleur !

Une pensée m'est venue souvent à l'esprit, à la vue de ces sociétés philanthropiques qui se forment de toute part. Pourquoi la religion, me dis-je à moi-même, ne présiderait-elle pas à toutes ces réunions de secours mutuels ? Pourquoi chaque paroisse n'aurait-elle pas sa société de bienfaisance pour secourir les ouvriers ? Ne serait-il pas plus convenable que la religion présidât à tous ces secours et qu'elle fût le lien qui doit unir tous les cœurs ? »

 

Aujourd'hui !

C’est effectivement dans cette ligne que je vois comment une paroisse pourrait s’organiser pour mettre, par exemple à l’abri des migrants et les accompagner dans leur désir de vivre en France ayant été obligé de fuir leur pays d’origine à cause de la guerre ou de la famine, ou autres détresses. Source de la photo.

 

article de La Croix, 22/07/2021, Youna Rivallain :

À Calais, pas de trêve estivale pour les chrétiens engagés auprès des migrants

À Calais, les chrétiens s’engagent sans relâche cet été, tout comme au long de l’année, auprès des migrants pour leur permettre de survivre dans les moins mauvaises conditions possibles. Quitte à aller à l’encontre de la politique de la mairie.

 

Chaussures de randonnée et bob beige fatigué, Philippe Demeestere est juché sur le Cap Blanc-Nez, sur les hauteurs de Calais. Il a voulu faire une pause avant de commencer sa journée chargée. « Après on n’aura plus le temps », lâche ce prêtre jésuite qui a le tutoiement facile et qui n’aime pas qu’on l’appelle « père ». À l’horizon se dessine un morceau de terre qui sépare la Manche du ciel. « Tiens regarde, là-bas c’est l’Angleterre. Ça rend tout le reste plus concret, non ? »

Envoyé par la Compagnie de Jésus à Calais en février 2016 après plusieurs missions auprès des sans-abri, Philippe Demeestere est arrivé sans connaître personne. Aujourd’hui, il est une figure locale, aumônier du Secours catholique et l’un des nombreux visages de l’engagement des chrétiens auprès des migrants, qui ne connaît pas de relâche en cette période estivale.

La loi de 1905

Depuis le début des années 1990, avec les guerres de Yougoslavie qui marquent le commencement de la crise migratoire frappant la ville de Calais, les catholiques s’engagent, souvent à l’encontre des politiques locales. Mais certains chrétiens profitent de la loi de 1905 qui permet aux initiatives d’Église d’échapper au contrôle de la mairie. Jusqu’à un certain point. En février dernier, la maison du doyenné, qui hébergeait quelques personnes pendant les nuits d’hiver, a reçu une demande de fermeture administrative, pour raisons de sécurité.

Philippe Demeestere vit juste en face. Le prêtre continue d’héberger des migrants dans sa petite maison, propriété du diocèse. Sur la boîte aux lettres de ce qu’il surnomme la « maison de la miséricorde », figurent au moins six noms : le sien accompagne ceux de deux bénévoles et de trois jeunes qui logent à l’étage. « Je n’ai jamais vécu en communauté religieuse, mais j’ai toujours partagé mon quotidien avec d’autres, raconte le jésuite, pour qui sa vocation est de faire une place à ceux qui n’en ont pas. La vie communautaire est un tel lieu d’apprentissage pour les exclus que je ne vois pas pourquoi je me réserverais un chez-moi. »

« Se rendre présent à la réalité du monde »

Des bénévoles de passage sont hébergés aussi. Catholique parisienne, Stéphanie est venue passer une semaine à Calais. Au programme du jour : petit-déjeuner avec des Érythréens et l’association Écarts, cofondée par Philippe Demeestere et son acolyte Pauline Roeser, puis permanence à l’accueil de jour du Secours catholique. Là, les migrants peuvent faire une lessive, recharger leur téléphone, se reposer, jouer au foot. Au Secours catholique, des scouts en camp d’été et bénévoles de longue date tartinent des sandwichs. « Jésus a rencontré chacun sur son lieu de vie, résume Stéphanie pour expliquer son engagement. Le Christ nous invite à nous rendre présents à la réalité de notre monde. »

En mars, l’évêque d’Arras, Mgr Olivier Leborgne, s’est rendu à Calais en compagnie de la présidente du Secours catholique Véronique Fayet, pour y dénoncer les conditions de vie des personnes qui cherchent à partir pour l’Angleterre et appeler la mairie à de meilleurs traitements. Les paroisses de Calais ont relayé cet appel dans une lettre ouverte au préfet. « Nous avons eu une réponse, oui. Des chiffres », désespère le père Pierre Poidevin, curé de Calais depuis dix ans.

La tentation du découragement

Le prêtre, qui héberge de temps en temps des migrants dans son presbytère, travaille avec les associations locales et les chrétiens engagés : « Depuis le début de ma mission, Philippe est arrivé, ainsi que plusieurs communautés religieuses qui s’engagent.Parfois on a l’impression que ça ne finira jamais. On peut être tenté par le découragement. » Alors, le prêtre s’échine à relayer les initiatives d’aide aux migrants, et à étoffer les propositions spirituelles aux habitants pour les aider à tenir. « Ce que nous faisons n’est qu’une goutte dans l’océan. Mais si cette goutte n’existait pas, elle manquerait »,résume-t-il en citant Mère Teresa.

Justement, Alain vient de sortir de la messe de 18 heures à la paroisse Saint-Pierre. Calaisien depuis trente ans, il rythme sa retraite en faisant le plein des camions d’associations, allant chercher des réserves alimentaires, collectant du pain… Et en priant pour migrants et bénévoles. « C’est une forme de désobéissance civile, mais ce que vous faites au plus petit d’entre les miens… »

 

La crise migratoire à Calais

La présence migratoire à Calais commence au début des années 1990. Des familles yougoslaves puis kosovares sont expulsées du sol anglais et se retrouvent à Calais.

En 1999, une ancienne usine est mise à disposition pour héberger 1 800 migrants. Le centre social fermera en 2002.

Au printemps 2014, une vague de migrants arrive de Méditerranée. Progressivement la « jungle » de Calais se forme. Elle concentrera jusqu’à 9 000 migrants au plus fort de la crise, en août 2016.

En octobre 2016,la « jungle » est démantelée. Les migrants sont répartis sur le territoire. À Calais, une politique « zéro point de fixation » est mise en place, qui se solde par l’expulsion systématique des lieux de vie informels.

Aujourd’hui, les migrants seraient environ 1 200 à Calais, attendant de traverser la Manche.

 

Et il y aurait d’autres témoignages à lire : « Appel à la fraternité en actes :

Témoins au quotidien des conditions de vie imposées aux migrants, les chrétiens du Calaisis trouvaient important de faire entendre leur voix. « Nous ne pouvons rester indifférents à ce qui se passe. C’est pourquoi, nous voulions vous faire part de notre désarroi », évoque la lettre ouverte. Insistant sur la fraternité, valeur nationale, les initiateurs de la lettre interpellent le préfet pour l’exhorter à agir : « Légitimement nous nous posons la question : sommes-nous en train de nous éloigner de la fraternité ? »

« Ce sont les paroissiens qui nous ont encouragés à écrire au préfet », explique le père Louis-Emmanuel Meyer, vicaire des paroisses de Calais. La lecture en paroisse de l’encyclique Fratteli Tutti, mise en parallèle avec la difficile réalité du terrain calaisien, avait interrogé les catholiques sur leur capacité à venir en aide aux exilés. « Beaucoup de paroissiens sont bénévoles pour les associations d’aide aux migrants, mais sont empêchés d’agir par l’État. »

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