On ne sort jamais indemne d’une crise. C’est une règle fondamentale. Si tu t’en sors, tu en ressors meilleur ou pire, mais jamais comme avant

Publié le par Michel Durand

On ne sort jamais indemne d’une crise. C’est une règle fondamentale. Si tu t’en sors, tu en ressors meilleur ou pire, mais jamais comme avant

Que dire au lendemain des élections présidentielles ?*

Que le paysage de la France est quand même bien clair ! Rien n’est caché. Tout le monde peut voir qui est qui, ou ce que, massivement, nous voulons.

Nous voulons plus de biens et pour cela nous souhaitons individuellement une augmentation du pouvoir d’achat.

Et pourtant…

Pourtant des signes manifestent clairement que le chemin de la sobriété serait à prendre afin d’obtenir plus de bonheur. Ces signes nous les voyons dans toutes les crises subies. Avec la crise   sanitaire, nous pensions que demain ne serait plus jamais comme avant, car de nouveaux modes de vie se mettraient en place. Or, qui ne constate pas que demain se profile désormais sans aucun changement.

Nous ne souhaitons que récupérer la vie d’avant. Et, la multiplication des crises n’y change rien. La vie sobre, c’est bien en poésie. Dans la réalité, il convient d’augmenter son pouvoir d’achat. Travailler plus pour gagner plus. Que les habitants des pays pauvres restent chez eux. L’Europe n’a pas vocation à les accueillir puisqu’elle doit maintenir ses avantages violemment acquis par des siècles de colonisation.

Pouvoir d’achat pour « les Blancs », les Européens.

Bref, il est quand même triste que nous n’arrivions pas à écouter ce que nous disent les diverses crises - sanitaires, climatiques, politiques, ethniques, économiques, sociales… Le seul moyen de s’en sortir n’est-il pas dans l’acception d’une existence orientée par le choix de « moins de biens » pour jouir de « plus de liens ». Moins de travail, pour plus de partage du travail. Moins d’accumulation, de possessions privées pour plus de respect du bien commun. Sobriété et pauvreté choisie, alors que tout est fait pour être hors de toutes formes de misère. Inutile d’en dire plus ; les lecteurs de ces pages connaissent le propos.

Mais, posons-nous la question : que faire pour que des modes de vie empreinte de simplicité et de sobriété s’inscrivent, sans dictature, parmi les habitants d’Europe ? Les crises climatiques ouvrent les yeux sur l’importance des engagements concrets envers l’écologie. Que faire pour que le choix des électeurs s’inscrive dans le respect de la Terre et de tous ses habitants ?

Je pense aux chrétiens de ce pays, en Europe. Que font-ils ? Que faisons-nous de la lecture des Évangiles ? Nous trouvons géniales les déclarations de François, évêque de Rome, pape des catholiques. Comment mettons-nous en pratique nos convictions d’ouverture, de sobriété, vie simple et partagée pour que tous aient de quoi vivre ? Même la guerre, en Ukraine précisément, mais aussi dans le monde entier, par les inévitables répercussions économiques, ne semblent pas pouvoir ouvrir nos consciences d’Européens soucieux de garder leurs avantages acquis. Écologie, soucis des pauvres, fraternité, respect de toutes formes de vie… disparaissent dans une excroissance d’individualisme. En quoi ne suis-je pas responsable de la tendance de nombreux catholiques à faire confiance à la droite politique, à l’extrême droite ? Qui peut oublier que François a condamné « l'attachement au peuple, à la patrie » quand celui-ci « porte à l'exclusion et à la haine de l'autre, quand il devient nationalisme conflictuel qui lève des murs ». Il a observé, en certains pays, « avec préoccupation la réapparition de courants agressifs envers les étrangers, surtout les immigrés, comme ce nationalisme croissant qui omet le bien commun ». C’était avant la guerre en Ukraine.**

Et, aujourd’hui, ne doit-on pas s’interroger sur l’accueil des Ukrainiens à la frontière de la Pologne quand nous observons, que des étudiants, par exemple du Congo, du Nigeria ou d’ailleurs d’Afrique subsaharienne, sont interdits d’entrée en Pologne ?

 

Que toutes ces questions habitent ma prière en ces jours de semaine sainte.

 

Macron/Mélenchon / Lepen/Zémour/Pécresse / vote blanc… ?

 

«  Ami des hommes, Jésus Christ. Ne laisse pas, au long du jour, nos vies manquer à la lumière. Recharge les du poids d’amour qui les entraine vers le Père »

Hymne de Tierce

 

 

  • Isabelle de Gaulmyn, dans l’édito de La Croix du 11 avril écrit : « Quel est le regard des catholiques sur la société ? Selon ce sondage toujours, les enjeux déterminants de leur vote sont notamment la sécurité, la lutte contre le terrorisme ou contre l’immigration clandestine. Pire, les catholiques sont même moins intéressés que l’ensemble des Français par la lutte contre la précarité ou pour l’environnement. Cette conception très « en défense » doit nous faire réfléchir, collectivement : la messe n’est complète que si elle ouvre sur le monde. Et le sacrement de l’Eucharistie sur le sacrement du frère ».

 

 

** Il est évident que la guerre en Ukraine se limite à l’Ukraine parce que tous les décideurs des États d’Europe agissent pour limiter à ce pays les destructions par les armées russes. Mais, la guerre mondiale est quand même là, présente sous forme économique, politique, civilisationnelle, voire religieuse. C’est une guerre proche de nous. Donc, elle nous touche physiquement et psychologiquement, plus que les guerres, les conflits qui se produisent en Afrique (Érythrée, Mali, Nigeria…). Donc il est compréhensible que nous nous engagions plus rapidement dans l’accueil des exilés ukrainiens que des Africains, ou des ressortissants des pays du Moyen-Orient (Syrie, Afghanistan…), mais cela de devrait pas nous fermer à tous les accueils nécessaires.

Le fait que l’on puisse rapidement trouver des logements pour des familles ukrainiennes qui viennent - parfois quand des organisations de France sont allées les chercher -  prouve que les capacités d’accueil existaient, existent. Alors, nous pouvons nous demander pourquoi il est, il fut, si difficile d’obtenir des logements pour des exilés d’Afrique, d’Orient, d’Asie. L’actuel accueil provoqué par la guerre en Ukraine donne à réfléchir sur l’absence de fraternité vraiment universelle des Français. Le choix des citoyens français à cette élection présidentielle en est une preuve. On veut bien ouvrir les frontières, mais pas à n’importe qui. Cela devrait interroger les catholiques qui se disent universels, c’est-à-dire catholiques, tout en se recommandant de la droite, voire de l’extrême droite, tout en signifiant qu’ils ont parmi eux des jeunes. De vrais jeunes actifs, revendiquant leur attachement à la partisane droite extrême.