Prier pour changer l'économie ? oui, mais encore !

Publié le par Michel Durand

Vu dans : La Vie - Economie (18-08-2011)

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"Des militants méditent pour changer le capitalisme". 

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Il ne suffit de souhaiter un changement. Il faut espérer et mettre en œuvre une révolution du capitalisme.

La crise rebat les cartes de l’économie mondiale

La Bourse joue au yo-yo et le monde tremble. Mais au-delà des menaces de krach financier, c’est une redistribution du pouvoir mondial qui s’opère.

Le spectre de 1929 hante tous les esprits. Depuis le 5 août et la dégradation des États-Unis, déchus de leur triple A par l’agence de notation Standard & Poor’s, la Bourse joue avec nos nerfs. Les yeux rivés sur les cours, le monde retient son souffle, priant pour éviter un nouveau krach financier. Cac 40, Dow Jones, Nikkei… tiendront-ils le choc ? L’enjeu est de taille car, au-delà des variations cyclothymiques d’indices financiers, la crise rebat les cartes, bouleversant l’ordre économique mondial. Le 5 août 2011 restera, à cet égard, une date clé. « C’est un jalon dans l’ascension de la Chine », sur le point de dépasser les États-Unis et de rafler le titre de première puissance économique mondiale, prévient ­Kenneth Rogoff, ancien chef économiste du FMI. Gangrenée par le court-termisme et la quête du profit, l’économie financière semble avoir scié la branche sur laquelle se sont installés les grands pays en voie de désindustrialisation.

États-Unis : une suprématie bousculée

L’annonce a eu l’effet d’un tremblement de terre. Avec la dégradation des États-Unis, l’impensable s’est produit. Depuis que la finance moderne existe, les bons du Trésor américain sont considérés comme l’actif le plus sûr, celui sur lequel tout l’édifice financier est bâti. Décision hâtive ? Plus politique qu’écono­mique ? Le débat fait rage, et une enquête est en cours sur les méthodes de Standard & Poor’s. Mais une chose est sûre, l’Amérique et les Américains vivent très au-dessus de leurs moyens. La dette publique dépasse désormais 100 % du PIB et l’économie yankee fonctionne au ralenti. Les perspectives de croissance ont été revues à la baisse, la relance tentée par Obama n’a pas porté ses fruits. Le taux d’emploi atteint péniblement les 58,2 %. Un jeune sans études universitaires sur quatre est au chômage… Et la classe politique semble incapable de s’entendre pour redresser la barre. Républicains et démocrates ont attendu le dernier moment pour adopter un plan de réduction des déficits jugé « insuffisant et mal orienté » par les experts. Paradoxe de cette crise : la dégradation de la note américaine s’est traduite par… davantage d’achat de la dette américaine. Mais le message est clair : l’Amérique n’est plus intouchable.

La Chine, créancière du monde

Régulièrement sous le feu des critiques occidentales, la Chine prend sa revanche. Au lendemain de l’épisode américain, le pays s’est érigé en gendarme de l’économie mondiale, prodiguant avec un malin plaisir ses conseils économiques aux pays endettés. Invitant les États-Unis à « soigner leur dépendance à la dette » et à « vivre selon leurs moyens ». La Chine est en effet, et de loin, le premier créancier des États-Unis, avec 1 160 milliards de dollars en bons du Trésor américain. Une position qui lui permet de faire valoir ses intérêts. Mais la rend plus vulnérable aussi. Si la valeur de ces obligations chutait, Pékin perdrait gros. Surtout, la probable baisse de la demande américaine et européenne menace de mettre à genoux le secteur exportateur privé chinois, sur lequel le pays a bâti l’essentiel de sa croissance. Ce nouveau rebondissement de la crise sonne comme un avertissement : il est urgent de rééquilibrer l’économie chinoise vers la consommation intérieure. « Il n’est pas dans l’intérêt de la Chine de continuer d’accumuler d’immenses surplus commerciaux. Un pays en développement, dont le revenu par habitant se situe en dessous du 100e rang mondial, ne peut pas continuer pendant des décennies à prêter au pays le plus riche du monde », avertit Yu Yongding, ancien haut responsable de la Banque centrale de Chine.

L’Europe à quitte ou double

La débâcle américaine vient envenimer la crise européenne. Sans soutien solide des États-Unis, la reprise en Europe risque, elle aussi, de flancher. Plus que jamais les marchés sont sous tension. L’Espagne et l’Italie en ont fait les frais et ont vu leurs taux d’intérêts s’envoler, faisant craindre un scénario grec. La Banque centrale européenne a provisoirement écarté le danger en rachetant des titres italiens et espagnols. Mais le répit est déjà de courte durée. Le relais doit être pris par le Fonds européen de stabilité financière (FESF), dont les pouvoirs ont été renforcés le 21 juillet dernier. Doté d’une capacité d’intervention de 440 milliards d’euros, il pourra désormais racheter de la dette publique, participer à la recapitalisation des banques et aider les États en difficulté. « Un embryon de fonds monétaire européen », salue Nicolas Sarkozy. Mais ce fonds nouvelle version ne sera, dans le meilleur des cas, pas effectif avant septembre, quand tous les parlements nationaux auront ratifié le changement. Une éternité aux yeux des marchés. Surtout, le FESF n’est pas calibré pour venir massivement en aide à des économies comme l’Italie ou l’Espagne. Si la France s’est dite prête à aller plus loin, l’Allemagne lui oppose un refus catégorique. De quoi raviver l’inquiétude. Incapable de parler d’une seule voix, l’Europe est de nouveau mise à l’épreuve. Avec deux issues seulement : renforcer sa gouvernance économique ou se diviser.

La France rappelée à l’ordre

Les agences de notation ont eu beau assurer que le triple A français n’était pas menacé, la dégradation américaine met le pays sous pression. La France, dont la dette atteint 85 % du PIB et qui n’a, depuis plus de trente ans, jamais présenté un budget équilibré, mérite-t-elle une meilleure note que les États-Unis ? Garder ce précieux sésame est l’objectif prioritaire du gouvernement qui s’est empressé de survendre un budget dans les clous, pour rassurer les marchés. « La France ne déviera pas d’un iota de sa trajectoire de redressement des finances publiques », martèle Valérie Pécresse, ministre du Budget. Seulement les chiffres de la croissance, publiés le 12 août par l’Insee, sont tombés comme un couperet : + 0 % au second trimestre et + 0,2 % attendus au troisième trimestre. De quoi plomber les plans du gouvernement qui misait sur 2 % de croissance en 2011 et 2,25 % en 2012. Il lui faut donc d’urgence réviser sa copie, dont il présentera une nouvelle mouture le 24 août. Avec un objectif : trouver 10 milliards d’euros supplémentaires. Sont prévus un nouveau coup de rabot sur les niches fiscales, une probable taxe sur les très hauts revenus et la poursuite de l’action sur les dépenses de l’État, de l’assurance-maladie et des dotations aux collectivités locales. Ces mesures risquent toutefois d’être insuffisantes, et il semble difficile de faire l’économie d’une hausse d’impôts. Mais augmenter la TVA ou la CSG à la veille de la présidentielle est un pari auquel se refuse le gouvernement.

Publié dans Politique

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